Bukit Duri

bukit duri couv

 

Des images du quotidien ordinaire de la vie du bidonville de Bukit Duri au cœur de Jakarta sont ici filmées en noir et blanc et sont le fruit d’un magnifique travail photographique. On entend les enfants jouer, l’eau qui coule mais aucun commentaire n’accompagne ces images. C’est au fur et à mesure que le spectateur comprend ce qu’il voit : un fleuve qui inonde régulièrement les habitations de fortune qui le bordent et qui charrie avec lui quantité de déchets dont la population se débarrasse.

Un homme repousse de temps en temps d’un bâton les déchets restés accrochés à la rive, emballages de toutes sortes, chaussures, résidus du quotidien d’un bidonville. Il les replace dans le courant pour que le fleuve les emporte plus loin. Une femme y lave son ligne, une autre y fait sa vaisselle. Des enfants se jettent dans l’eau pour éprouver leur courage entre copains. Il y a toujours des emballages et des détritus qui traversent l’écran. Ils s’entassent dans les coins, s’enroulent sur eux-mêmes et tourbillonnent dans le courant de ce fleuve agité.

Un témoignage d’enfant révèle une troublante réalité de terrain : « A la maison, je ne fais pas comme à l’école, je fais comme mes parents ». Voici tout le paradoxe que vit cette population entassée au bord de la rivière. L’eau est le pilier de la vie quotidienne. Elle est la cuisine, la salle de bain, le lieu de rencontre des plus jeunes comme des plus vieux. Mais tous, y rejettent leurs déchets. S’agit-il d’un manque de gestion des déchets ? d’habitudes culturelles ? Le film ne tranche pas.

Les toutes dernières images du film sont en couleur. Le film fait alors apparaitre les véritables couleurs de ce paysage tourmenté par la pauvreté et la pollution.

 

Film disponible chez PointCulture

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mer et relations fragiles

Relation fusionnelle

Liés par des mécanismes de rétrocontrôle complexes, le climat et l’océan forment un couple fusionnel. Ce qui touche l’un, atteint l’autre. REGARDS DE CLIMATOLOGUES permet de comprendre la nature et l’importance de cette union qui amène par exemple l’océan à stocker le gaz carbonique de l’atmosphère.

Depuis une cinquantaine d’années, le couple bénéficie malgré lui d’une surveillance rapprochée. L’océan par exemple est concerné par plusieurs programmes de recherche. Comme ils le feraient au chevet d’un malade, les scientifiques mesurent sa salinité, sa température, la vitesse, l’acidité et la direction de ses courants, mais aussi l’état de santé des espèces qu’il héberge, comme autant d’indices de la santé dela planète. Lesconclusions de ces études sont souvent inquiétantes. L’harmonie des mécanismes est rompue.   

Relation à trois

Depuis la révolution industrielle, les activités humaines émettent d’importantes quantités de gaz à effets de serre qui s’accumulent et participent au réchauffement global dela planète. Celui-ci, associé à d’autres pressions exercées directement sur les ressources marines (pêche et pollutions diverses), crée de nombreux déséquilibres qui s’additionnent et se conjuguent pour constituer une menace qui pèse aujourd’hui sérieusement sur la biodiversité.

L’impact des activités humaines amène des scientifiques tels que le glaciologue Claude Lorius à concevoir et décrire une nouvelle ère qui débute avec la révolution industrielle : l’anthropocène. Un néologisme qui souligne l’influence des activités d’origine anthropique sur l’évolution dela planète. C’est donc l’homme qui écrit aujourd’hui l’histoire de l’océan, tout du moins en grande partie, car on ne connait pas encore toutes ses réactions face aux brutales modifications qu’on lui inflige.

Le réchauffement global engendre un apport d’eau douce qui modifie sensiblement la salinité des mers et risque de perturber la circulation des courants marins. Parmi ces courants, le Gulf Stream, dont l’altération pourrait perturber le climat du littoral européen (GULF STREAM, LE TALON D’ACHILLE DU CLIMAT). L’océan subit les modifications du climat puis y participe à son tour. Outre leur implication dans la régulation du climat, les courants marins sont aussi des corridors écologiques au rôle essentiel dans la circulation de nombreuses espèces marines comme le plancton, certaines tortues ou baleines. Dans FINDING NEMO, les héros voyagent avec les tortues qui empruntent le courant est-australien pour gagner l’Australie. L’océan est aussi particulièrement sensible à l’augmentation du taux de gaz carbonique qu’il absorbe désormais en plus grande quantité (près de la moitié des émissions anthropiques), ce qui entraine une acidification des eaux. TIPPING POINT décrit les techniques et les objectifs d’un programme scientifique chargé de l’étude de la modification du pH des océans et des conséquences qui en découlent. En empêchant la production de calcaire, l’acidification fragilise par exemple la population d’organismes planctoniques, les organismes à squelette et coquille calcaires  (les foraminifères) et le corail. DES CORAUX POUR DECRYPTER LE CLIMAT alerte sur le sort du corail : deux tiers des récifs coralliens du monde sont fortement abîmés alors même qu’ils semblent pouvoir fournir de précieuses informations sur l’histoire du climat et constituent un habitat irremplaçable pour de nombreuses espèces. 

Les changements climatiques aggravent les méfaits occasionnés par d’autres atteintes à l’équilibre des écosystèmes : dégradation des écosystèmes du littoral ; pollutions liées aux exploitations minières et pétrolières ; pollution sonore et par les hydrocarbures (ENVOYE SPECIAL – DEGAZAGE EN MER) ; aménagements des fleuves et des zones côtières (RIVAGES, volumes 1 & 2 : cas de l’estuaire de la Seine, de la baie de Somme, du Mont Saint-Michel ou de Gruissan en France), introduction d’espèces invasives ; pollution chimiques (cas du mercure stocké dans la viande de poissons tels que le thon développé dans un bonus de THE COVE) et par le plastique (ACCROS AU PLASTIQUE et personnage de Lovelace dans HAPPY FEET ). L’omniprésence de ce matériau, dont la production et la consommation se sont accélérées depuis la seconde guerre mondiale et le développement d’un mode de vie « jetable », génère d’importantes quantités de déchets très difficiles à recycler. Le plastique, sous forme de nappes de déchets flottants ou décomposé sous forme de pastilles, ne disparait pas. Il circule et s’accumule dans l’organisme des êtres vivants causant une importante mortalité et perturbant gravement le système hormonal et reproducteur.

Relation d’intérêts

L’océan abrite 80 % de la biodiversité connue, depuis le minuscule du plancton agité jusqu’aux majestueuses et tranquilles baleines. La mer du Nord héberge par exemple de très nombreuses espèces. Elle constitue un milieu précieux pour la nature mais aussi pour l’activité économique des hommes (DOCKS & COCKERS pour un aperçu de l’histoire des six ports maritimes belges). Malheureusement, la biodiversité y est menacée par les changements climatiques, l’introduction d’espèces invasives, des rejets de produits toxiques (déchets radioactifs, égouts, rejets industriels et agricoles charriés par les fleuves, etc.) et par une activité de pêche qui épuise les stocks de poissons. Dans le cadre d’une activité devenue industrielle, les bateaux, redoutablement équipés pour la détection et le ramassage des poissons, vident peu à peu les mers. C’EST PAS SORCIER, PECHE : LES POISSONS ONT LE MAL DE MER illustre l’évolution des techniques de pêche et d’une politique européenne toujours discutée concernant le principe des quotas. LES DAMNES DE LA MER, plus critique, dénonce les méfaits autant sur les écosystèmes que pour la population locale, d’une pêche intensive responsable de la disparition des bancs de sardine au large du Maroc. Un rapport de la F.A.O. estime qu’aujourd’hui, près de 80 % des stocks de poissons sont menacés (complètement exploités à 52 %, surexploités à 16 % et effondrés à 8 %). Parmi les espèces au statut le plus critique, la crevette rose, le flétan de l’Atlantique, le cabillaud, le saumon de l’Atlantique, la sole, le thon rouge.

Références :
Dossier F.A.O.
Dossier du CNRS
Dossier Greenpeace

Gasland

Le réalisateur américain Josh Fox reçoit un jour une alléchante proposition d’exploitation de son terrain par une compagnie pétro-gazière. Il apprend alors que le sous-sol de sa propriété abrite un gisement de gaz de schiste. Intrigué devant cette promesse d’argent facile, rapide et apparemment bien encadrée, le réalisateur s’interroge et nous livre, avec le film Gasland, une réalité effrayante des risques liés à cette activité industrielle et du contexte politique qui rend possible son actuelle expansion.

Gasland dénonce les conséquences catastrophiques pour l’environnement de l’extraction des gaz de schiste par hydro-fracturation, une technologie dans laquelle se sont lancés les Etats-Unis, il y a maintenant plusieurs années dans leur quête de ressources énergétiques fossiles et au nom de la sainte indépendance énergétique. Le film est construit sur une opposition entre l’environnement et les citoyens d’une part, et le monde politique et industriel d’autre part. Les premiers déplorent une soudaine détérioration de la qualité de l’eau et l’apparition inexpliquée de problèmes de santé. Ils pointent du doigt la technique employée pour l’extraction de ce gaz naturel difficilement accessible car stocké dans la roche sous forme de petites bulles comme dans une éponge.

 En Pennsylvanie, point de départ du documentaire, l’eau qui s’écoule des robinets, des puits et même parfois du lit des rivières, est devenue un véritable objet d’expériences de chimie spectaculaires et s’est muée en créature de cirque inquiétante à qui l’on fait faire des tours devant la caméra : on la fait exploser ; elle fait des bulles ; se colore ou se raidit sous l’effet dela chaleur. Quelquechose s’est mêlé à l’eau, des résidus, des accidents, des échappés du cocktail chimique injecté sous pression pour fracturer la roche, la faire exploser, et lui faire livrer sous la contrainte ce gaz naturel qu’elle renfermait depuis des millions d’années, à près de 3000 mètresde profondeur. Après avoir accompli son travail, il semblerait que le mélange chimique se soit frayé un chemin jusqu’aux nappes phréatiques. Un constat qui se répète dans différentes villes des Etats-Unis.  

Les nombreux témoignages s’additionnent et se confondent dans une rengaine redondante. Tous, confient leur migraines, leurs nausées, leur peur, leur désarroi. L’eau polluée est consommée jusqu’à ce que certains citoyens suspectent un lien entre leurs problèmes de santé et l’odeur, l’aspect ou le comportement inhabituel de leur eau domestique depuis l’installation d’un puits de forage dans le voisinage. Au fur et à mesure de sa progression, le film s’alourdit du poids des mots, des images et des récits pour dénoncer l’importance des répercussions de cette activité industrielle sur la qualité de vie et faire de ce film un véritable « road trip humain ». Le commentaire ajoute que les familles touchées sont presque toujours des familles vivant sur leurs terrains depuis des générations. C’est ainsi, non seulement la santé publique qui est menacée, mais aussi l’avenir d’une région. C’est la perte du lien, du patrimoine et de l’histoire familiale. D’anciennes traces de civilisations indiennes sont détruites sur les sites de forage, des images fugaces pour revenir sur le sentiment de destruction irrémédiable.

L’industrie a peu la parole dans ce film. Son refus de participation est mis en scène lors d’une succession de coups de téléphone à des interlocuteurs absents, des secrétaires embarrassées ou des répondeurs obstinés. Cette série de plans est entrecoupée de moments durant lesquels Josh Fox joue du banjo ou se promène en forêt. Le réalisateur est mis en attente, une attente longue et interminable, le temps passe, les demandes d’interview restent sans suite… Au niveau politique, on apprend que, suite à un accord signé par Dick Cheney, les industriels sont exempts des restrictions liées à la préservation de l’environnement. Des arrangements avec les textes permettent par exemple la location aux exploitants industriels d’un vaste espace naturel, jouxtant le parc de Yellowstone. Sur ce territoire qui appartient à tout le monde, Josh Fox est pris, une fois encore, d’une irrépressible envie de jouer du banjo, mais cette fois, équipé d’un masque car l’air y est désormais fortement pollué. Une tentative de réappropriation de ce lieu perdu, volé. Un groupe d’antilopes appartenant à une espèce menacée, traverse en silence ce vaste territoire dont le statut est devenu ambigu : un espace naturel dont le sous-sol est exploité par une activité industrielle qui détruit la beauté du paysage et menace la santé de tout l’écosystème.

Les éléments factuels et politiques sont distillés au fur et à mesure du documentaire et entrecoupent une masse de témoignages qui constituent l’essentiel de la matière du film. Lors de son voyage vers l’ouest, Josh Fox s’est employé à collecter des expériences, des images et des échantillons d’eau à analyser. A l’origine du documentaire, il y a ce courrier adressé au réalisateur. Une histoire personnelle partagée avec d’autres américains puis mise en perspective dans l’histoire du pays. L’homme réalise que toute sa vie semble être liée, non seulement au terrain familial, mais plus encore à la rivière qui le traverse pour se jeter plus loin dans le fleuve Delaware. Prise de conscience de la notion de bassin versant et de sa fragilité, “Je cherche à comprendre comment les rivières se rejoignent”. Aux deux tiers du film, l’image d’une rivière anonyme prise quelque part en Pennsylvanie ravive brutalement cet attachement à la rivière de son enfance. A partir de ce moment le ton devient plus sombre, « c’est partout le même risque ». Il n’y aura plus de petits intermèdes décalés ou de musique humoristique contrastant ironiquement avec la gravité sous tendue par les images. A plusieurs reprises, les protagonistes disent leur volonté de rester positifs mais ce n’est pas le sentiment qui s’impose à l’issue de film dont on retiendra surtout un sentiment d’inquiétude face à des pratiques silencieuses et discrètes et auxquelles il est difficile de s’opposer, même quand leurs conséquences atteignent le domaine de l’intimité de la maison ou de la santé.

Commenté par le réalisateur lui-même, Gasland est un questionnement. Ce n’est pas une démonstration nourrie par des faits scientifiques mais plutôt un appel au principe de précaution et à la raison devant les risques et le coût que cette activité fait peser sur l’environnement. L’hydro-fracturation utilise en effet un mélange de plus de 596 produits chimiques pour fracturer la roche-mère (dont des produits toxiques, cancérigènes et des perturbateurs endocriniens) mais elle s’avère être de plus excessivement gourmande en eau. La facture aux Etats-Unis atteint pour le moment un total de 40 000 milliards de litres d’eau. Et c’est une technologie en pleine expansion. Il faut ajouter à l’addition, un bilan carbone catastrophique, essentiellement en raison du nombre de camions nécessaires au transport des matériaux et des substances chimiques. Le forage requiert également la construction de « séparateurs », des réservoirs verticaux pour les gaz et les eaux usées d’où s’échappent une pollution invisible mais dont la présence est trahie par la caméra infra rouge (dioxyde de carbone, dioxyde de souffre, méthane, etc.). Des bassins d’évaporation des eaux usées libèrent par ailleurs volontairement dans l’atmosphère les résidus du cocktail chimique. C’est à mi-chemin du film, que les chiffres de ces différentes pollutions s’enchainent et font tourner la tête des spectateurs jusqu’à en donner la nausée. 

Gasland se veut être un cri d’alerte sur un problème resté jusqu’à présent discret alors que cette activité de forage concerne aujourd’hui 24 états aux Etats-Unis et est plein développement en au Canada, en Asie, en Australie et en Europe (de nombreux permis d’exploration et d’exploitation sont distribués un peu partout de l’Allemagne à la Pologne). L’eau est au centre de ce film qui se termine sur le refus politique de préserver l’environnement posé sur des images de pluie en foret. Des images qui font échos à la notion de cycle. La France est le premier pays à interdire en juin 2011 la pratique de l’hydro-fracturation, une méthode jugée hautement polluante. Mais elle autorise d’autres pratiques dites « non conventionnelles » de fracturation de la roche-mère.

Le film est accompagné d’un livret explicatif de la démarche du film et des techniques utilisées dont l’hydro-fracturation. Il fournit également des cartes européennes, des extraits de documents officiels sur la composition du cocktail chimique et un récit du contexte politique et industriel français sur cette question. Il conclut ainsi « La question n’est pas celle des méthodes, des entreprises, de la nature des combustibles utilisés… la question est celle des sacrifices que nous sommes prêts à consentir pour maintenir notre niveau de vie ou des changements que nous accepterions pour sauvegarder ce que ces énergies mettent en danger ». Il faudrait ajouter que ces sacrifices ont des conséquences généralement irrémédiables ou engagent tout du moins plusieurs générations futures…

carte des bassins de gaz de schiste dans le monde

carte des permis de prospection en France

L’eau, droit universel ou besoins individuels ?

Parce qu’aucune société, aucune vie même, ne peut s’en passer, la gestion de l’eau soulève des questions qui renvoient à la nature multidimensionnelle de l’environnement. Elle pose des questions scientifiques et techniques mais aussi des questions d’ordre plus politique et éthique. Certains réalisateurs s’engagent et se positionnent sur cette question du choix et des valeurs liées à un modèle économique.

Du bien commun au un besoin individuel

Le choix d’un type de gestion, public ou privé, est un choix politique sous-tendu par une éthique qui considère l’accès à l’eau soit comme un droit collectif soit comme un besoin individuel. La question fondamentale à résoudre est celle du statut de l’eau : un bien commun, objet d’un droit collectif ou une marchandise dans une économie de marché. Pour comprendre ce qui se joue au niveau économique et politique, voici deux documentaires critiques sur la libéralisation du marché de l’eau. Le premier, L’or bleu, insiste sur les inégalités et se fonde sur l’exemple de nombreuses villes françaises et marocaines. Le second, Water Makes Money critique le système de gestion en Partenariat Public Privé, un modèle en pleine expansion.

Dès les premières images de L’or bleu, l’eau, libre et sauvage, inonde le sol et roule sur les galets. Elle se fait ensuite rare et inaccessible pour une partie de la population et devient rapidement produit de consommation puis marchandise aux mains des multinationales.

Au Maroc, face à la dureté des conditions de vie d’une population locale confrontée à la sécheresse, le faste des installations touristiques et l’insouciance des propos tenus par les responsables des multinationales mettent en évidence le fossé qui se creuse progressivement entre les différents utilisateurs de l’eau. Par une succession de mises en opposition des images et des situations, le documentaire dénonce les inégalités. Dans la région de Marrakech, les touristes consomment cinq fois plus d’eau que la population locale. Les nappes phréatiques s’épuisent. Les puits se tarissent. Des enfants transportent des bidons d’eau à dos d’âne tandis que des promoteurs immobiliers vantent les mérites du confort de leur résidence qui possède piscine, spa et pelouses verdoyantes (de 1’54 à 4’20). De belles olives rondes égayent l’entrée d’un parc de loisirs qui se paye même le luxe des fuites. Elles narguent les petites olives fripées d’un paysan survivant tant bien que mal sur une terre desséchée dans l’attente de son quota d’eau mensuel et aléatoire (à 19’50).

En plus de ces illustrations critiques convaincantes, le documentaire nous raconte la petite histoire du statut de l’eau. Le récit commence avec un robinet planté au milieu d’un village qui dispense une eau gratuite. Puis, Ricardo Petrella explique avec talent et passion, que devant les défis posés par demain, la ressource a changé de statut. Aujourd’hui, «… il y a des demandes individuelles qui reflètent des besoins et non plus une demande collective qui exprime un droit … voilà comment on entre dans le champ de la transaction économique… » (à26’). L’image d’un homme nageant en pleine mer, comme perdu au milieu de la complexité du système, introduit un intéressant décryptage du fonctionnement d’un PPP (à 12’30). On comprend comment les multinationales séduisent les structures publiques en mettant sur la table la mise de départ nécessaire aux investissements. Peu importent la qualité médiocre du service, les conflits d’intérêt ou le prix à payer par les citoyens, comme l’illustrent les témoignages d’habitants de Casablanca à partir de 36’28. 

Au sujet d’une privatisation qui ne dit pas son nom, le réalisateur interroge des responsables politiques, des citoyens et des acteurs, privés et publics, de la gestion de l’eau. Il filme l’espoir et la foi des dirigeants marocains face à la solution du Partenariat Public Privé (PPP), mais aussi les difficultés du quotidien d’une population précaire privée d’eau et l’enthousiasme retrouvé de politiques et de gestionnaires ayant opté pour le retour à la régie publique (comme le maire de la ville de Neufchâteau en France à 9’45).

Le groupe d’enfants filmé au début revient à plusieurs reprises au cours du documentaire, comme pour ne pas perdre de vue l’essentiel. Une voix relate le succès économique des multinationales actives dans la gestion de l’eau (à29’) puis l’hypocrisie du concept de concurrence est dénoncée (à39’) tandis qu’à l’image, deux petites filles remontent à la force de leurs bras l’eau d’un puits de fortune. Le décalage entre le propos et les images soulignent l’intolérable réalité des inégalités sociales et de la rentabilité de la gestion de l’eau dont les profits aujourd’hui servent à investir dans des secteurs très inattendus (rachat des studios Universal à Hollywood, énergie, transport, déchets, etc.).

Le documentaire conclut sur une dernière opposition, celle qui croît entre le développement des entreprises privées et l’assèchement de régions entières qui laisse la population dans la soif et la pauvreté. « Le droit à la vie pour tout le monde implique que nous inventions au 21 e siècle le sujet humanité. Et une humanité qui existe ne peut pas admettre que 2,8 milliards d’individus soient pauvres. » (Ricardo Petrella).

 Water Makes Money adopte le ton de l’enquête et se penche sur les méfaits d’une gestion de l’eau déléguée au secteur privé, plus précisément via un PPP. L’enquête débute avec l’interview d’un ancien cadre de Véolia (l’une des deux grandes multinationales actives dans la gestion de l’eau avec Suez). Tel un véritable héros, quasi Don Quichotte, celui-ci est filmé en contre-plongée dans une rue de Paris devant le siège social de l’entreprise dont l’accès lui est interdit par un vigil. Le choix du décor n’est pas anodin. La première interview est filmée sur les bords de la Seine à Paris où les deux multinationales françaises se sont partagé le marché en scindant la ville en deux, de part et d’autre du fleuve en 1985. Paris, une ville emblématique tant du point de vue économique et que stratégique. En effet, son retour récent à la gestion de l’eau en régie publique ouvre la porte à une remise en question générale du modèle alors même que celui-ci voudrait s’étendre au reste de l’Europe et au-delà, soutenu par la communauté internationale et européenne. Le documentaire se livre à une critique des dérives comptables et financières générées par les PPP, critique illustrée par de très nombreux exemples de villes françaises et allemandes dont la ville de Bordeaux (à 14’50) pour lesquels un travail systématique et minutieux d’analyse des factures et du contrat a été mené. Avec le maire de Brunswick (à 23’40), on comprend très bien comment, en privatisant la quasi-totalité des services publics de la ville, la municipalité à réussi à éponger ses dettes. Mais cette délégation au secteur privé constitue en fait un crédit qui devra être remboursé par les citoyens, un véritable transfert de dettes. Le documentaire évoque ensuite les problèmes de qualité de l’eau et de protection de l’environnement (à partir de34’). Un passage qui révèle l’incapacité des entreprises privées à trouver des solutions cohérentes sur le long terme en s’engouffrant dans une fuite en avant technologique. Enfin, la dernière partie du film met à jour les infiltrations et opérations de lobbying des entreprises privées au sein des universités et organes de recherche publique (à 58’17), des associations environnementales (à 1’03’37) et au sein du monde politique. A 1’04’15, un tourniquet fait ironiquement passer un petit groupe de personnalités de la sphère politique au monde industriel et inversement, échanges de postes, tours de passe-passe. Parfois une gargouille ou une tête de lion prédateur apparaissent pour incarner le secteur privé. Une série de plans et de métaphores destinées à convaincre sont mises à profit dans cette démonstration qui dénonce l’inadéquation entre le modèle du PPP n’est et la gestion d’une ressource au statut si particulier car vital et fondateur de toute société.

 

 

 

 

Capitalisme et environnement

 

En 200 ans, les activités humaines ont amené une grande partie de la planète à un niveau de vie jamais égalé dans l’histoire humaine. Ce développement s’est malheureusement fait au détriment, entre autre,  de l’environnement. La Médiathèque a selectionné 4 films autour du thème “capitalisme et environnement”.

Le bien commun – TL0851 est construit sous la forme d’un pastiche de la genèse, où l’homme d’affaire privatise le monde en 7 jours. Il oppose la notion de bien commun à une tendance de privatisation et de brevetage globalisé. Le film illustre une commercialisation du monde initiée il y a des décennies au travers de thèmes comme l’eau, les semences agricoles, la santé, les gènes, le rôle de l’état et la limitation de ses pouvoirs, etc.

L’or bleu – TL6501 s’intéresse à la thématique de la gestion de l’eau et prend comme exemple le cas français d’une gestion privatisée, qui commence à s’exporter, pour en souligner les limites, mettre en lumière les problèmes éthiques et critiquer les mécanismes financiers sous tendus par une telle gestion.

The great squeeze – TM4231 explore les crises écologiques et économiques mondiales causées par un développement fortement dépendant des énergies fossiles. Les problèmes sont aujourd’hui sérieux dans un système où tous les pays sont désormais liés entre eux par des enjeux financiers ou alimentaires : crise de l’eau, systèmes sociaux et économiques bouleversés par le changement, climatique, etc. Il est urgent d’agir et de modifier certains comportements pour adopter une vision du monde plus respectueuse des limites de ce que peut nous offrir l’environnement. Recycler, réduire notre consommation et notre croissance pour se rapprocher d’une économie d’équilibre, réduire les échelles de nos actions, tendre vers une agriculture biologique qui s’éloigne d’un modèle industriel, etc. voici d’intéressantes pistes pour un nouveau modèle.

Pour aller encore plus loin dans la remise en question, Simplicité volontaire et décroissance – TL7981 offre des pistes de réflexion pour ré-envisager notre quotidien basé sur la consommation comme source de bonheur et la croissance comme idéologie économique. Le documentaire ouvre des portes vers des considérations philosophiques, éthiques et aborde des questions économiques, sociales et environnementale.  

 

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