Milieu

milieu

 

Un film magnifique qui permet au spectateur de se promener dans la montagne japonaise sur l’île de Yakushima. Une île battue par les vents, plongée dans une brume qui protège les mystères d’une relation forte et spirituelle à la nature. Le voyage se fait en compagnie d’un entomologiste passionné de papillons qui nous guide entre les grands arbres centenaires et les divinités, au cœur d’une cohabitation subtile et ritualisée entre les habitants de la montagne. Des pierres marquent l’entrée du domaine des esprits, là où s’arrêtent les oiseaux,… des croyances qui bien qu’ancestrale, évoluent et s’adaptent aux nouveaux besoins. Un miroir, des statues de pierres aident désormais à donner une forme à ce en quoi il faut croire. « La croyance (en la nature) a pour objet quelque chose qui n’a pas de forme. Les gens d’autrefois avaient la force de croire à ces objets sans forme ». Aujourd’hui, il faut guider le regard.

Tandis que le vent s’intensifie à l’approche d’un typhon, une voix off nous aide à comprendre cette expérience de la nature que nous livre notre guide. C’est la voix  du philosophe et géographe Augustin Berque qui raconte l’histoire de notre relation avec la nature. Il explique notamment que ce qu’il faut cultiver c’est cette articulation entre une perception individuelle de la nature et une perception construite par la société marquée par l’apparition du concept d’un milieu extérieur à l’homme. Depuis lors, la nature transformée en objet l’est aussi en termes d’objet universel qui se présenterait de la même manière à tous alors que l’expérience de nature reste profondément individualisée.

En dehors des voix de ces deux compagnons de voyage, c’est le silence. Rompu parfois par quelques sons de la nature, il est peu à peu enseveli sous le bruit d’un vent fort à l’approche d’un typhon qui ne fait que passer sur la montagne.

 

disponible à PointCulture

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Un monde pour soi

un monde pour soi

 

« Ça a commencé par une simple maison. Un jour, j’ai vu surgir, au milieu des champs, une forme industrielle qui ne renvoyait à rien. Aucune histoire, aucune culture, aucun environnement. Il y en a eu une deuxième, puis une troisième, et maintenant le paysage est constellé de maisons standardisées. Au début, j’ai cru qu’elles finiraient par se fondre dans le décor mais le temps n’y a rien fait. Le monde ancien est mort et le nouveau peine à émerger de ces maisons qui poussent les unes à côté des autres en se tournant le dos. Un jour, il n’y aura plus rien à bétonner, et chacun vivra dans sa parcelle, sans un regard pour le monde qui répétera à l’infini la même forme modélisée. ». Ainsi commence le film qui déroule cette réflexion sur l’évolution de l’habitat en milieu rural en avec comme fil conducteur la propre relation à l’habitat du réalisateur. Les réflexions générales autour d’images  accompagnées de constats, se superposent à des récits plus personnels liés aux expériences successives d’habiter du réalisateur.

 

Le film est fait de plans filmés en montgolfière et non pas en hélicoptère. Cela pour des raisons écologiques mais surtout parce que la montgolfière permet de réaliser des plans plus poétiques, plus lents, qui donnent un sentiment d’apesanteur particulièrement intéressant pour illustrer le propos.  La montgolfière permet de filmer très près des toits et du sol pour ne pas rester trop loin du sujet.

 

Telles les visions des urbanistes qui travaillent l’espace sur des cartes, les maisons filmées de haut laissent alors découvrir le cloisonnement du paysage, le repli sur soi, les haies et barrières qui protègent peut-être mais isolent certainement. Ces images donnent à bien comprendre ce qui se joue, habiter comme modalité d’être au monde et relation avec les autres et l’environnement (ou non). La question de la politique d’urbanisation concerne aussi la campagne et elle est ici abordée non sous un angle méthodologique ou technique mais cherche bien à identifier ce qui sous-tend aujourd’hui nos comportements. Le propos permet alors de déceler dans les institutions et les pratiques jusqu’où l’industrialisation s’est infiltrée. Insidieusement mais solidement. Le film adopte donc une approche critique de la standardisation, de l’homogénéisation, de la production en série de maisons lourdes, de la disparition du paysage troué de lotissements et de grandes surfaces immenses, de la privatisation de l’espace.

 

Le documentaire est complété de 13 courtes séquences qui viennent illustrer des points particuliers de débat sur les comportements et les représentations qui induisent une urbanisation croissante des campagnes.

 

Anaïs s’en va-t’en guerre

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C’est l’histoire d’une jeune fille qui fait preuve de courage, de détermination, de force, de savoir-faire mais aussi de fragilité lorsqu’elle se heurte à un monde agricole verrouillé par des pratiques industrielles et la lourdeur administrative.

 

Anaïs, 24 ans, cultive des plantes aromatiques et médicinales. Elle les manipule d’un geste assuré mais tendre. Capable d’affronter la rudesse du climat, la pluie quand elle se trouve perchée au sommet d’une serre qu’elle installe, la solitude dans sa petite caravane sans eau ni électricité ou dans le métro parisien avec un cageot rempli du fruit de son travail posé sur les genoux, Anaïs s’entête. Agenouillée dans son champ, vêtue de pulls rugueux, de bottes en caoutchouc sur des pantalons sombres tachés de terre qui ne dissimulent pas la beauté à la fois forte et fragile de la jeune femme, Anaïs poursuit son rêve.

 

Le film s’ouvre sur un moment de découragement et de colère mais une visite de son professeur lors d’une séance de désherbage, les mains dans la terre, lui permettent de reprendre contact avec « ses amies les plantes » et d’enraciner en peu plus encore sa volonté de poursuivre.

 

Au centre de chaque plan du film, cheveux au vent, Anaïs entraine le spectateur qui vit avec elle de multiples émotions : peur, colère, tristesse, angoisse, satisfaction. A son sujet, la réalisatrice, Marion Gervais, parle même de rage :

 

« Elle vivait dans une cabane, sans eau, avec une électricité à 12 Volts. Elle m’a raconté qu’elle menait un combat, celui de devenir agricultrice, de vendre des tisanes dans le monde entier. J’ai été séduite par sa rage, cette volonté de ne pas subir sa vie. J’ai voulu la filmer. J’ai contacté Quark Productions, et ils ont soutenu le projet. Je me suis immergée dans le monde d’Anaïs pendant presque deux années entières. J’allais déjeuner avec elle, l’aider dans ses champs, la filmer. Au final, le film est l’aboutissement de deux ans de rencontres régulières, de respect et de confiance mutuelle et d’amitié, une relation qui s’est construite de manière instinctive et naturelle. »

(propos recueillis sur : http://www.madmoizelle.com/anais-guerre-film-bretagne-262009

C’est un portait tout en contraste, celui d’Anaïs en premier lieu, mais celui-ci illustre aussi toute la difficulté des alternatives à l’agriculture d’aujourd’hui et toute l’importance des productions faites à plus petite échelle.

 

 

Un film qui inspire l’envie de reprendre le contrôle de sa vie et d’aller jusqu’au bout des projets les plus ambitieux.

 

 

 

Film disponible chez PointCulture

 

Frédérique Müller

En quête de sens

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Ce film est le récit de la prise de conscience d’un dysfonctionnement à la fois sur le plan sociétal et sur le  plan personnel pour Marc de la Ménardière, narrateur et co-auteur de ce récit filmé par son ami d’enfance qu’il vient de retrouver.

 

Marc travaille pour une multinationale de commerce d’eau en bouteille à New York lorsqu’il se casse le pied et, immobilisé, s’attaque à une pile de films documentaires sur la marchandisation du monde recommandés par un ami d’enfance en visite. Il prend alors conscience qu’il fait partie du problème et décide de se joindre à son ami, Nathaël Coste pour comprendre comment amener le changement.

 

Combinant une quête personnelle de retrouver du sens à la vie à un besoin de compréhension des mécanismes, c’est un film sur le chemin parcouru, tant en termes de kilomètres autour du monde que d’heures de réflexion (et très certainement aussi de montage). Ce chemin est fait de découvertes, de questions et surtout de rencontres.

 

Avec des sensibilités et des pratiques différentes, chaque intervenant, à sa manière, offre des possibilités. Le film rapporte ainsi la parole de scientifiques, d’historiens, d’économistes, de chamans et de guides spirituels, de penseurs et de militants. Toutes les personnes sont interrogées avec curiosité et enthousiasme. Au spectateur ensuite de faire son propre chemin, son propre travail de digestion pour s’interroger sur ces choix que nous faisons en ayant souvent pas ou trop peu réfléchis. L’envie d’aller à chaque fois plus loin dans la complexité que sur le plan personnel se lit dans le regard des deux amis.

 

Ce film ose aller là où beaucoup d’autres s’arrêtent en s’aventurant sur la voie de l’introspection ; de la spiritualité, de ce que la volonté de changement opère en soi. Il aborde ainsi des aspects essentiels aujourd’hui. Un film ambitieux et réussi.

Film disponible chez PointCulture

Frédérique Muller

Les “Potagistes”

La neige recouvre le paysage et laisse pudiquement apparaitre les dernières lettres du mot « potager » sur le panneau d’entrée. Le film commence en hiver, tout semble en attente. Au printemps, c’est le retour des « Potagistes » et de leurs discussions ordinaires entre voisins. Mais on apprend rapidement que le potager collectif « Ernotte » au cœur de Bruxelles est menacé par un projet immobilier initié par la commune. Une résistance s’organise alors au fur et à mesure du film et des saisons.

Le documentaire suit un petit groupe de citoyens décidés à sauver ce lieu de « culture ». Au départ, la résignation de ceux qui découvrent un matin dans leur boite aux lettres ou sur un mur l’annonce d’un projet prévoyant la destruction du potager. Progressivement, les voix s’assemblent et s’expriment jusqu’à la présentation d’un contre-projet tentant de concilier les intérêts divers. Alors l’espoir peut-être… le film ne connait pas le dénouement de l’histoire.

Pascal Haas, réalisateur mais aussi habitant du quartier et professeur à l’INSAS, filme le travail au potager, les réunions, le doute, l’espoir, la résignation, une timide colère parfois et l’investissement de personnalités disparates. Des protagonistes, on ne sait pas grand-chose. Ni leur nom, ni ce qu’ils sont en dehors du potager. On peut identifier : un homme âgé savourant la paix d’un après-midi au potager, le même bonheur simple que celui procuré par « une partie de pêche ou une bonne Leffe » ; une étrangère à l’accent de l’est qui semble apporter au groupe ce qu’il faut d’organisation et de méthode et qui raconte la difficulté de ses acolytes à s’opposer à une autorité ; un jeune homme aux longs cheveux mal coiffés sous un bonnet de laine coloré, épris de liberté et s’attelant à diverses taches de menuiserie et de bêchage ; un trentenaire et une retraitée, séparés par une génération mais réunis autour de vieux vinyles de Louis Mariano et par l’enthousiasme de retrouver « la voix de son maitre » ; une jeune femme convaincue de l’importance des lieux d’échanges et de partage… Ces scènes du quotidien fournissent aux propos une toile de fond.

Les enjeux complexes sont bien présents sans être explicitement argumentés. Le petit groupe, en défendant les parcelles du potager, interroge ainsi l’évolution des villes (notamment celles qui se disent « durables ») et la notion d’intérêt général. Celui-ci réside-t-il dans le toujours plus de logements en ville jusqu’à atteindre une très haute densité d’habitation ? Quelle place consacre-t-on au sein de la cité aux initiatives citoyennes, aux lieux de culture, de nature, d’éducation, de patrimoine, de plaisir et de rencontres, d’activités en plein air, pour les enfants, pour tous. Que faire de cette dynamique et de cette richesse sociale et écologique qui se sont spontanément développées dans ce lieu vieux de 30 ans ?

Le potager collectif comme lieu d’échanges, de rencontres, de partage, de récoltes, comme zone tampon entre les générations, entre la vile et la campagne, entre la nature et la culture, entre le travail et les loisirs. Les « Potagistes » s’y retrouvent autour d’un projet commun au sein d’un quartier où les espaces de vie disparaissent. « Il n’y a plus de bistrot, une toute petite maison des jeunes, pas d’antenne de bibliothèque… » racontent-ils lors d’une interview sur Radio Panik.

Face au discours simple des habitants, ancré dans leur histoire personnelle, la lourde mécanique d’un argumentaire usé : la crise du logement, la conjoncture, le poids de la région et le réalisateur film l’embarras des responsables politiques aux mains liées.

L’Anthropocène : 15 films et 1 conférence

 

L’anthropocène : un terme autour duquel se rassemblent géologues, climatologues, écologues, historiens et philosophes. Une ère géologique nouvelle marquée par la puissance de l’impact des activités humaines, l’humanité se révélant en même temps incapable de maitriser les effets de ce flot d’innovations technologiques et de dégradations de l’environnement dopé par un modèle de vie consumériste qui refuse les limites. L’Homme est désormais capable de modifier le système Terre, depuis son incidence sur le minuscule (cycle de l’azote ou du phosphore par exemple) jusqu’aux phénomènes systémiques complexes comme le climat de la planète.

Cette ère nouvelle, pour être officialisée par la commission internationale de stratigraphie, doit attendre une décision en 2016. Certains scientifiques la font commencer bien avant, mais elle aurait débuté avec l’ère thermo-industrielle, quand déjà, les pénuries de ressources naturelles ont motivé l’invention de la machine à vapeur. Depuis, des bateaux de pêche toujours plus efficaces et mieux armés pour des prises qui se font de plus en plus rares, une 6e crise d’extinction des espèces, le réchauffement climatique, la déforestation, l’appauvrissement des sols agricoles, l’acidification des océans, etc.

Avant 2016, voici un rapide aperçu en 15 titres de l’impact des activités humaines pour repenser la notion de progrès telle qu’on la définit depuis le 19e siècle sous l’influence du modèle industriel :

 

the great squeeze couvThe Great Squeeze – TM4231 : Remettre en question un modèle de développement en examinant les grandes crises écologiques et économiques actuelles.

Simplicité volontaire  et décroissance, volume 3 – TL7983 : Poser les bases philosophiques pour un regard critique sur un mode de vie consumériste qui détruit la nature et l’humanité.

Regards de climatologues – TP7151 : Comprendre le rôle du dioxyde de carbone et poids actuel des activités humaines sur son cycle et le climat.

Mister Carbone – TM5474 : Comprendre le lien entre le modèle économique et industriel et l’impact des émissions de dioxyde de carbone.

Tipping Point – TM8551 : Faire le lien entre le réchauffement climatique et les modifications de l’écosystème marin (acidification et perte de biodiversité).  

Gulf Stream, le talon d’Achille du climat – TM4361 : Mesurer l’importance des mécanismes de régulation du climat comme le Gulf Stream et imaginer les conséquences de leur perturbation.

Notre pain quotidien – TL6431 : Découvrir les processus modernes de production alimentaires sous l’influence du modèletipping pointb industriel.

Lovemeatender – TN4391 : Comprendre sous un angle systémique les problèmes de la production alimentaire à l’aide d’un exemple : la production de viande.

La fièvre de l’or – TM3931 : Regarder les ravages des techniques d’orpaillage sur l’environnement naturel et social : déforestation, violence, empoisonnement au mercure, etc.

Losing Tomorrow – TM5091 : Déplorer la destruction de la biodiversité végétale et animale, notamment la destruction de la population  d’orang-outang, suite aux activités de l’industrie du bois en Indonésie.

The End Of The Line – TM3760 : Découvrir, de la Grande-Bretagne au Sénégal, en passant par la Chine ou les Etats-Unis, le pillage des ressources marines.

Accros au plastique – TM0251 : Découvrir la pollution de l’environnement par résidus de plastique jusqu’à la formation de gigantesques vortex à la surface des océans.

La grande invasion : Comprendre le lien entre modèle de consommation et production de déchets à l’aide de l’invasion des matières synthétiques comme le plastique.

un nuage sur le toit du monde couvUn nuage sur le toit du monde – TM8975 : Découvrir les nuages noirs de pollution atmosphérique à 5000 m d’altitude dans l’Himalaya où l’air est désormais tout autant pollué que dans les villes d’Europe pour mettre en évidence les liens entre pollution, réchauffement climatique, système hydraulique et agriculture de la région.

Into Eternity – TW4841: S’interroger sur les notions de responsabilité à très long terme de notre mode de vie actuel avec l’exemple de l’enfouissement des déchets radioactifs dans le sous-sol finlandais pour une durée d’au moins cent mille ans.

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus : RDV le 21.02.14 au PointCulture de Bruxelles Centre pour la conférence :

L’événement anthropocène : une révolution géologique d’origine humaine

Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences au CNRS, fait le récit des impacts humains sur l’environnement dans son livre « L’événement anthropocène » (Seuil 2013) et nous invite à vivre et agir politiquement autrement. Il met en cause nos idées reçues sur notre prétendue « prise de conscience environnementale ». Histoire d’une nouvelle ère géologique qui appelle l’émergence de pratiques culturelles adaptées aux enjeux environnementaux.

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Le territoire des autres

Le film devait être au départ un documentaire sur les animaux d’Europe. Tourné au début des années 70, il se démarque finalement des autres films du genre par l’absence de commentaire et de musique tout en accordant un soin tout particulier au travail de l’image et du son. La caméra est posée sur l’animal, le suit avec respect et concentration, sans grands effets de mise en scène. Les réalisateurs ont ainsi recueillis de superbes images étalonnées en 35 millimètres. Celles-ci ont ensuite été travaillées dans la plus grande précision comme une sculpture ou une toile, le montage guidé « par la beauté plastique et fascinante des images »*. Celles-ci ont défini l’organisation du film, sans recours par exemple à des plans de contre-champs ou d’autres images traditionnellement utilisées pour les raccords. Le film alterne les plans courts et longs, en fonction de leurs propriétés intrinsèques afin de respecter le temps dont elles ont besoin pour vivre à l’écran. Le travail du son à lui aussi fait l’objet d’un soin extrême dans sa synchronisation avec l’image. Le film a été pionnier en superposant aux images d’animaux des sons provenant d’autres sources : instruments, machines ou activités humaines. Le décalage produit libère l’image de son cadre. La poésie, la douceur, le mystère, parfois l’humour aussi se succèdent dans un pêle-mêle esthétique et rythmé : des lapins courent dans un champ labouré au son du TGV, un cerf se dissimule derrière un arbre dans le plus grand silence, une chouette semble fixer le spectateur sur un fond de percussions, on entend le vent, des cordes pincées, quelques fois aussi, le son utilisé est celui des animaux filmés. Ils sont immobiles, marchent ou volent, seuls ou en groupe, les animaux conservent ici leur liberté dans un flot de ruptures d’images et de rythmes. Le film est monté tel « une symphonie à voir »*, faisant se succéder plusieurs mouvements pour décrire le comportement animal : l’ouverture ; le premier mouvement avec les personnages et le décor ; le second consacré aux regards ; le troisième à la présence de l’animal ; le quatrième au mouvement ; le cinquième aux relations ; le sixième à la vie de famille puis le septième évoquant les notions de territoire et de sexualité mais aussi faisant intervenir de manière tout à fait inattendue dans le film, un discours. Le spectateur perçoit sans doute cette apparition soudaine d’un message de sensibilisation sans peut être savoir avec certitude quel sens lui donner. Enfin, le coda conclut. Michel Fano explique : « Ce néant qui fut l’origine, cette viscosité minérale qui était une promesse sont maintenant la fin. Peu à peu, la parole se tait, s’ensevelit puis se fige dans le silence de l’homme »*. Au-delà de la célébration de la beauté animale, le film raconte aussi l’histoire d’un regard posé sur la nature, un regard qui désigne et définit l’altérité.

territoire des autres

 

 

* : Michel Fano – 1970 – dossier de presse du film

 

mer et relations fragiles

Relation fusionnelle

Liés par des mécanismes de rétrocontrôle complexes, le climat et l’océan forment un couple fusionnel. Ce qui touche l’un, atteint l’autre. REGARDS DE CLIMATOLOGUES permet de comprendre la nature et l’importance de cette union qui amène par exemple l’océan à stocker le gaz carbonique de l’atmosphère.

Depuis une cinquantaine d’années, le couple bénéficie malgré lui d’une surveillance rapprochée. L’océan par exemple est concerné par plusieurs programmes de recherche. Comme ils le feraient au chevet d’un malade, les scientifiques mesurent sa salinité, sa température, la vitesse, l’acidité et la direction de ses courants, mais aussi l’état de santé des espèces qu’il héberge, comme autant d’indices de la santé dela planète. Lesconclusions de ces études sont souvent inquiétantes. L’harmonie des mécanismes est rompue.   

Relation à trois

Depuis la révolution industrielle, les activités humaines émettent d’importantes quantités de gaz à effets de serre qui s’accumulent et participent au réchauffement global dela planète. Celui-ci, associé à d’autres pressions exercées directement sur les ressources marines (pêche et pollutions diverses), crée de nombreux déséquilibres qui s’additionnent et se conjuguent pour constituer une menace qui pèse aujourd’hui sérieusement sur la biodiversité.

L’impact des activités humaines amène des scientifiques tels que le glaciologue Claude Lorius à concevoir et décrire une nouvelle ère qui débute avec la révolution industrielle : l’anthropocène. Un néologisme qui souligne l’influence des activités d’origine anthropique sur l’évolution dela planète. C’est donc l’homme qui écrit aujourd’hui l’histoire de l’océan, tout du moins en grande partie, car on ne connait pas encore toutes ses réactions face aux brutales modifications qu’on lui inflige.

Le réchauffement global engendre un apport d’eau douce qui modifie sensiblement la salinité des mers et risque de perturber la circulation des courants marins. Parmi ces courants, le Gulf Stream, dont l’altération pourrait perturber le climat du littoral européen (GULF STREAM, LE TALON D’ACHILLE DU CLIMAT). L’océan subit les modifications du climat puis y participe à son tour. Outre leur implication dans la régulation du climat, les courants marins sont aussi des corridors écologiques au rôle essentiel dans la circulation de nombreuses espèces marines comme le plancton, certaines tortues ou baleines. Dans FINDING NEMO, les héros voyagent avec les tortues qui empruntent le courant est-australien pour gagner l’Australie. L’océan est aussi particulièrement sensible à l’augmentation du taux de gaz carbonique qu’il absorbe désormais en plus grande quantité (près de la moitié des émissions anthropiques), ce qui entraine une acidification des eaux. TIPPING POINT décrit les techniques et les objectifs d’un programme scientifique chargé de l’étude de la modification du pH des océans et des conséquences qui en découlent. En empêchant la production de calcaire, l’acidification fragilise par exemple la population d’organismes planctoniques, les organismes à squelette et coquille calcaires  (les foraminifères) et le corail. DES CORAUX POUR DECRYPTER LE CLIMAT alerte sur le sort du corail : deux tiers des récifs coralliens du monde sont fortement abîmés alors même qu’ils semblent pouvoir fournir de précieuses informations sur l’histoire du climat et constituent un habitat irremplaçable pour de nombreuses espèces. 

Les changements climatiques aggravent les méfaits occasionnés par d’autres atteintes à l’équilibre des écosystèmes : dégradation des écosystèmes du littoral ; pollutions liées aux exploitations minières et pétrolières ; pollution sonore et par les hydrocarbures (ENVOYE SPECIAL – DEGAZAGE EN MER) ; aménagements des fleuves et des zones côtières (RIVAGES, volumes 1 & 2 : cas de l’estuaire de la Seine, de la baie de Somme, du Mont Saint-Michel ou de Gruissan en France), introduction d’espèces invasives ; pollution chimiques (cas du mercure stocké dans la viande de poissons tels que le thon développé dans un bonus de THE COVE) et par le plastique (ACCROS AU PLASTIQUE et personnage de Lovelace dans HAPPY FEET ). L’omniprésence de ce matériau, dont la production et la consommation se sont accélérées depuis la seconde guerre mondiale et le développement d’un mode de vie « jetable », génère d’importantes quantités de déchets très difficiles à recycler. Le plastique, sous forme de nappes de déchets flottants ou décomposé sous forme de pastilles, ne disparait pas. Il circule et s’accumule dans l’organisme des êtres vivants causant une importante mortalité et perturbant gravement le système hormonal et reproducteur.

Relation d’intérêts

L’océan abrite 80 % de la biodiversité connue, depuis le minuscule du plancton agité jusqu’aux majestueuses et tranquilles baleines. La mer du Nord héberge par exemple de très nombreuses espèces. Elle constitue un milieu précieux pour la nature mais aussi pour l’activité économique des hommes (DOCKS & COCKERS pour un aperçu de l’histoire des six ports maritimes belges). Malheureusement, la biodiversité y est menacée par les changements climatiques, l’introduction d’espèces invasives, des rejets de produits toxiques (déchets radioactifs, égouts, rejets industriels et agricoles charriés par les fleuves, etc.) et par une activité de pêche qui épuise les stocks de poissons. Dans le cadre d’une activité devenue industrielle, les bateaux, redoutablement équipés pour la détection et le ramassage des poissons, vident peu à peu les mers. C’EST PAS SORCIER, PECHE : LES POISSONS ONT LE MAL DE MER illustre l’évolution des techniques de pêche et d’une politique européenne toujours discutée concernant le principe des quotas. LES DAMNES DE LA MER, plus critique, dénonce les méfaits autant sur les écosystèmes que pour la population locale, d’une pêche intensive responsable de la disparition des bancs de sardine au large du Maroc. Un rapport de la F.A.O. estime qu’aujourd’hui, près de 80 % des stocks de poissons sont menacés (complètement exploités à 52 %, surexploités à 16 % et effondrés à 8 %). Parmi les espèces au statut le plus critique, la crevette rose, le flétan de l’Atlantique, le cabillaud, le saumon de l’Atlantique, la sole, le thon rouge.

Références :
Dossier F.A.O.
Dossier du CNRS
Dossier Greenpeace

Les films animaliers sont tous des faux ! (1/3)

Les cinéastes ont toujours eu recours à des procédés audiovisuels et narratifs pour livrer aux spectateurs une vision personnelle de l’animal et dela nature. Au-delàdu contenu scientifique, ils créent un espace de narration, de projections et de fantasmes. En 3 épisodes,  voici une petite réflexion sur le cinéma animalier :
Premier épisode : Les films animaliers sont tous des faux ! démonstration
Deuxième épisode : Les films animaliers sont tous des faux ! aspects techniques du travail de faussaire
 Troisième épisode : Les films animaliers sont tous des faux ! mais peut-être pas…

Fait divers

Décembre 2011, David Attenborough est accusé de tromper les téléspectateurs dans la série documentaire Frozen Planet en glissant, au milieu d’images tournées sur la banquise, des images d’ours polaires en captivité pour montrer des nouveau-nés dans leur tanière. Bien que les conditions de tournage soient décrites sur un site internet consacré à la série et que le commentaire ne cherche pas explicitement à camoufler le stratagème, le journaliste scientifique, mondialement reconnu par ailleurs pour la qualité scientifique et esthétique de ses films, se voit bel et bien accusé d’avoir produit un faux. « Une explication sur le site web est tout simplement une tromperie », proteste un journaliste du quotidien The Independent (1). Mais quelle est cette réalité que David Attenborough a trahie ?

Chapitre 1 : Les films animaliers sont tous des faux !  – Démonstration

 Conçus dans un contexte de prise de conscience écologique depuis les années 1960, et nourris par une connaissance naturaliste qui s’est enrichie avec le temps, les films animaliers modernes sont en général bien documentés au niveau scientifique. Là ne réside pas le faux. Mais leur propos dépasse souvent largement le contenu naturaliste. Les cinéastes ont depuis toujours recours à des procédés audiovisuels et narratifs pour livrer aux spectateurs une vision personnelle de l’animal et dela nature. C’est ce travail de mise en images qui constitue la matière du film et qui est au cœur des interrogations.

La nature est un décor

Il a choisi une clairière, y a dispersé des pommes et créé un point d’eau, il attend la bonne lumière, le jour propice… Laurent Charbonnier, réalisateur du film Les Animaux amoureux, a attiré les cerfs dans une clairière qu’il a préalablement choisie et aménagée. Il attend l’éclairage qui répond au mieux aux contraintes techniques et aux exigences esthétiques. Réalisant un film sur les parades amoureuses, le cinéaste tient à l’atmosphère douce et poudrée de l’aube pour raconter le brame du cerf. Il ne s’est pas enfoncé dans la forêt toute proche où évoluent habituellement les animaux, mais a choisi et créé un décor pour la scène qu’il a voulu filmer. Nuages, puis, lente chute jusqu’à un champ dans lequel on vient plonger parmi les brins d’herbe. Là, presque immobile, attend un insecte. Nous sommes en France dans l’Aveyron, en pleine campagne. Mais les trois-quarts du film Microcosmos sont tournés dans un studio où a été reconstituée une prairie dans laquelle évoluent les insectes qu’on y a relâchés. Choisie, adaptée ou reconstruite, souvent avec le souci de l’imitation et de la vraisemblance, la nature des films animaliers est véritablement le fruit d’un travail d’équipe antérieur aux prises de vue. Un travail qui commence avec le repérage des lieux et qui peut aller jusqu’à la construction intégrale d’un décor.     

 

Les animaux sont des acteurs

Les oiseaux du Peuple migrateur ont été imprégnés dès l’éclosion pour intégrer dans leur paysage sonore et visuel habituel la présence d’humains et le bruit des équipements techniques, notamment celui d’un ULM nécessaire aux prises de vue aériennes. Plus tard, les oiseaux ont été relâchés sur les lieux de tournage pour être filmés en vol et illustrer un périple migratoire. L’histoire des animaux sauvages est ici racontée par des animaux élevés en captivité dans des conditions préparant celles du tournage. Le voyage est donc très certainement celui des espèces citées mais pas celui des individus filmés en particulier. Plus généralement, dans des productions où la scénarisation est moins flagrante, les animaux et les comportements retenus au montage sont sélectionnés pour soutenir un propos précis. Quand le documentaire La Montagne aux ours décrit le régime alimentaire des ours bruns, il parle d’un « perpétuel affamé qui n’y voit pas trop clair » et on le voit gratter le sol de sa patte lourde pour dénicher les larves et les glands dont il se régale. L’ours est ici pataud et gourmand. Dans Les Sales Bêtes, le commentaire alerte sur le risque d’extinction de l’espèce en Europe. À l’image, de jeunes oursons s’ébattent et jouent avec toute l’insouciance du monde en grimpant le long des troncs d’arbres. Les ours paraissent attachants, fragiles et innocents. Tous les individus d’une même espèce ne sont pas d’égale efficacité pour soutenir un propos et le documentaire a besoin d’individus filmogéniques. Les images sont mises au service d’un discours qui est celui du film et non des individus filmés. Un procédé qui est d’ailleurs ponctuellement remis en cause : Toujours chez les ours, Yann Arthus Bertrand, pour la série Vu du ciel, filme un individu polaire amaigri errant sur la banquise pour illustrer les conséquences des changements climatiques. Mais rien ne permet d’expliquer avec certitude l’état de santé supposé de cet ours en particulier. L’image est interprétée puis mise au service du message du film.

Références

(1)   Sources : TéléObs du 13/12/11

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