La supplication

 

Le réalisateur Pol Cruchten a entrelacé dans ce film des récits de vie tirés du livre de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015. Cette dernière avait recueilli pendant près de dix ans de nombreux témoignages de personnes dont la vie a été bouleversée par l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986.

 

Face caméra, souvent immobiles, toujours muets, des comédiens prennent place dans les décors tandis que les voix off racontent. Cette mise en scène forte met en avant les récits qui occupent largement l’espace. L’image presque figée devient le matériau pour faire vibrer, amplifier la parole. Le film se livre alors en une série de tableaux qui ensemble décrivent la perception du monde depuis l’accident.

 

Le film dévoile un aspect de la catastrophe : l’impossible retour à la normale pour un peuple qui vit Tchernobyl tous les jours. Les malades, les mourants, les héros, les victimes, tous racontent les conséquences de l’accident dans leur vie : « Quelque chose d’horrible s’est ouvert devant nous » ; « Nous n’avons pas seulement perdu la ville, nous avons perdu la vie entière ». Anciens combattants du feu lors de l’incendie du réacteur, enfants malades, femmes au chevet de leur mari, tous attendent la mort, contiennent leur souffrance et n’attendent plus de lendemain meilleur. Ils décrivent ce gouffre béant qui se constitue en mythe moderne de l’apocalypse.

 

On perçoit la grande solitude de ce peuple dont les souffrances physiques ne sont encore que partiellement reconnues par le pouvoir et dont les souffrances psychologiques semblent n’avoir aucun interlocuteur. La population se méfie des récits tissés par les médias, se heurte à un pouvoir affolé et déstabilisé qui se raidit.

 

L’hôpital est devenu un passage obligé pour tous. Pour les enfants nés après la catastrophe, pour les femmes dont la grossesse est surveillée, pour les maris malades, pour les épouses en visite. Ce lieu, comme un nœud ou tout et où tous se croisent, semble dépassé et englué dans une froideur mécanique : « Ce n‘est plus votre mari, c’est un objet radioactif avec un fort potentiel de contamination ». De ce monde, nait une génération d’enfants qui ne sont radicalement plus les mêmes. Une enseignante les décrit comme impossibles à étonner, faibles et vite fatigués, qui ne jouent pas, parlent de la mort, pleurent la disparition de leurs camarades,  certains se pendent dans leur classe tandis que les moineaux font leur retour.

 

Mise en scène du paradoxe

 

La radioactivité est invisible. La population doit se prémunir de quelque chose qui n’a pas de forme, pas d’odeur et qui ne fait pour tout bruit qu’un crépitement sur des appareils de mesure. Il est donc presque impossible de se représenter la menace. Un enfant l’imagine comme une pluie jaune qui se fond en rivière rouge, une vieille femme crie dans la rue qu’elle a enfin vu cette contamination couleur bleu-ciel.

 

A Tchernobyl se forme un paradoxe entre l’extrême toxicité de l’environnement et ce que le paysage donne à voir : une nature luxuriante qui s’étend partout et qui produit une nourriture abondante dissimulant à peine des animaux qui peuplent chaque recoin de la ville abandonnée. Mais de tout cela, l’homme ne peut, ne doit profiter. Le traitement des images qui fait de ce film une succession de photographies magnifiques et colorées met en scène ce paradoxe.

 

« Chez nous, c’est la frontière entre le réel et l’irréel qui s’évanouit ». On ne peut qu’avoir le vertige en pensant aux treize milliards d’années que durera la contamination des lieux, devant les quatre cent cinquante produits radioactifs libérés dans l’environnement, devant la gravité et la complexité atypique des maladies et malformations provoquées par cette contamination.

 

Ni l’écrivaine ni le réalisateur n’ont voulu s’en tenir à une mise en accusation bien que cela ne soit pas tout à fait absent de leur propos mais la réflexion va chercher une explication plus profonde et met en cause une certaine vision de l’humain : « A travers la soumission au régime soviétique, il s’agissait d’une foi en une société belle et juste, où l’homme est la valeur suprême ». Une société influencée par une idéologie du progrès et des citations de Mitchourine : « Nous ne pouvons pas attendre que la nature nous offre ses faveurs. Notre tâche est de les lui arracher » et le film poursuit « C’était une tentation de transmettre au peuple des qualités qu’il n’avait pas, de lui donner la psychologie d’un violeur ». L’accident a ainsi ébranlé une certaine mythologie de l’homme, de la technique, quelque chose du monde occidental, pour le remplacer par quelque de plus incertain, de plus hanté par la mort.

 

En filigrane pendant le film, c’est aussi l’histoire d’une femme, incarnée par l’actrice russe Dinara Drukarova qui raconte sa quête d’amour, les soins qu’elle donne aux hommes de sa vie jusque dans leur dernier souffle, ses enfants, morts ou malades, sa quête de comprendre quel sens tout cela peut bien avoir parce que « la mort nous oblige à penser beaucoup ».

la supplication

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Homo sapiens

homo sapiens couv

Une fresque murale que l’édifice ne protège plus des intempéries, un parking vide, une gare désaffectée, des bâtiments délabrés et une pluie qui s’abat avec insistance sur ces ruines, s’infiltre dans les fissures et s’engouffre par les toits ouverts. On comprend au bout de quelques minutes le propos et le procédé du film : une série de plans sans commentaire sur des lieux désertés par les Hommes.

Vestiges d’un mode de vie

Ces lieux abandonnés ne sont pas vides mais envahis par les restes de notre civilisation : gobelets à terre, journaux épars, machines à l’arrêt laissées là, tasses sur les bureaux, matériel médical tombé au sol… On reconnait Fukushima, Nagasaki, l’ex-Union Soviétique… On identifie une prison, une aire de jeux, des bureaux, un hôpital, une salle de spectacle, etc. mais les lieux ne sont pas explicitement identifiés. Là n’est pas le propos. Il s’agit de lieux où vivaient des familles, s’agitaient des travailleurs et riaient des enfants et qui ne sont plus que vestiges, témoignages d’un mode de vie. Seuls une enseigne commerciale, un symbole politique, une écriture permettent, tels des indices brisant une continuité dans le discours, de situer un point sur une carte ou dans le temps. La vie s’est arrêtée, visiblement brusquement. Les débris d’un quotidien interrompu jonchent le sol.

A l’image, plus rien ne bouge ni ne vit en dehors de la végétation et de quelques animaux que l’on entend, la plupart du temps sans les voir (batraciens, insectes, oiseaux). Mousse, petits arbres et graminées, le vivant s’étend désormais paisiblement et sans contrainte. Il s’insinue, rampe et couvre le sol puis les murs.

Traitement esthétique du propos

Chaque plan est le fruit d’un travail magnifique et minutieux sur le cadrage, la lumière, les lignes et les couleurs. C’est presque une série de tableaux sidérants dont le dernier s’évanouit lentement dans la brume neigeuse. La bande-son, réalisée en studio, participe à l’atmosphère surréaliste en superposant aux images des bruits sans doute plus discrets dans le réel. Opérant un changement d’échelle, ils mettent en lumière le vide laissé par l’humain disparu : clapotis des vagues, vol d’une mouche, souffle du vent…

C’est alors que l’imaginaire se met au travail. Il cherche le sens de cette narration incomplète qui donne à voir la fin d’un récit que chaque spectateur doit écrire. Que s’est-il passé ? Pourquoi ? L’esprit cherche à combler le vide, à donner du sens au fur et à mesure de la répétition de ces scènes de catastrophes accomplies.

 

Imaginaire de l’effondrement

 

Le film fait appel à l’imaginaire de l’effondrement de notre société. Le propos va au-delà du précédent film du même réalisateur qui avait filmé le caractère délétère des pratiques agricoles modernes en usant du même procédé visuel en 2005 (Notre pain quotidien).

 

Cette longue succession d’habitats, d‘infrastructures abandonnées et de villes mortes nous renvoie l’image d’une civilisation éphémère, en bout de course. L’imaginaire des villes fantômes appelle celui de la chute et de la romantique des ruines qui alimentent un certain plaisir de la « jouissance douloureuse » que décrivait Edmund Burke en 1803 : « Nous jouissons à voir des choses que, bien loin de les occasionner, nous voudrions sincèrement empêcher… mais supposons ce funeste accident arrivé (Londres dévastée par un tremblement de terre), quelle foule accourrait de toute part pour contempler ses ruines ».

 

Ce traitement esthétisant de la destruction renvoie aussi à l’expérience du sublime comme définie par Edmund Burke pour qui l’expérience du sublime est associée aux sensations de stupéfaction et de terreur. Elle repose sur le sentiment de notre propre impuissance face à une force supérieure et omnipotente, jusque-là naturelle, aujourd’hui également d’origine humaine. L’humain ne serait ainsi pas en mesure de prévenir sa destruction et le capitalisme est devenu sublime au même titre que les ouragans. Une idée qui peut être problématique dans le champ politique et militant mais qui est ici magnifiquement mise en image.

 

C’est alors qu’on peut se pencher sur le sens du titre. Sapiens, comme celui qui sait  et qui peut ? Ou ironiquement comme celui qui ne sait pas et ne peut rien ? Sans doute est-ce à chaque spectateur de le décider.

La fête des possibles

Bandeau

 

Le mode de vie moderne, fondé sur la croissance et l’abondance des combustibles fossiles, s’épuise. Différentes études se complètent pour conclure à la fin du modèle économique du capitalisme industriel, et ce, probablement avant la fin du XXIe siècle. Comme premiers signaux, les différentes crises qui se succèdent et se font échos : économiques, sociales, politiques, environnementales, etc.

Ce constat pousse à imaginer des alternatives et redéfinir des concepts clés comme le progrès, la prospérité et tout un système de valeurs. Il ne s’agit pas seulement de survivre aux changements climatiques et à la fin du pétrole mais de construire une société qui puisse mieux répondre aux besoins essentiels des humains, qu’ils soient physiques, psychologiques ou même spirituels.

Sur ce vaste chantier de réflexion et d’expérimentation, le citoyen occupe une place essentielle. Depuis plusieurs dizaines d’années, certains ont commencé à expérimenter des alternatives dans des domaines variés tels que l’économie, l’alimentation, l’énergie, la consommation, l’éducation, etc. Ensemble, ces initiatives concourent à provoquer un véritable bouleversement culturel par les changements de cadres qu’elles opèrent.

Pour découvrir, comprendre et soutenir ces initiatives, une Fête des possibles se tiendra en Belgique et en France du 18 au 30 septembre.

Activités dans les PointCulture

PointCulture soutient la fête des possibles et y participe à sa manière en proposant des activités qui interrogent notre rapport à la ville dans le cadre de sa thématique URBN.

Une journée entière consacrée à la ville poétique au PointCulture Liège

Un atelier de construction de mobilier urbain avec des matériaux de récupération au PointCultureNamur

Dix films à voir – et disponibles chez PointCulture

Ci-dessous, une sélection de dix films qui permettent de découvrir des initiatives dans des domaines variés (alimentation, énergie, mobilité, etc.), en Belgique et ailleurs, mais aussi d’aborder des questions de fond :

En quête de sens, un voyage au-delà de nos croyances (Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière, 2015)

Demain (Mélanie Laurent et Cyril Dion,  2015)

Cultures en transition (Nils Aguilar, 2012)

La Possibilité d’être humain (Thierry Krugger et Pablo Girault, 2013)

L’Urgence de ralentir (philippe Borrel, 2014)

Sur les routes d’une Belgique sans carbone (Alexander Van Waes, 2015)

Les Liberterres (Jean-Christophe Lamy – Paul-Jean Vranken, 2009-2015)

Visions citoyennes 1 et 2 (Christophe Joly, 2013)

Tout s’accélère (Gilles Vernet, 2016)
Et bien d’autres en cours d’acquisition…

Et sur le web

On passe à l’acte : un site passionnant abritant des interviews de porteurs d’initiatives et des réflexions

Le Flipper de la transition : un web documentaire dynamique sur des initiatives de transition belges

Pour aller plus loin…

Outre l’intérêt évident qu’apportent les initiatives de transition en termes d’expérimentation pratique et d’innovation dans la conception d’une société sans pétrole, d’autres apports majeurs naissent de l’analyse des différents processus à l’œuvre dans la mise en place de ces alternatives : réflexion sur les méthodes de travail participatif, soin accordé aux processus émotionnels, remise en question des contextes culturels et historiques qui fondent une société, etc. Pour découvrir ces aspects, voici quelques références à consulter :

Une conférence filmée sur la collapsologie et la transition avec Pablo Servigne, co-fondateur du concept de collapsologie et Vincent Wattelet du réseau Transition belge lors d’une conférence donnée en juin 2017 au PointCulture Bruxelles dans le cadre de la thématique Nature Culture :

 

Un livre : Petit traité de résilience locale, en collaboration avec Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Hugo Carton, 2015, Éditions Charles Leopold Mayer.

Un article dans la revue Culture et Démocratie n° 44 de janvier 2017 sur l’imaginaire du futur avec Vincent Wattelet (réseau Transition) et Frédérique Müller (PointCulture) :

Une revue : le numéro 123 (septembre/octobre) de Imagine, demain lemonde – « Vivre en préparant la fin du monde »
Frédérique Müller


fete-des-possibles.org

En quête de sens

en quete de sens

 

Ce film est le récit de la prise de conscience d’un dysfonctionnement à la fois sur le plan sociétal et sur le  plan personnel pour Marc de la Ménardière, narrateur et co-auteur de ce récit filmé par son ami d’enfance qu’il vient de retrouver.

 

Marc travaille pour une multinationale de commerce d’eau en bouteille à New York lorsqu’il se casse le pied et, immobilisé, s’attaque à une pile de films documentaires sur la marchandisation du monde recommandés par un ami d’enfance en visite. Il prend alors conscience qu’il fait partie du problème et décide de se joindre à son ami, Nathaël Coste pour comprendre comment amener le changement.

 

Combinant une quête personnelle de retrouver du sens à la vie à un besoin de compréhension des mécanismes, c’est un film sur le chemin parcouru, tant en termes de kilomètres autour du monde que d’heures de réflexion (et très certainement aussi de montage). Ce chemin est fait de découvertes, de questions et surtout de rencontres.

 

Avec des sensibilités et des pratiques différentes, chaque intervenant, à sa manière, offre des possibilités. Le film rapporte ainsi la parole de scientifiques, d’historiens, d’économistes, de chamans et de guides spirituels, de penseurs et de militants. Toutes les personnes sont interrogées avec curiosité et enthousiasme. Au spectateur ensuite de faire son propre chemin, son propre travail de digestion pour s’interroger sur ces choix que nous faisons en ayant souvent pas ou trop peu réfléchis. L’envie d’aller à chaque fois plus loin dans la complexité que sur le plan personnel se lit dans le regard des deux amis.

 

Ce film ose aller là où beaucoup d’autres s’arrêtent en s’aventurant sur la voie de l’introspection ; de la spiritualité, de ce que la volonté de changement opère en soi. Il aborde ainsi des aspects essentiels aujourd’hui. Un film ambitieux et réussi.

Film disponible chez PointCulture

Frédérique Muller

Le monde après Fukushima

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Au bout de la route qui sillonne les paysages tranquilles et les petites villes abandonnées, un énorme dosimètre annoncé par le commentaire. « La radioactivité fait désormais partie du paysage, imposant son règne lourd, obtus et indifférent ».

Nous sommes à 50 km de la centrale de Fukushima, un an après le tsunami et l’accident nucléaire. Les familles sont à l’affût de conseils leur permettant de se protéger de la radioactivité, s’efforçant de déceler l’invisible. Les enfants, un dosimètre au cou, jouent dans la cour d’une école, cernés par un mur dérisoire de bouteilles d’eau censé absorber les éléments radioactifs. La beauté des arbres en fleurs ne fait pas oublier la menace : les délicats pétales roses et blancs, le vent qui les transporte et les dépose sur un sol couvert de mousse, tout est contaminé. Doucement, banalement, la pollution radioactive intègre le quotidien. Plus loin, une femme raconte que « Vivre ici c’est essayer au jour le jour de vivre mieux ». Le film interroge la capacité de l’humain à vivre avec le danger, avec l’exposition.

Un pêcheur évoque la présence des stèles qui ponctuent la côte. Elles ont été posées là, il y a parfois près de 600 ans. Pour se souvenir de la montée des vagues lors des tsunamis, elles sonnent de concert comme une injonction : ne pas construire plus bas. Pourtant, avec le temps, les maisons redescendent, oubliant l’avertissement des stèles. « On finit par oublier ».

Sur des kilomètres, il ne reste que des charpentes de bâtiments sans murs, sans toit, vidées, des bateaux emportés jusqu’à 10 kilomètres à l’intérieur des terres, après avoir éventré les villes sur leur passage. Un sociologue qualifie notre époque de société du risque planétaire et explique qu’il s’agit là d’une catastrophe illimitée dans le temps et l’espace, matériel et social. Toutes les victimes ne sont même pas encore nées.

Mais tous ne se résignent pas. Certains voudraient, face à l’accident de Fukushima, assister à la chute d’un modèle économique et politique. La population, profondément touchée, livre à la caméra, ses émotions, ses souvenirs, son analyse et ses critiques à l’égard d’un gouvernement accusé d’avoir tenté de minimiser la situation plutôt que de réduire les risques. Une feuille à la main, un poète lit : « L’humanité se vole parfois à elle-même le droit de contempler le crépuscule ». Au milieu des arbres fleuris qui poussent au pied des montagnes, entre les branches des cerisiers de Fukushima, naît tout de même l’espoir que les voix s’élèvent assez fort pour se faire entendre. Certains voient dans la réaction de la population japonaise une prise de conscience de la chute d’un régime politique archaïque. L‘accident révélerait un changement de société latent depuis les années 2000 au sein d’une population moins passive et confiante à l’égard des autorités. Le film raconte ainsi l’impact de l’accident de 2011 sur la population locale mais aussi sur la société japonaise.

le site du film

les films qui parlent de l’énergie nucléaire disponibles chez PointCulture

Des abeilles et des pesticides

abeille-couleur @clotilde goubely copie“Des abeilles et des pesticides”

Projections et activités du 20 au 28 mars

à Louvain-la-Neuve, Liège et Bruxelles (Uccle)

 

 

Dans le cadre de la semaine sans pesticides organisée du 20 au 30 mars 2015, PointCulture propose plusieurs activités :

– une série de projections du film « La reine malade » : un très beau témoignage d’un la reine malade couvapiculteur canadien qui raconte sa vision du métier et aspire à une agriculture mieux intégrée à l’environnement ais aussi au tissu social.

– Et puis, pour mettre en lien le film avec son contexte, nous avons invité toute une série d’asbl et d’apiculteurs pour en savoir plus sur les abeilles, les menaces qui pèsent sur elles et réfléchir aux pratiques agricoles en général.

L’on pourra donc en fonction du lieu : Observer des abeilles dans une ruche vitrée, boire de l’hydromel, écouter des contes, assister à une conférence ou à un spectacle, construire un hôtel à insecte, découvrir des alternatives à l’utilisation des pesticides, etc.

Programme complet :

Liège – Mercredi 25.03

15h10 : « L’abeille, sentinelle de l’environnement », conférence sur les causes de disparition des abeilles par Didier Brick, biologiste et apiculteur, collaborateur du Service d’Ethologie de l’ULg, actif au sein des Amis de la Terre, formateur à la Fédération Liégeoise d’Apiculture et consultant dans le cadre du Plan Maya de la Ville et de la Province

16h45 : Bar à bières artisanales au miel, dégustation et vente de miel en présence des apiculteurs Xavier Mossoux et Philippe Meloni (BeeGold) accompagné de ses abeilles dans leur ruche vitrée !

Liège – Vendredi 27.03

15h15 : Projection du film « La reine malade », témoignage d’un apiculteur canadien qui défend un modèle d’agriculture mieux intégré à l’environnement mais aussi au paysage et au tissu social

16h50 : « Le monde des abeilles », une animation en 10 points pour découvrir les abeilles avec du matériel apicole et des éléments ludiques par Sylvie Decerf, guide nature

17h30 : Bar à bières artisanales au miel, dégustation et vente de miel en présence de Philippe Meloni, apiculteur chez BeeGold, accompagné de ses abeilles dans leur ruche vitrée !

De 15h à 19h : Dégustation de gaufres et d’hydromel avec la Confrérie du Grand Apier de Tilff

Uccle – Du 23.03 au 28.03

Exposition de Natagora sur le jardin au naturel par le dessinateur Servais : récolte d’eau de pluie, alternatives aux pesticides, aménagements naturels : compost, mare, haie, nichoirs, etc.

Uccle – Jeudi 26.03

19h : Projection du film « La reine malade », témoignage d’un apiculteur canadien qui défend un modèle d’agriculture mieux intégré à l’environnement mais aussi au paysage et au tissu social

20h30 : conseils et astuces avec Natagora sur les alternatives aux pesticides et dégustation de miel

Uccle – Samedi 28.03

14h : Mot d’introduction par Bruxelles Environnement (IBGE) en présence de la Ministre Bruxelloise en charge de l’Environnement.

14h-17h : Ateliers proposés à un public familial :
– lecture et contes à partir de 3 ans sur l’eau et les abeilles par Roxane Ca’Zorzi (de 14h à 15h)
– construction de nichoirs à insectes avec l’asbl Natagora en collaboration avec le Comité de Quartier Floride-Langevelt (de 15h à 17h)
– animation autour de l’eau à Bruxelles par l’asbl Natagora en présence de la fontaine de Vivaqua (de 16h à 17h)

14h30-16h00 : Spectacle/conférence « Graines de Voyous » : à la croisée de la conférence et du théâtre, une rencontre avec la végétation sauvage par l’asbl Ecoscénique – spectacle pour adulte avec prise en charge des enfants aux ateliers proposés – Réservation souhaitée à natureaujardin@natagora.be

Présence des associations :
– Apis Bruoc Sella (discussion sur la protection des abeilles et de l’usage des pesticides)
– Worms et les Maîtres Composteurs (conseils sur le compost)
– Natagora (conseils pour un jardin au naturel et présentation du Réseau Nature)
– et dégustation de miel avec Bernard Delforge, apiculteur et membre de la SRABE

Louvain-la-Neuve – Jeudi 26.03

18h : Projection du film « La reine malade », témoignage d’un apiculteur canadien qui défend un modèle d’agriculture mieux intégré à l’environnement mais aussi au paysage et au tissu social

19h30 : Dégustation et vente de miel en compagnie de l’apiculteur Claude Englebert et des asbl BeeLife et CARI pour en savoir davantage sur le sort des abeilles

Programme ici et

Super Trash

Super trash est un film imparfait, un peu long peut-être et manquant certainement de structure mais il est alimenté par l’énergie sincère et naïve, du réalisateur.

Celui-ci se met régulièrement en scène, touché, volontaire, déprimé, agacé, effondré, vomissant, travaillant, perdant la raison, surfant sur les détritus… Ces images ne servent pas directement le propos du film qui est de dénoncer une accumulation incontrôlable et obscène de déchets dans une décharge à ciel ouvert dans le sud de la France mais elles appellent à une réception plus émotionnelle des images qui se succèdent au grès des déversements des camions benne.

Le film fonctionne beaucoup sur des mises en opposition et des effets de contraste. Les souvenirs d’enfance du réalisateur se heurtent à la réalité d’aujourd’hui, à ce paysage transformé par les ordures et les odeurs envahissantes qui polluent la région. La cabane de l’enfance, témoin privilégié de cette dégradation du paysage, devient le pied à terre du réalisateur. Le passé est incarné par Raymond, le vieil ami qui exhorte Martin à un rapport intime avec l’arbre. Au cours de ces quelques séquences, la nature, le silence, la verdure et l’odeur de la mousse s’offrent alors en refuge au jeune réalisateur et renforcent l’impression de dégout générée par les images des montagnes d’ordures qui s’empilent quotidiennement. Des lambeaux de tapis rouge du festival de Cannes rejoignent ici les restes d’anciens cercueils arrivés en fin de concession, des jouets, des magazines de pornographie, des hydrocarbures stockés de manière illégale, etc. Ces mètres carrés de feutres rouges côtoient dans l’indifférence ces restent de notre quotidien, une provocation à laquelle le réalisateur réagit dans un début d’enquête inachevée.

 

L’Anthropocène : 15 films et 1 conférence

 

L’anthropocène : un terme autour duquel se rassemblent géologues, climatologues, écologues, historiens et philosophes. Une ère géologique nouvelle marquée par la puissance de l’impact des activités humaines, l’humanité se révélant en même temps incapable de maitriser les effets de ce flot d’innovations technologiques et de dégradations de l’environnement dopé par un modèle de vie consumériste qui refuse les limites. L’Homme est désormais capable de modifier le système Terre, depuis son incidence sur le minuscule (cycle de l’azote ou du phosphore par exemple) jusqu’aux phénomènes systémiques complexes comme le climat de la planète.

Cette ère nouvelle, pour être officialisée par la commission internationale de stratigraphie, doit attendre une décision en 2016. Certains scientifiques la font commencer bien avant, mais elle aurait débuté avec l’ère thermo-industrielle, quand déjà, les pénuries de ressources naturelles ont motivé l’invention de la machine à vapeur. Depuis, des bateaux de pêche toujours plus efficaces et mieux armés pour des prises qui se font de plus en plus rares, une 6e crise d’extinction des espèces, le réchauffement climatique, la déforestation, l’appauvrissement des sols agricoles, l’acidification des océans, etc.

Avant 2016, voici un rapide aperçu en 15 titres de l’impact des activités humaines pour repenser la notion de progrès telle qu’on la définit depuis le 19e siècle sous l’influence du modèle industriel :

 

the great squeeze couvThe Great Squeeze – TM4231 : Remettre en question un modèle de développement en examinant les grandes crises écologiques et économiques actuelles.

Simplicité volontaire  et décroissance, volume 3 – TL7983 : Poser les bases philosophiques pour un regard critique sur un mode de vie consumériste qui détruit la nature et l’humanité.

Regards de climatologues – TP7151 : Comprendre le rôle du dioxyde de carbone et poids actuel des activités humaines sur son cycle et le climat.

Mister Carbone – TM5474 : Comprendre le lien entre le modèle économique et industriel et l’impact des émissions de dioxyde de carbone.

Tipping Point – TM8551 : Faire le lien entre le réchauffement climatique et les modifications de l’écosystème marin (acidification et perte de biodiversité).  

Gulf Stream, le talon d’Achille du climat – TM4361 : Mesurer l’importance des mécanismes de régulation du climat comme le Gulf Stream et imaginer les conséquences de leur perturbation.

Notre pain quotidien – TL6431 : Découvrir les processus modernes de production alimentaires sous l’influence du modèletipping pointb industriel.

Lovemeatender – TN4391 : Comprendre sous un angle systémique les problèmes de la production alimentaire à l’aide d’un exemple : la production de viande.

La fièvre de l’or – TM3931 : Regarder les ravages des techniques d’orpaillage sur l’environnement naturel et social : déforestation, violence, empoisonnement au mercure, etc.

Losing Tomorrow – TM5091 : Déplorer la destruction de la biodiversité végétale et animale, notamment la destruction de la population  d’orang-outang, suite aux activités de l’industrie du bois en Indonésie.

The End Of The Line – TM3760 : Découvrir, de la Grande-Bretagne au Sénégal, en passant par la Chine ou les Etats-Unis, le pillage des ressources marines.

Accros au plastique – TM0251 : Découvrir la pollution de l’environnement par résidus de plastique jusqu’à la formation de gigantesques vortex à la surface des océans.

La grande invasion : Comprendre le lien entre modèle de consommation et production de déchets à l’aide de l’invasion des matières synthétiques comme le plastique.

un nuage sur le toit du monde couvUn nuage sur le toit du monde – TM8975 : Découvrir les nuages noirs de pollution atmosphérique à 5000 m d’altitude dans l’Himalaya où l’air est désormais tout autant pollué que dans les villes d’Europe pour mettre en évidence les liens entre pollution, réchauffement climatique, système hydraulique et agriculture de la région.

Into Eternity – TW4841: S’interroger sur les notions de responsabilité à très long terme de notre mode de vie actuel avec l’exemple de l’enfouissement des déchets radioactifs dans le sous-sol finlandais pour une durée d’au moins cent mille ans.

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus : RDV le 21.02.14 au PointCulture de Bruxelles Centre pour la conférence :

L’événement anthropocène : une révolution géologique d’origine humaine

Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences au CNRS, fait le récit des impacts humains sur l’environnement dans son livre « L’événement anthropocène » (Seuil 2013) et nous invite à vivre et agir politiquement autrement. Il met en cause nos idées reçues sur notre prétendue « prise de conscience environnementale ». Histoire d’une nouvelle ère géologique qui appelle l’émergence de pratiques culturelles adaptées aux enjeux environnementaux.

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Welcome to Fukushima

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Le 11 mars 2011, un tsunami endommage gravement la centrale de Fukushima Daichi et provoque un accident nucléaire majeur. A 20 km de là, aux frontières de la zone évacuée, la ville de Minamisoma, 7o ooo habitants. Aujourd’hui ravagée et contaminée par la radioactivité, la ville n’est plus que le souvenir d’elle-même et, 2 ans après la catastrophe, seule la moitié des habitants est revenue, certains ne reviendront pas, d’autres hésitent encore. En pleine zone grise, entre la région évacuée et celle déclarée hors de danger par les autorités, les habitants, errent dans un entre-deux et s’interrogent. Ils doivent individuellement prendre une décision : partir ou rester. Comment revenir, se protéger, se souvenir, oublier, continuer à vivre ou se reconstruire ailleurs ?

Le film s’ouvre sur des paysages brumeux aux tons pastels : estampes au soleil vaporeux et aux silhouettes délicates de grands pins accompagnées par un piano mélancolique. Progressivement, le paysage révèle la puissance des évènements passés : des débris de végétaux mêlés à ceux de la ville flottent dans l’eau. Puis, dans une rue barrée, les enchevêtrements aériens de fils électriques rivalisent avec les façades effondrées sur la chaussée ondulantes et craquelée pour décrire la violence du dernier tsunami. Un Samouraï à cheval fait alors son apparition. Il semble ne pas reconnaitre les lieux. Les bruits des oiseaux sont absorbés par ceux des claquements de portes des commerces désertés, une voiture de police est arrêtée, feux encore clignotant, témoignant ainsi du caractère à la fois récent et brutal de l’accident, une fenêtre ouverte laisse s’échapper un rideau sous l’effet du vent, un vélo gît au sol et des journaux empilés jamais distribués commencent à se libérer de l’étreinte de leur emballage plastique. Dans cette ville aux bâtiments affaissés, l’alignement des angles, le rythme et la place des choses ont disparu. La continuité a été altérée. La vie, le quotidien ne peuvent plus être les mêmes.

Tous les 6 mois, le réalisateur, Alain de Halleux, interroge ce processus de retour sur les lieux d’une catastrophe : les cauchemars d’une petite fille ; la séparation des membres d’une famille ; le deuil ; la volonté de revenir chez soi ; le souvenir des disparus ; l’espoir mêlé de crainte pour l’avenir ; l’incertitude du présent ; l’attachement à ses racines et sa ville natale. Des familles témoignent. L’accident nucléaire a ceci de particulier qu’il laisse derrière lui des traces invisibles mais que l’on sait fatales, faisant crépiter les appareils de mesure. Il faut aller chercher la menace au-delà des apparences.

La fête traditionnelle des Samouraïs (festival Nomaoi) aura bien lieu cette année, malgré tout, mais quelque chose s’est immiscé dans le cycle, une rupture dans le temps. L’accident nucléaire fait s’entremêler des échelles de temps tellement différentes. Le fil du temps semble s’être divisé entre plusieurs couches superposables entre lequel on se perd : le temps de l’humain, celui des générations et celui de l’atome, incomparablement plus long. Les effets de la radioactivité s’évaluent sur des échelles de temps vertigineuses. Alors le lien résiste, celui qui unit les membres d’une famille, une famille à son foyer, un foyer à sa région et à son histoire. Ainsi pour rester, il faut selon les témoignages se séparer de ses proches, couper des arbres centenaires, retirer plusieurs centimètres de terre. Mais alors, que reste-il au fond ? Comment aller à la mer désormais ? Une petite fille cours sur le sable pour échapper à la morsure des vagues venant successivement d’échouer sur la plage, apportant avec elles la radioactivité dont elles sont désormais chargées.

Le traitement de l’image est très esthétique. Dans ce pays que l’on imagine si fortement attaché à ses racines et aux traditions, les questions que le film pose résonnent d’autant plus vivement mais sont finalement les mêmes que dans Chernobyl 4 ever en Ukraine, ou Au pays du nucléaire, en France : le secret, les tabous, le silence ou le discours rassurant des autorités mais aussi l’incapacité de la population à évaluer le danger, la difficulté de se projeter dans l’avenir.

L’approche est volontairement centrée sur le récit subjectif des membres de quelques familles suivies dans le temps pour appréhender une réalité plus humaine que scientifique des suites de l’accident de Fukushima.

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