Bousse nabab – les Maîtres-chèvres

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Rémi est un paysan flamand. Il tire sa vocation de son enfance. Non pas que sa famille l’ai incité à reprendre une exploitation familiale, loin de là. Son père lui répétait même de « bien étudier, ainsi, il n’aura pas à devenir paysan ». Sa vocation lui vient d’ailleurs, de l’émotion de sa mère qui, regardant le journal télévisé, s’émouvait de voir des enfants mourir de faim en déplorant qu’il devait être terrible pour une mère de voir ses enfants affamés. Cette émotion, il en a été témoin, et touché, a décidé qu’il était là le grand défi pour l’avenir de l’humanité : que tout le monde mange à sa faim, et ce, sans détruire la planète.

Ainsi, quelques années plus tard, il fonde le mouvement « Paysans sans frontière » et accompagne des paysans du Burkina Faso et d’ailleurs dans l’adoption de nouvelles pratiques agricoles durables.

Ce que Remi répète plusieurs fois à l’écran, c’est qu’il est important de ne pas faire à la place des autres. Il faut rendre les paysans du monde autonomes dans leurs pratiques. Sa devise : « voir, faire, comprendre et adapter à sa propre réalité ».

Dans ce portait, on le voit qui aime mettre la main à la pâte, se déplacer, face à la caméra on le sent animé d’une vrai volonté de convaincre appuyant ses propos par de larges gestes des mains.

Le film raconte la démarche de ce paysan au franc-parler qui revient sans arrêt au faire et au travail quotidien. Direct mais sensible, se trouvant à l’étroit dans les labels, ses ambitions sont grandes mais à la hauteur du défi qui attend l’humanité à la fin de ce siècle.

film disponible chez PointCulture

Frédérique Müller

 

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La fête des possibles

Bandeau

 

Le mode de vie moderne, fondé sur la croissance et l’abondance des combustibles fossiles, s’épuise. Différentes études se complètent pour conclure à la fin du modèle économique du capitalisme industriel, et ce, probablement avant la fin du XXIe siècle. Comme premiers signaux, les différentes crises qui se succèdent et se font échos : économiques, sociales, politiques, environnementales, etc.

Ce constat pousse à imaginer des alternatives et redéfinir des concepts clés comme le progrès, la prospérité et tout un système de valeurs. Il ne s’agit pas seulement de survivre aux changements climatiques et à la fin du pétrole mais de construire une société qui puisse mieux répondre aux besoins essentiels des humains, qu’ils soient physiques, psychologiques ou même spirituels.

Sur ce vaste chantier de réflexion et d’expérimentation, le citoyen occupe une place essentielle. Depuis plusieurs dizaines d’années, certains ont commencé à expérimenter des alternatives dans des domaines variés tels que l’économie, l’alimentation, l’énergie, la consommation, l’éducation, etc. Ensemble, ces initiatives concourent à provoquer un véritable bouleversement culturel par les changements de cadres qu’elles opèrent.

Pour découvrir, comprendre et soutenir ces initiatives, une Fête des possibles se tiendra en Belgique et en France du 18 au 30 septembre.

Activités dans les PointCulture

PointCulture soutient la fête des possibles et y participe à sa manière en proposant des activités qui interrogent notre rapport à la ville dans le cadre de sa thématique URBN.

Une journée entière consacrée à la ville poétique au PointCulture Liège

Un atelier de construction de mobilier urbain avec des matériaux de récupération au PointCultureNamur

Dix films à voir – et disponibles chez PointCulture

Ci-dessous, une sélection de dix films qui permettent de découvrir des initiatives dans des domaines variés (alimentation, énergie, mobilité, etc.), en Belgique et ailleurs, mais aussi d’aborder des questions de fond :

En quête de sens, un voyage au-delà de nos croyances (Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière, 2015)

Demain (Mélanie Laurent et Cyril Dion,  2015)

Cultures en transition (Nils Aguilar, 2012)

La Possibilité d’être humain (Thierry Krugger et Pablo Girault, 2013)

L’Urgence de ralentir (philippe Borrel, 2014)

Sur les routes d’une Belgique sans carbone (Alexander Van Waes, 2015)

Les Liberterres (Jean-Christophe Lamy – Paul-Jean Vranken, 2009-2015)

Visions citoyennes 1 et 2 (Christophe Joly, 2013)

Tout s’accélère (Gilles Vernet, 2016)
Et bien d’autres en cours d’acquisition…

Et sur le web

On passe à l’acte : un site passionnant abritant des interviews de porteurs d’initiatives et des réflexions

Le Flipper de la transition : un web documentaire dynamique sur des initiatives de transition belges

Pour aller plus loin…

Outre l’intérêt évident qu’apportent les initiatives de transition en termes d’expérimentation pratique et d’innovation dans la conception d’une société sans pétrole, d’autres apports majeurs naissent de l’analyse des différents processus à l’œuvre dans la mise en place de ces alternatives : réflexion sur les méthodes de travail participatif, soin accordé aux processus émotionnels, remise en question des contextes culturels et historiques qui fondent une société, etc. Pour découvrir ces aspects, voici quelques références à consulter :

Une conférence filmée sur la collapsologie et la transition avec Pablo Servigne, co-fondateur du concept de collapsologie et Vincent Wattelet du réseau Transition belge lors d’une conférence donnée en juin 2017 au PointCulture Bruxelles dans le cadre de la thématique Nature Culture :

 

Un livre : Petit traité de résilience locale, en collaboration avec Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Hugo Carton, 2015, Éditions Charles Leopold Mayer.

Un article dans la revue Culture et Démocratie n° 44 de janvier 2017 sur l’imaginaire du futur avec Vincent Wattelet (réseau Transition) et Frédérique Müller (PointCulture) :

Une revue : le numéro 123 (septembre/octobre) de Imagine, demain lemonde – « Vivre en préparant la fin du monde »
Frédérique Müller


fete-des-possibles.org

En quête de sens

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Ce film est le récit de la prise de conscience d’un dysfonctionnement à la fois sur le plan sociétal et sur le  plan personnel pour Marc de la Ménardière, narrateur et co-auteur de ce récit filmé par son ami d’enfance qu’il vient de retrouver.

 

Marc travaille pour une multinationale de commerce d’eau en bouteille à New York lorsqu’il se casse le pied et, immobilisé, s’attaque à une pile de films documentaires sur la marchandisation du monde recommandés par un ami d’enfance en visite. Il prend alors conscience qu’il fait partie du problème et décide de se joindre à son ami, Nathaël Coste pour comprendre comment amener le changement.

 

Combinant une quête personnelle de retrouver du sens à la vie à un besoin de compréhension des mécanismes, c’est un film sur le chemin parcouru, tant en termes de kilomètres autour du monde que d’heures de réflexion (et très certainement aussi de montage). Ce chemin est fait de découvertes, de questions et surtout de rencontres.

 

Avec des sensibilités et des pratiques différentes, chaque intervenant, à sa manière, offre des possibilités. Le film rapporte ainsi la parole de scientifiques, d’historiens, d’économistes, de chamans et de guides spirituels, de penseurs et de militants. Toutes les personnes sont interrogées avec curiosité et enthousiasme. Au spectateur ensuite de faire son propre chemin, son propre travail de digestion pour s’interroger sur ces choix que nous faisons en ayant souvent pas ou trop peu réfléchis. L’envie d’aller à chaque fois plus loin dans la complexité que sur le plan personnel se lit dans le regard des deux amis.

 

Ce film ose aller là où beaucoup d’autres s’arrêtent en s’aventurant sur la voie de l’introspection ; de la spiritualité, de ce que la volonté de changement opère en soi. Il aborde ainsi des aspects essentiels aujourd’hui. Un film ambitieux et réussi.

Film disponible chez PointCulture

Frédérique Muller

Des abeilles et des pesticides

abeille-couleur @clotilde goubely copie“Des abeilles et des pesticides”

Projections et activités du 20 au 28 mars

à Louvain-la-Neuve, Liège et Bruxelles (Uccle)

 

 

Dans le cadre de la semaine sans pesticides organisée du 20 au 30 mars 2015, PointCulture propose plusieurs activités :

– une série de projections du film « La reine malade » : un très beau témoignage d’un la reine malade couvapiculteur canadien qui raconte sa vision du métier et aspire à une agriculture mieux intégrée à l’environnement ais aussi au tissu social.

– Et puis, pour mettre en lien le film avec son contexte, nous avons invité toute une série d’asbl et d’apiculteurs pour en savoir plus sur les abeilles, les menaces qui pèsent sur elles et réfléchir aux pratiques agricoles en général.

L’on pourra donc en fonction du lieu : Observer des abeilles dans une ruche vitrée, boire de l’hydromel, écouter des contes, assister à une conférence ou à un spectacle, construire un hôtel à insecte, découvrir des alternatives à l’utilisation des pesticides, etc.

Programme complet :

Liège – Mercredi 25.03

15h10 : « L’abeille, sentinelle de l’environnement », conférence sur les causes de disparition des abeilles par Didier Brick, biologiste et apiculteur, collaborateur du Service d’Ethologie de l’ULg, actif au sein des Amis de la Terre, formateur à la Fédération Liégeoise d’Apiculture et consultant dans le cadre du Plan Maya de la Ville et de la Province

16h45 : Bar à bières artisanales au miel, dégustation et vente de miel en présence des apiculteurs Xavier Mossoux et Philippe Meloni (BeeGold) accompagné de ses abeilles dans leur ruche vitrée !

Liège – Vendredi 27.03

15h15 : Projection du film « La reine malade », témoignage d’un apiculteur canadien qui défend un modèle d’agriculture mieux intégré à l’environnement mais aussi au paysage et au tissu social

16h50 : « Le monde des abeilles », une animation en 10 points pour découvrir les abeilles avec du matériel apicole et des éléments ludiques par Sylvie Decerf, guide nature

17h30 : Bar à bières artisanales au miel, dégustation et vente de miel en présence de Philippe Meloni, apiculteur chez BeeGold, accompagné de ses abeilles dans leur ruche vitrée !

De 15h à 19h : Dégustation de gaufres et d’hydromel avec la Confrérie du Grand Apier de Tilff

Uccle – Du 23.03 au 28.03

Exposition de Natagora sur le jardin au naturel par le dessinateur Servais : récolte d’eau de pluie, alternatives aux pesticides, aménagements naturels : compost, mare, haie, nichoirs, etc.

Uccle – Jeudi 26.03

19h : Projection du film « La reine malade », témoignage d’un apiculteur canadien qui défend un modèle d’agriculture mieux intégré à l’environnement mais aussi au paysage et au tissu social

20h30 : conseils et astuces avec Natagora sur les alternatives aux pesticides et dégustation de miel

Uccle – Samedi 28.03

14h : Mot d’introduction par Bruxelles Environnement (IBGE) en présence de la Ministre Bruxelloise en charge de l’Environnement.

14h-17h : Ateliers proposés à un public familial :
– lecture et contes à partir de 3 ans sur l’eau et les abeilles par Roxane Ca’Zorzi (de 14h à 15h)
– construction de nichoirs à insectes avec l’asbl Natagora en collaboration avec le Comité de Quartier Floride-Langevelt (de 15h à 17h)
– animation autour de l’eau à Bruxelles par l’asbl Natagora en présence de la fontaine de Vivaqua (de 16h à 17h)

14h30-16h00 : Spectacle/conférence « Graines de Voyous » : à la croisée de la conférence et du théâtre, une rencontre avec la végétation sauvage par l’asbl Ecoscénique – spectacle pour adulte avec prise en charge des enfants aux ateliers proposés – Réservation souhaitée à natureaujardin@natagora.be

Présence des associations :
– Apis Bruoc Sella (discussion sur la protection des abeilles et de l’usage des pesticides)
– Worms et les Maîtres Composteurs (conseils sur le compost)
– Natagora (conseils pour un jardin au naturel et présentation du Réseau Nature)
– et dégustation de miel avec Bernard Delforge, apiculteur et membre de la SRABE

Louvain-la-Neuve – Jeudi 26.03

18h : Projection du film « La reine malade », témoignage d’un apiculteur canadien qui défend un modèle d’agriculture mieux intégré à l’environnement mais aussi au paysage et au tissu social

19h30 : Dégustation et vente de miel en compagnie de l’apiculteur Claude Englebert et des asbl BeeLife et CARI pour en savoir davantage sur le sort des abeilles

Programme ici et

Mouton 2.0 : demain commence aujourd’hui

Devant l´obligation récente de pucer leurs moutons, c´est-à-dire d´injecter sous la peau des animaux une puce RFID permettant de stocker des informations dans une base de données informatique, des éleveurs se mobilisent.

Face à ce qui peut être considéré comme une innovation technologique qui facilite le travail quotidien ou un outil supplémentaire de traçabilité pour protéger le consommateur, les éleveurs critiquent une industrialisation croissante des pratiques qui limite à chaque fois un peu plus la liberté et la diversité et menace le secteur artisanal au profit des groupes agro-industriels. Un discours qui fait sens aujourd’hui, quand il est mis en perspective de l’évolution générale du monde agricole qui subit l’influence grandissante du modèle industriel et de la grande distribution. Cette évolution du travail accompagne le changement de statut de l’animal domestique, aujourd’hui devenu une simple unité de production à paramétrer pour s’adapter aux demandes de production.

Plus encore, les éleveurs qui s’expriment ici dénoncent une manœuvre de communication auprès des consommateurs. La traçabilité ne permettant, au mieux, que de collecter des informations, elle est pour eux davantage un outil de communication pour rassurer le public, qu’une politique de prévention.

Ils opposent à une assimilation jugée trop simpliste entre pucage, traçabilité et protection des consommateurs, la notion de véritable prévention aux méthodes d´élevage non limitées à des procédés technologiques de gestion de crise, de soin et de contrôle.

«  Quand il s’agit de voir l’essentiel, c’est-à-dire l’invisible, c’est l’ordinateur qui remplace l’œil du maître ». Attribuer aux animaux un numéro et non un nom ou un surnom, confier la surveillance et la gestion des animaux à des processus et des machines plutôt qu’à la vigilance te l’expérience de l’humain parait aujourd’hui s’imposer comme un modèle rationnel, gage de bon sens et garantie d’un avenir sain et prospère.

Le film pose la question de la part de temps qui a été réduite voire supprimée par le travail industriel (temps d´observation des animaux, de la terre, etc.), et du sens que ce choix porte en lui. Une sociologue explique : « L’élevage s’inscrit dans le temps long de l’histoire d’une société humaine alors que les productions animales industrielles ne sont apparues qu’il y a 150 ans. Les productions animales peuvent disparaitre mais il faudrait préserver l’élevage ».

Redonner une aux éleveurs, c´est aussi retrouver le sens de la responsabilité et du rôle que l´agriculture joue dans la société et le paysage. Au-delà de la petite question du procédé technique, se posent donc de grandes questions sur l´évolution de l´agriculture et du rôle qu´elle tient dans un projet de société, celle du progrès, celle du travail aussi.

Vache de guerre !

Dans le cadre du Weekend du Doc – Projection du film Vache de guerre  en présence des réalisateurs à Liège, le 15 novembre à 18h au PointCulture de Liège.

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Engagés, pacifiques, courageux, ils refusent de séparer l’homme de son environnement. Ce sont les “Liberterres”, les rebelles des agricultures du monde. Cette série a pour ambition de donner la parole à quelques-uns de ces agriculteurs, en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique du Nord, qui se sont engagés, de toutes leurs forces, à cultiver la terre sans la meurtrir, à produire des aliments porteurs de vivant, pour le bien de tous.

André Grevisse est agriculteur et éleveur en Belgique. Son histoire est celle d’un rebelle, un paysan qui mène depuis 1997 une guerre ouverte contre une agriculture conventionnelle, avec son usage intensif de pesticides et d’engrais chimiques. Tombeur de la race Blanc-Bleu belge, il élève aujourd’hui des Aberdeen Angus après avoir converti sa ferme en agriculture biologique. Pour rien au monde, il ne ferait affaire avec les grandes surfaces.

Agenda complet de PointCulture de novembre : http://pointculture.be/files/website-files/0e/86/a6/agenda-pc-def-hd.pdf

Le zeste qui compte

Du plat débordant de graisses luisantes et de résidus chimiques à l’appétissante assiette colorée de légumes de saison, en passant par le plaisir d’un carré de chocolat croquant sous la dent, PointCulture vous propose avec le « Zeste qui compte » de s’informer, réfléchir et s’amuser sur le thème de l’alimentation.

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Ce que nous mettons dans nos assiettes, ce sont des vitamines, des minéraux et des protéines, un peu trop de sel parfois, trop de graisse souvent et au passage quelques résidus de pesticides.

Ce sont aussi des saveurs, des odeurs, des textures et des couleurs, fruits de plusieurs heures de travail en cuisine ou réchauffés quelques secondes au four à micro-ondes, faute de temps, d’inspiration ou d’envie.

Ce sont encore des histoires, celles dont on se souvient, celles qu’on transmet à ses enfants, celles que la société véhicule à travers les modes de production et de consommation, celles d’une civilisation.

Ce sont enfin des habitudes, des contraintes, des valeurs, des choix, des croyances et des questions aussi.

 

PointCulture propose ici une sélection de formes et de propos variés : de l’enquête au documentaire sonore, des chants de travail au cinéma de fiction, des films, des documentaires et des musiques, accompagnés d’interviews de réalisateurs, d’analyses, de réflexions et de quelques recettes et fiches pratiques. Le tout pour déconstruire, reconstruire, réinvestir l’imaginaire de la nourriture et se réapproprier les représentations afin de retrouver le goût du choix et le plaisir du goût.

 

Disponible sur notre site et en format papier dans les Médiathèques/PointCulture

Tous au Larzac !

tous au larzacEn 1971, un projet d’extension de camp militaire menace d’expropriation une centaine de paysans du Larzac. Pas à pas, ceux-ci font alors l’apprentissage de la résistance, de l’engagement et de la lutte collective. Le documentaire raconte les évènements qui se sont succédé jusqu’en 1981, date à laquelle les élections présidentielles mettent un terme au projet et rendent leurs terres aux agriculteurs.

Récits de souvenirs et images d’archive, le point de vue du film est celui de ceux qui se racontent avec un recul de plus de 30 ans. Le documentaire prend parfois les allures d’un western qui se déroulerait dans l’Aveyron sur fond de musique celtique jouée à la cornemuse et d’accent occitan. Les paysans sont tels les opposants au chemin de fer d’alors, attachés à leur mode de vie, leurs terres, ils sont les résistants au progrès, à l’autorité, à la loi. Christian Rouaud, le réalisateur, crée les liens entre les témoignages pour fabriquer le récit de l’aventure et l’équipe sillonne la région comme elle explore les souvenirs, cherchant ce qui revêt la force de témoignage, dans les visages, les voix et les paysages.

Ce que l’on retient du film, ce sont les liens. Ceux qui se sont tissés au cours de ces 10 années de lutte entre les paysans mais aussi, entre le monde rural et le monde ouvrier, entre l’agriculture et les discours politiques. Des liens qui ont reconnecté le monde paysan aux enjeux politiques et économiques internationaux (moisson pour le tiers-monde en 1974 par exemple) mais qui également ont consacré cette lutte comme un évènement fondateur dans la résistance paysanne. Au fil de leur parole, les paysans témoignent de leur attachement à la terre et montrent comment les moyens de la lutte ont été inventés et discutés à chaque étape, avec le souci de l’unanimité pour que chacun puisse assumer les décisions collectives. Convaincus de leur légitimité, déterminés, solidaires, inventifs mais hésitant et improvisant sur les méthodes, ces hommes et ces femmes racontent comment, « de droite, allant à la messe » et regardant d’un œil suspect à la télévision ces gauchistes d’étudiants de mai 68, ils sont devenus les pionniers d’un lutte faisant défiler les brebis au Champ-de-Mars, sillonnant la France en tracteurs et organisant le plus grand rassemblement de paysans, antimilitaristes, maoïstes, hippies, contestataires et militants politiques du moment en 1973 sur le plateau du Larzac, avec près de 100 000 personnes réunies.

 

Tout au long du film, il faut au spectateur projeter les récits sur les images, celles-ci prenant alors une tout autre dimension, émouvante, sensible et subjective. Au départ d’une archive montrée au ralenti, le spectateur peut percevoir l’incroyable densité du silence de la manifestation dans les rues de Paris. Avec ce dispositif, le film confère aux paysages la force que le récit tire des souvenirs. Un plan large du plateau d’aujourd’hui, ses roches grises qui percent la végétation et ses buissons accrochés au sol luttant contre le vent, et le spectateur doit imaginer le rassemblement de 1973 : un hectare de sacs de couchage orange et bleu dans une brume matinale et silencieuse au lendemain d’une nuit de débats festifs et enthousiastes. L’uniformité des équipements pour refléter la solidarité entre les hommes, ouvriers, paysans et militants, qui chacun, venaient d’apporté ce qu’ils avaient de mieux, « dans une grande naïveté » (de 39’31 à 49’29).

Le temps a aiguisé le regard. Il donne aussi tout son sens à cette lutte liée intimement au contexte des années 70 mais qui se poursuit aujourd’hui sous d’autres formes et en réaction à d’autres menaces (OGM, industrialisation, PAC, etc.). Très vite dans le film on ressent l’enthousiasme et très vite on se demande s’il serait encore possible, aujourd’hui, de donner naissance à un mouvement d’une telle ampleur.

 

 

Bovines, la vraie vie des vaches

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Le réalisateur nous invite à passer un peu de temps au sein d’un troupeau de charolaises. Paisibles, lentes, voluptueuses, les vaches peuvent ici également faire preuve d’ingéniosité pour atteindre les pommes d’un arbre, de tendresse pour accueillir un nouveau-né et de discernement quand une averse éclate.

L’aube brumeuse de la vallée, l’herbe verte de la prairie, un orage soudain, une naissance, la vache vit ici au rythme de sa temporalité propre, de sa routine. Une routine à peine perturbée lorsqu’un sac plastique s’égare dans un champ. Face à l’incongruité de cet emballage bavard, roulant et s’enroulant sous un vent fort, adoptant presque des postures, l’immobilité partagée et l’incompréhension réciproque… puis le film fait retourner l’animal à ses préoccupations plus élémentaires. Il est au spectateur à la fois agréable et déstabilisant de se laisser aller à cette lenteur dont il a perdu au moins l’habitude sinon le goût. Le temps de l’observation seul pourtant permet de saisir ces subtiles attitudes et surprenantes aptitudes bovines. La vache est un animal qui a besoin de temps pour faire les choses, et ce temps, le film nous l’offre.

Les humains sont ici tenus à distance, pas de voix, pas de musique ni de commentaire. Quand la famille de l’éleveur apparait dans le champ, elle semble déranger. Elle parait étrangère au monde dans lequel elle vient de pénétrer et auquel le spectateur appartient désormais s’il a accepté de s’abandonner au film.

Dans cette tranquillité, on perçoit tout de même une tension, présente dès le début du film : une vache meugle. Elle est inquiète, le plan est long et précède la générique. Le ton est posé, la beauté et la quiétude des paysages s’opposent au comportement de l’animal et colore le film d’une certaine tension. On comprend plus tard que c’est parce que son petit lui a été enlevé. C’est ainsi dans le troupeau : quelques mois après leur naissance, les petits sont retirés à leur mère et envoyés à l’abattoir. Pour raconter cette séparation, la caméra filme les jeunes chargés dans un camion : « Vente directe – race charolaise ». C’en est fini de l’animal, le veau est devenu viande. La tension efface les bruits de la nature et des animaux, celui du vent et du moteur persistent. Puis viennent les meuglements des mères qui semblent deviner ce que ce moment apporte de définitif et de tragique. Elles suivent lentement le camion qui s’éloigne et disparait dans la brume. Il y a là comme une rupture, une violence.

Le montage ménage à chaque changement de séquence un effet de surprise. Le film fait ainsi se succéder des gros plans sur la puissante mastication et des plans plus larges où le léger chant des oiseaux remplace la mécanique des ruminants. Le silence et la brume de la vallée alternent avec la fourrure, l’œil et les pas lourds écrasant l’herbe encore humide. Le film mêle le beau au dramatique dans une esthétique de l’image très soignée dont la composition rappelle parfois le travail du peintre tant les cadrages, les couleurs et les lignes de fuite sont travaillés.

Ce n’est pas une démonstration, ni même une critique de l’élevage. Il s’agit de rendre à la vache son statut d’animal à part entière, au-delà de l’unité de production auquel l’a réduit progressivement l’élevage industriel. Loin du cliché véhiculé dans une société qui ne voit en elle que viande, lait ou chose placide en attente d’être transformée, la vache est ici pleinement vivante. Le film réussit son tableau de la « vraie vie de l’animal » en nous faisant adopter ce rythme qui lui est propre, sans monotonie, et en nous rendant capable de percevoir sa sensibilité au monde.

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