Bukit Duri

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Des images du quotidien ordinaire de la vie du bidonville de Bukit Duri au cœur de Jakarta sont ici filmées en noir et blanc et sont le fruit d’un magnifique travail photographique. On entend les enfants jouer, l’eau qui coule mais aucun commentaire n’accompagne ces images. C’est au fur et à mesure que le spectateur comprend ce qu’il voit : un fleuve qui inonde régulièrement les habitations de fortune qui le bordent et qui charrie avec lui quantité de déchets dont la population se débarrasse.

Un homme repousse de temps en temps d’un bâton les déchets restés accrochés à la rive, emballages de toutes sortes, chaussures, résidus du quotidien d’un bidonville. Il les replace dans le courant pour que le fleuve les emporte plus loin. Une femme y lave son ligne, une autre y fait sa vaisselle. Des enfants se jettent dans l’eau pour éprouver leur courage entre copains. Il y a toujours des emballages et des détritus qui traversent l’écran. Ils s’entassent dans les coins, s’enroulent sur eux-mêmes et tourbillonnent dans le courant de ce fleuve agité.

Un témoignage d’enfant révèle une troublante réalité de terrain : « A la maison, je ne fais pas comme à l’école, je fais comme mes parents ». Voici tout le paradoxe que vit cette population entassée au bord de la rivière. L’eau est le pilier de la vie quotidienne. Elle est la cuisine, la salle de bain, le lieu de rencontre des plus jeunes comme des plus vieux. Mais tous, y rejettent leurs déchets. S’agit-il d’un manque de gestion des déchets ? d’habitudes culturelles ? Le film ne tranche pas.

Les toutes dernières images du film sont en couleur. Le film fait alors apparaitre les véritables couleurs de ce paysage tourmenté par la pauvreté et la pollution.

 

Film disponible chez PointCulture

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La fête des possibles

Bandeau

 

Le mode de vie moderne, fondé sur la croissance et l’abondance des combustibles fossiles, s’épuise. Différentes études se complètent pour conclure à la fin du modèle économique du capitalisme industriel, et ce, probablement avant la fin du XXIe siècle. Comme premiers signaux, les différentes crises qui se succèdent et se font échos : économiques, sociales, politiques, environnementales, etc.

Ce constat pousse à imaginer des alternatives et redéfinir des concepts clés comme le progrès, la prospérité et tout un système de valeurs. Il ne s’agit pas seulement de survivre aux changements climatiques et à la fin du pétrole mais de construire une société qui puisse mieux répondre aux besoins essentiels des humains, qu’ils soient physiques, psychologiques ou même spirituels.

Sur ce vaste chantier de réflexion et d’expérimentation, le citoyen occupe une place essentielle. Depuis plusieurs dizaines d’années, certains ont commencé à expérimenter des alternatives dans des domaines variés tels que l’économie, l’alimentation, l’énergie, la consommation, l’éducation, etc. Ensemble, ces initiatives concourent à provoquer un véritable bouleversement culturel par les changements de cadres qu’elles opèrent.

Pour découvrir, comprendre et soutenir ces initiatives, une Fête des possibles se tiendra en Belgique et en France du 18 au 30 septembre.

Activités dans les PointCulture

PointCulture soutient la fête des possibles et y participe à sa manière en proposant des activités qui interrogent notre rapport à la ville dans le cadre de sa thématique URBN.

Une journée entière consacrée à la ville poétique au PointCulture Liège

Un atelier de construction de mobilier urbain avec des matériaux de récupération au PointCultureNamur

Dix films à voir – et disponibles chez PointCulture

Ci-dessous, une sélection de dix films qui permettent de découvrir des initiatives dans des domaines variés (alimentation, énergie, mobilité, etc.), en Belgique et ailleurs, mais aussi d’aborder des questions de fond :

En quête de sens, un voyage au-delà de nos croyances (Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière, 2015)

Demain (Mélanie Laurent et Cyril Dion,  2015)

Cultures en transition (Nils Aguilar, 2012)

La Possibilité d’être humain (Thierry Krugger et Pablo Girault, 2013)

L’Urgence de ralentir (philippe Borrel, 2014)

Sur les routes d’une Belgique sans carbone (Alexander Van Waes, 2015)

Les Liberterres (Jean-Christophe Lamy – Paul-Jean Vranken, 2009-2015)

Visions citoyennes 1 et 2 (Christophe Joly, 2013)

Tout s’accélère (Gilles Vernet, 2016)
Et bien d’autres en cours d’acquisition…

Et sur le web

On passe à l’acte : un site passionnant abritant des interviews de porteurs d’initiatives et des réflexions

Le Flipper de la transition : un web documentaire dynamique sur des initiatives de transition belges

Pour aller plus loin…

Outre l’intérêt évident qu’apportent les initiatives de transition en termes d’expérimentation pratique et d’innovation dans la conception d’une société sans pétrole, d’autres apports majeurs naissent de l’analyse des différents processus à l’œuvre dans la mise en place de ces alternatives : réflexion sur les méthodes de travail participatif, soin accordé aux processus émotionnels, remise en question des contextes culturels et historiques qui fondent une société, etc. Pour découvrir ces aspects, voici quelques références à consulter :

Une conférence filmée sur la collapsologie et la transition avec Pablo Servigne, co-fondateur du concept de collapsologie et Vincent Wattelet du réseau Transition belge lors d’une conférence donnée en juin 2017 au PointCulture Bruxelles dans le cadre de la thématique Nature Culture :

 

Un livre : Petit traité de résilience locale, en collaboration avec Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Hugo Carton, 2015, Éditions Charles Leopold Mayer.

Un article dans la revue Culture et Démocratie n° 44 de janvier 2017 sur l’imaginaire du futur avec Vincent Wattelet (réseau Transition) et Frédérique Müller (PointCulture) :

Une revue : le numéro 123 (septembre/octobre) de Imagine, demain lemonde – « Vivre en préparant la fin du monde »
Frédérique Müller


fete-des-possibles.org

En quête de sens

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Ce film est le récit de la prise de conscience d’un dysfonctionnement à la fois sur le plan sociétal et sur le  plan personnel pour Marc de la Ménardière, narrateur et co-auteur de ce récit filmé par son ami d’enfance qu’il vient de retrouver.

 

Marc travaille pour une multinationale de commerce d’eau en bouteille à New York lorsqu’il se casse le pied et, immobilisé, s’attaque à une pile de films documentaires sur la marchandisation du monde recommandés par un ami d’enfance en visite. Il prend alors conscience qu’il fait partie du problème et décide de se joindre à son ami, Nathaël Coste pour comprendre comment amener le changement.

 

Combinant une quête personnelle de retrouver du sens à la vie à un besoin de compréhension des mécanismes, c’est un film sur le chemin parcouru, tant en termes de kilomètres autour du monde que d’heures de réflexion (et très certainement aussi de montage). Ce chemin est fait de découvertes, de questions et surtout de rencontres.

 

Avec des sensibilités et des pratiques différentes, chaque intervenant, à sa manière, offre des possibilités. Le film rapporte ainsi la parole de scientifiques, d’historiens, d’économistes, de chamans et de guides spirituels, de penseurs et de militants. Toutes les personnes sont interrogées avec curiosité et enthousiasme. Au spectateur ensuite de faire son propre chemin, son propre travail de digestion pour s’interroger sur ces choix que nous faisons en ayant souvent pas ou trop peu réfléchis. L’envie d’aller à chaque fois plus loin dans la complexité que sur le plan personnel se lit dans le regard des deux amis.

 

Ce film ose aller là où beaucoup d’autres s’arrêtent en s’aventurant sur la voie de l’introspection ; de la spiritualité, de ce que la volonté de changement opère en soi. Il aborde ainsi des aspects essentiels aujourd’hui. Un film ambitieux et réussi.

Film disponible chez PointCulture

Frédérique Muller

Super Trash

Super trash est un film imparfait, un peu long peut-être et manquant certainement de structure mais il est alimenté par l’énergie sincère et naïve, du réalisateur.

Celui-ci se met régulièrement en scène, touché, volontaire, déprimé, agacé, effondré, vomissant, travaillant, perdant la raison, surfant sur les détritus… Ces images ne servent pas directement le propos du film qui est de dénoncer une accumulation incontrôlable et obscène de déchets dans une décharge à ciel ouvert dans le sud de la France mais elles appellent à une réception plus émotionnelle des images qui se succèdent au grès des déversements des camions benne.

Le film fonctionne beaucoup sur des mises en opposition et des effets de contraste. Les souvenirs d’enfance du réalisateur se heurtent à la réalité d’aujourd’hui, à ce paysage transformé par les ordures et les odeurs envahissantes qui polluent la région. La cabane de l’enfance, témoin privilégié de cette dégradation du paysage, devient le pied à terre du réalisateur. Le passé est incarné par Raymond, le vieil ami qui exhorte Martin à un rapport intime avec l’arbre. Au cours de ces quelques séquences, la nature, le silence, la verdure et l’odeur de la mousse s’offrent alors en refuge au jeune réalisateur et renforcent l’impression de dégout générée par les images des montagnes d’ordures qui s’empilent quotidiennement. Des lambeaux de tapis rouge du festival de Cannes rejoignent ici les restes d’anciens cercueils arrivés en fin de concession, des jouets, des magazines de pornographie, des hydrocarbures stockés de manière illégale, etc. Ces mètres carrés de feutres rouges côtoient dans l’indifférence ces restent de notre quotidien, une provocation à laquelle le réalisateur réagit dans un début d’enquête inachevée.

 

L’Anthropocène : 15 films et 1 conférence

 

L’anthropocène : un terme autour duquel se rassemblent géologues, climatologues, écologues, historiens et philosophes. Une ère géologique nouvelle marquée par la puissance de l’impact des activités humaines, l’humanité se révélant en même temps incapable de maitriser les effets de ce flot d’innovations technologiques et de dégradations de l’environnement dopé par un modèle de vie consumériste qui refuse les limites. L’Homme est désormais capable de modifier le système Terre, depuis son incidence sur le minuscule (cycle de l’azote ou du phosphore par exemple) jusqu’aux phénomènes systémiques complexes comme le climat de la planète.

Cette ère nouvelle, pour être officialisée par la commission internationale de stratigraphie, doit attendre une décision en 2016. Certains scientifiques la font commencer bien avant, mais elle aurait débuté avec l’ère thermo-industrielle, quand déjà, les pénuries de ressources naturelles ont motivé l’invention de la machine à vapeur. Depuis, des bateaux de pêche toujours plus efficaces et mieux armés pour des prises qui se font de plus en plus rares, une 6e crise d’extinction des espèces, le réchauffement climatique, la déforestation, l’appauvrissement des sols agricoles, l’acidification des océans, etc.

Avant 2016, voici un rapide aperçu en 15 titres de l’impact des activités humaines pour repenser la notion de progrès telle qu’on la définit depuis le 19e siècle sous l’influence du modèle industriel :

 

the great squeeze couvThe Great Squeeze – TM4231 : Remettre en question un modèle de développement en examinant les grandes crises écologiques et économiques actuelles.

Simplicité volontaire  et décroissance, volume 3 – TL7983 : Poser les bases philosophiques pour un regard critique sur un mode de vie consumériste qui détruit la nature et l’humanité.

Regards de climatologues – TP7151 : Comprendre le rôle du dioxyde de carbone et poids actuel des activités humaines sur son cycle et le climat.

Mister Carbone – TM5474 : Comprendre le lien entre le modèle économique et industriel et l’impact des émissions de dioxyde de carbone.

Tipping Point – TM8551 : Faire le lien entre le réchauffement climatique et les modifications de l’écosystème marin (acidification et perte de biodiversité).  

Gulf Stream, le talon d’Achille du climat – TM4361 : Mesurer l’importance des mécanismes de régulation du climat comme le Gulf Stream et imaginer les conséquences de leur perturbation.

Notre pain quotidien – TL6431 : Découvrir les processus modernes de production alimentaires sous l’influence du modèletipping pointb industriel.

Lovemeatender – TN4391 : Comprendre sous un angle systémique les problèmes de la production alimentaire à l’aide d’un exemple : la production de viande.

La fièvre de l’or – TM3931 : Regarder les ravages des techniques d’orpaillage sur l’environnement naturel et social : déforestation, violence, empoisonnement au mercure, etc.

Losing Tomorrow – TM5091 : Déplorer la destruction de la biodiversité végétale et animale, notamment la destruction de la population  d’orang-outang, suite aux activités de l’industrie du bois en Indonésie.

The End Of The Line – TM3760 : Découvrir, de la Grande-Bretagne au Sénégal, en passant par la Chine ou les Etats-Unis, le pillage des ressources marines.

Accros au plastique – TM0251 : Découvrir la pollution de l’environnement par résidus de plastique jusqu’à la formation de gigantesques vortex à la surface des océans.

La grande invasion : Comprendre le lien entre modèle de consommation et production de déchets à l’aide de l’invasion des matières synthétiques comme le plastique.

un nuage sur le toit du monde couvUn nuage sur le toit du monde – TM8975 : Découvrir les nuages noirs de pollution atmosphérique à 5000 m d’altitude dans l’Himalaya où l’air est désormais tout autant pollué que dans les villes d’Europe pour mettre en évidence les liens entre pollution, réchauffement climatique, système hydraulique et agriculture de la région.

Into Eternity – TW4841: S’interroger sur les notions de responsabilité à très long terme de notre mode de vie actuel avec l’exemple de l’enfouissement des déchets radioactifs dans le sous-sol finlandais pour une durée d’au moins cent mille ans.

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus : RDV le 21.02.14 au PointCulture de Bruxelles Centre pour la conférence :

L’événement anthropocène : une révolution géologique d’origine humaine

Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences au CNRS, fait le récit des impacts humains sur l’environnement dans son livre « L’événement anthropocène » (Seuil 2013) et nous invite à vivre et agir politiquement autrement. Il met en cause nos idées reçues sur notre prétendue « prise de conscience environnementale ». Histoire d’une nouvelle ère géologique qui appelle l’émergence de pratiques culturelles adaptées aux enjeux environnementaux.

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Le zeste qui compte

Du plat débordant de graisses luisantes et de résidus chimiques à l’appétissante assiette colorée de légumes de saison, en passant par le plaisir d’un carré de chocolat croquant sous la dent, PointCulture vous propose avec le « Zeste qui compte » de s’informer, réfléchir et s’amuser sur le thème de l’alimentation.

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Ce que nous mettons dans nos assiettes, ce sont des vitamines, des minéraux et des protéines, un peu trop de sel parfois, trop de graisse souvent et au passage quelques résidus de pesticides.

Ce sont aussi des saveurs, des odeurs, des textures et des couleurs, fruits de plusieurs heures de travail en cuisine ou réchauffés quelques secondes au four à micro-ondes, faute de temps, d’inspiration ou d’envie.

Ce sont encore des histoires, celles dont on se souvient, celles qu’on transmet à ses enfants, celles que la société véhicule à travers les modes de production et de consommation, celles d’une civilisation.

Ce sont enfin des habitudes, des contraintes, des valeurs, des choix, des croyances et des questions aussi.

 

PointCulture propose ici une sélection de formes et de propos variés : de l’enquête au documentaire sonore, des chants de travail au cinéma de fiction, des films, des documentaires et des musiques, accompagnés d’interviews de réalisateurs, d’analyses, de réflexions et de quelques recettes et fiches pratiques. Le tout pour déconstruire, reconstruire, réinvestir l’imaginaire de la nourriture et se réapproprier les représentations afin de retrouver le goût du choix et le plaisir du goût.

 

Disponible sur notre site et en format papier dans les Médiathèques/PointCulture

Recycler pour voir et entendre

Quand des musiciens parlent de la fabrication d’instruments à partir de matériaux de récupération à des fins éducatives…

L’intérêt est de réintégrer la conception d’instruments dans un environnement naturel et artisanal tout en sensibilisant à l’utilisation et à la préservation d’éléments naturels. Cette pratique permet la prise de conscience du milieu dans lequel on vit, naturel et industriel. C’est ce que nous appelons, la musique du paysage (1). Cette attention portée au son modifie la perception de l’environnement sonore que l’on ne perçoit souvent que quand il dérange. Parmi les matériaux aisément disponibles, les déchets. Le recyclage peut alors amorcer une réflexion sur le gaspillage et sur la place des objets au temps de la surconsommation. Il aide à prendre conscience de la mauvaise utilisation des déchets qui pourraient avoir encore une utilité pour soi ou pour d’autres (2). Ce n’est pas par la quantité d’objets recyclés que la pratique est intéressante mais parce qu’elle amène à poser un autre regard sur le monde. Déplacer l’objet dans un autre champ, le faire dévier de sa trajectoire initiale, conduit à enrichir sa perception de l’environnement, reconsidérer le modèle de société et réintroduire de l’imaginaire et de la poésie au quotidien (4).

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La construction d’instruments commence par une véritable exploration de la résonnance des matériaux. Elle vise la connaissance directe et laisse s’émerveiller l’explorateur du monde, une démarche commune au savant et à l’artiste (5). Elle oblige à une réappropriation des étapes de la création musicale depuis la genèse du son (5). Taper, gratter, souffler dedans, dessus, frotter, secouer, rouler, percuter, effleurer, avec les mains ou avec un autre objet, plein, vide, tenu ou suspendu, autant de relations possibles et personnelles à développer. Cette approche expérimentale et peu couteuse restitue la musique au quotidien et à chacun, elle invite à être soi. Il ne s’agit donc pas d’un apprentissage de la musique au rabais (5).

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Accorder une seconde vie à ce qui a été usé par l’usage et le temps pour fabriquer un instrument, c’est d’une part retrouver un chemin intuitif vers la musique, c’est aussi faire un pas de côté par rapport au modèle économique dominant pour être moins passif. Il s’agit globalement de retrouver des savoir-faire, de se réapproprier les processus et d’expérimenter un positionnement plus conscient tant sur le plan culturel que social pour élargir ses horizons. L’environnement devient un espace de création que l’on peut explorer et sur lequel on peut intervenir. Récupérer, recycler, détourner, soustraire les objets à leur destinée de rebus, devient alors un acte de résistance qui ancre la pratique au-delà de la simple anecdote de l’exercice ludique.

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http://www.dailymotion.com/video/xkhzju_le-jardin-sonore-de-la-compagnie-alfred-de-la-neuche_creation

Voir l’exposition de la LUTHERIE URBAINE au PointCulture Bruxelles (145, avenue Royale – 1000 Bruxelles)

© jerome panconi - Pianocktail - Lutherie Urbaine - 05/09/2007

Sources :
(1)    Entretien en février 2013 avec Solika Janssens et Alain Do, Compagnie Alfred de la Neuche, France
(2)    Entretien en février 2013 avec Julio Payno, Verterdere Sonoro, Espagne
(3)    Entretien en février 2013 avec Olivier Gobert, animateur à la Maison de la Pataphonie, Belgique
(4)    Entretien en février 2013 avec Max Vandervorst, luthier sauvage et pataphoniste, Belgique
(5)    D’après L’enfant, la musique et l’école – Angélique Fulin – Buchet/Chastel - 1992 

Au sujet de quelques musiciens qui recyclent et détournent

A Kinshasa, à Bagnolet, à Henin et ailleurs, des artistes font de la musique avec des objets du quotidien. Bouteilles en plastique, boites de conserve, télévisions ou arrosoirs, ils recyclent des objets abandonnés, cassés ou détournés. Leur pratique interpelle la définition de l’instrument de musique et notre rapport à l’objet dans une société de la consommation.

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A Kinshasa, la musique est partout, dans les maisons, aux ronds-points, au zoo ou à la sortie des restaurants. A la lueur crue d’un éclairage public sommaire, le Staff Benda Bilili, un orchestre aux fauteuils roulants bricolés, joue de la guitare, chante et fait danser chaque soir. Le rythme est frappé en claquant des mains ou au sol à l’aide de chaussures fatiguées. Le groupe est un jour rejoint par le jeune et talentueux Roger qui vit d’un satonge : une corde tendue entre une boite de conserve et un manche courbe. L’oreille tendue vers les guitares des aînés, il improvise des solos inspirés qui se posent délicatement au sommet des mélodies pour donner du relief au son des musiciens. Au milieu des enfants des rues et des passants, les musiciens racontent les combats quotidiens pour vivre dignement malgré la maladie, la pauvreté et les coups du sort comme cet incendie qui ravage un soir leur centre d’hébergement pour malades atteints de la poliomyélite (Benda Bilili !). Quand l’électricité vient à manquer, la capitale résonne de bouteilles vides et de canettes que des enfants tapotent. Ce sont des vendeurs ambulants de pétrole baptisés les « kingogola » en référence au son de leurs instruments de fortune. Dans le groupe Okwess International, de vieux pots d’échappement et des fétus de paille accompagnent les guitares fabriquées dans un atelier tout proche. Kinshasa, c’est la percussion, une musique qui ne s’arrête jamais (Jupiter’s dance). On joue ici pour se réunir, pour s’exprimer, pour résister, pour le plaisir, pour survivre. Dans les sociétés où il y a peu, la nécessité rend courante la récupération. Aussi, pour faire de la musique comme pour réparer une voiture, on fait à Kinshasa avec ce qu’on a autour de soi. Aujourd’hui, en Europe, alors que les instruments s’achètent en magasin et que la musique s’enseigne dans des Conservatoires, certains musiciens n’ont pas abandonné cette vieille tradition de fabriquer leurs instruments avec les matériaux disponibles à portée de main. C’est ainsi que travaille la Lutherie Urbaine à Bagnolet près de Paris qui fabrique des instruments de musique avec des matériaux recyclés et pour qui l’utilisation du déchet renvoie simplement à une modification de l’environnement (1). Ces histoires venues de France, du Congo et de la Préhistoire ont en commun la proximité entre le musicien, son instrument, l’environnement et la musique. Mais Récupérer là où il y a peu n’est pas récupérer là où il y a beaucoup (2) et quand le recyclage n’est pas motivé par la nécessité ou l’opportunité, il se fait volonté de restituer la musique au quotidien et à chacun. Il devient une démarche avec laquelle l’art contribue à modifier la perception du monde et depuis le début du XXe siècle, les travaux artistiques qui questionnent le statut des objets, aussi bien domestiques qu’artistiques, se multiplient.

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La société industrielle occidentale est inondée d’objets produits en série par un modèle économique qui commande leur achat et leur remplacement immédiat. Désormais trop nombreux, trop vite obsolètes et parfois même dématérialisés, les objets disparaissent littéralement derrière des flux abstraits qu’ils se contentent d’imposer. Nous évoluons dans ce que le philosophe Vilèm Flusser appelle un monde de non-choses, où les objets quittent le centre de l’intérêt, celui-ci se concentrant sur l’information. Le raz-de marée de choses qui nous inonde, cette inflation, c’est précisément la preuve de notre désintérêt pour les choses (3). Dans ce contexte, le détournement et la récupération invitent l’objet à retrouver sinon un sens, au moins une place. Max Vandervorst définit par exemple la lutherie sauvage, qui consiste à fabriquer des instruments de musique avec des objets non conçus à cet effet, comme l’art de soigner les objets abandonnés (4).

 Il y a deux manières de considérer l’objet : soit on l’accepte  sous sa forme brute, sans transformation, soit une transformation, parfois minime, fait naître un instrument (5). Ce réinvestissement de l’objet se fait de manière artisanale, de la main de l’homme. Celle, par exemple, de Max Vandervorst qui questionne les objets au sens moyenâgeux du terme, en les soumettant à la question (6). Dans son atelier d’Henin en Belgique, il les frappe, percute, frotte, pince ou souffle dedans lors d’un processus systématique et minutieux d’exploration. Les découvertes peuvent aussi être le fruit du hasard, ainsi l’artiste japonais Ei Wada s’égare-t-il un jour dans les branchements de son installation vidéo. Il connecte une sortie son sur une entrée vidéo. Un heureux malentendu qui donne de la voix à la lumière. Il imagine alors un instrument qui tient à la fois du theremine, de la percussion et de l’installation électronique : le Braun tube jazz band. Pieds nus, utilisant son corps pour faire masse au milieu d’un ensemble de 14 vieux téléviseurs à tubes cathodiques reliés à des magnétoscopes pilotés par ordinateur, ses mains se soulèvent, frappent ou effleurent les écrans. A la fois antenne, danseur et chef d’orchestre, il joue des champs électromagnétiques. On ne sait pas toujours pourquoi ça marche. Il y a une grande part d’accidents (1). Les instruments sont souvent fragiles, ils réclament un peu d’entretien, de retouches. Il s’agit d’artisanat et non d’industrie, de bricolage plus que d’ingénierie (9).

Violon à clous 2 - max Vandervorst - Photo Melisa stein (photo Melisa Stein)

La fabrication d’instrument oblige à se réapproprier les étapes de la création musicale depuis la genèse du son. Elle commence par l’exploration de la résonance des matériaux et nécessite une écoute active qui définit les sons perçus comme appartenant au registre musical et guide la construction de l’instrument. Ainsi Max Vandervorst interroge durant plusieurs mois des bouteilles en plastique pour composer « L’Homme de Spa » tandis que Benoit Poulain sélectionne patiemment des jantes pour construire un « clavier déjanté » accordé chromatiquement. L’objet devient un instrument de musique dès que le son qu’il produit est maitrisé (5).

Tout comme les sons sont libérés de leur aspect fonctionnel, les objets sont à leur tour libérés de l’usage que leur imposait le quotidien, qu’il s’agisse des téléviseurs d’Ei Wada, des tambours de machines à laver et des tubes en PVC de la Lutherie Urbaine, des pots d’échappement et des parpaings d’Okwess International, des canettes du Staff Benda Bilili ou bien encore des bouteilles de Max Vandervorst. Ce dernier compare sa démarche à un travail alchimique, partant de l’objet le plus trivial pour créer un instrument et réintroduire de la poésie à l’ordinaire. Alors, des passagers improvisent un air de Schubert avec des verres dans les cuisines d’un navire dans le film Et vogue le navire et d’anciens joueurs de jazz nostalgiques voient, dans l’ambigüité de la pénombre, les ustensiles de cuisine devenir des instruments de musique pour accompagner le chat noir en mouvement mué en chanteuse ondulante dans l’animation Cleo’s boogie. La poésie et le recyclage, deux pratiques qui accordent au signifiant, au contenant, un soin particulier. Les instruments sont par ailleurs souvent baptisés à l’aide de mot-valise ou autre jeu de mots qui intègre une référence à l’univers premier de l’objet. Avec Max Vandervorst, ce sont des pots de fleurs, un peigne en plastique, un arrosoir et d’autres objets qui existent en milliers d’exemplaires identiques et muets qui deviennent d’uniques spalafon, scoutophone chromatique, bouteillophone, saxosoir ou guitare charbonnière (Folklore de Pataphonie centrale) et on trouve à la Lutherie Urbaine parmi les instruments de la « Lutherie Inouïe » une vélocaster fabriquée avec une roue rose de vélo d’enfant. A la Maison de la Pataphonie, on raconte que les visiteurs sont surpris de constater que certains objets bruts ou travaillés puissent produire des sons si mélodieux et diversifiés (5). Les instruments ne sont plus seulement utilisés, ils sont montrés. Par le jeu d’associations d’idées, l’objet subverti joue avec les sons, les attentes et les représentations des spectateurs. Les instruments de Ramasse Bourrié produisent un effet humoristique sur scène car ils ne sont pas, au départ, censés produire de la musique. Le public s’amuse de ces constructions à vent ou à cordes faites de tuyaux, gonfleurs d’air, ballons colorés, cloués, visés ou scotchés ensemble (Drigall et Ramasse-Bourrié). Des téléviseurs devenus muets, des contenants vidés de leur contenu, des outils et des machines devenues inutiles et encombrantes, l’origine des objets n’est non seulement pas camouflée mais elle participe encore pleinement à leur reconversion en instrument de musique, accordant ainsi une place importante à l’imaginaire et à la symbolique de la transformation qui fascine depuis les récits mythiques d’enchantement (8). Les musiciens qui recyclent témoignent de leur sensibilité à pouvoir être inspiré par le quotidien au-delà de l’usage ustencilaire des choses (7). Ces objets recyclés produisent d’une part des sons inédits, mais inspirent aussi au musicien un imaginaire nouveau car composer pour une bouilloire électrique génère un tout autre univers qu’un instrumentarium classique (2). Celui-ci étant davantage conçu pour une musique abstraite ou imitative (autre forme d’abstraction) dont on s’éloigne ici pour se rapprocher des propriétés sonores et acoustiques de la matière, une notion souvent motrice chez les musiciens qui recyclent et détournent (7).  En fonction des matériaux, objets, instruments mais aussi cultures, pays et musiciens, la musique aura une certaine faconde, densité ou matérialité qui lui sera propre (Sharp Sharp !).

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Qu’il s’agisse de musique écrite ou improvisée, de spectacle vivant ou de composition enregistrée, d’invention instrumentale ou de reproduction d’instrument classique, quelques soient le style, le genre musical et leur sensibilité, les artistes qui recyclent et détournent partagent un certain rapport intuitif ou un questionnement plus conscient sur la musique, l’instrument et le statut de l’objet. La lutherie sauvage déborde ainsi des cadres établis et des définitions. Avec elle, c’est l’instrument qui change de statut mais aussi les objets, les musiciens, les lieux et les moments dédiés à la musique. En recyclant et détournant, le monde jetable s’enrichit d’une dimension sonore mais aussi sémantique car la perception de l’environnement et les possibilités d’usage sont enrichies. Les objets se défont de leur dépendance aux routines, alors altérées ou inhibées, au profit d‘activités mentales constitutives de l’expérience esthétique (11). La musique qui se donne à entendre autant qu’à voir invite alors à élargir ses horizons.

Références PointCulture :

  • – Benda Bilili ! – TB1061
  • – Jupiter’s dance – TB4211
  • – Sharp sharp – U0013
  • – E la nave va – Et vogue le navire – VE7596
  • – Cleo’s Boogie – compil 6 – caméra enfants admis
  • – Archéo-musique, 20 instruments de musique de la Préhistoire à fabriquer – LN4247
  • – Folklore de Pataphonie centrale – UV2080
  • – Le fil d’Ariane – UU7960

Références :

  • (1)     Propos de Benoit Poulain, luthier à la Lutherie Urbaine, recueillis par Frédérique Muller en février 2013 (voir podcast)
  • (2)     Max Vandervorst, luthier sauvage, émission l’atelier du son, France Culture, 09.03.12
  • (3)     La civilisation des médias, Circe, Vilem Flusser, 2006
  • (4)     Lutherie Sauvage, editions alternatives, Max Vandervorst, 1997
  • (5)     Propos d’Olivier Gobert, animateur à la maison de la Pataphonie, recueillis par Frédérique Muller en février 2013
  • (6)     Propos de Max Vandervorst, luthier sauvage et pataphoniste, recueillis par Frédérique Muller en février 2013 (voir podcast)
  • (7)     Chercheurs de sons, Gérard Nicollet et Vincent Brunot, éditions Alternatives, 2004
  • (8)     Les instruments de musique en papier et carton – Editions Alternatives – Max Vandervorst – 2012
  • (9)     Lévi-Strauss, La pensée sauvage, Plon, 1962
  • (10) Utilisation et « Présentation esthétique » des instruments de musique, L’instrument de musique, Methodos, Bernard Sève, 2011
  • (11)  De l’altération des routines : attention esthétique, ancrage situationnel et perception d’objet, Nicolas J. Bullot, Institut Jean Nicod, CNRS-EHESS-ENS

Taste the waste !

taste the waste couvTels les activistes d’un mouvement secret et illégal, les « déchetariens » œuvrent la nuit. Ils fouillent à la lampe torche les bennes des grandes surfaces à la recherche de produits alimentaires encore sains et parfaitement consommables. Voilà qui donne le ton. Limiter le gâchis alimentaire reste une pratique individuelle, étrange, nocturne et marginale que l’on se doit de justifier. D’une poubelle jaillissent alors un poisson, des grappes de raisins, des fruits et des légumes. Ils s’accumulent sur une table et composent à la manière d’un tableau classique flamand aux couleurs cramoisies l’évocation d’un festin attendu. Le générique préfigure de la suite qui déroule une véritable ode à la nourriture gaspillée sur une toile de fond couleur d’opulence. Le film révèle au grand jour les quantités industrielles de nourriture jetée par les grandes surfaces, très souvent plusieurs jours avant la date limite de péremption, et ce, au nom de « critères de qualité » qui garantissent des produits frais et de longue conservation. On remplit des bennes, des poubelles, des containers qui suintent du jus des aliments compressés. On se désole de ces images de destruction volontaire de nourriture encore comestible qui ponctuent le fil des interviews jusqu’à en devenir écœurantes. Problème de calibre, de couleur, de texture de peau, de taille, etc., une foule d’aliments sont éliminés pour des raisons esthétiques ou ergonomiques. Ainsi en est-il des concombres courbes inadaptés aux caisses rectangulaires de l’industrie, des pommes de terres trop petites ou trop grosses qui ont refusés la norme et des tomates pas assez dans le ton. Dans les sociétés industrielles, le système économique dévalorise la nourriture. Dans les pays producteurs, elle tend à devenir  inaccessible. Plus que filmer le gaspillage, le documentaire dénonce le modèle économique qui le permet, plus encore l’organise. C’est cette surabondance dans les pays industrialisés qui permet l’établissement de critères de sélection tels que calibres, taille, couleur, etc. et c’est ce gâchis qui provoque la dévalorisation boursière de la nourriture. La faim n’est pas un problème de ressources. « Avec ce que jettent l’Europe et l’Amérique du Nord, on a de quoi nourrir 3 fois les affamés ». « Chaque année 90 millions de tonnes d’aliments sont mis à la poubelle en Europe ». Des conclusions et des constats clôturent les chapitres du film sur fond noir. Des aliments frais débordent des poubelles alors que certains meurent de faim, des poissons s’empilent au marché de Rungis alors que la ressource halieutique s’effondre. Le film montre des situations contrastées mais liées comme les deux facettes d’un même modèle puis passe en revue d’autres dommages collatéraux : problèmes fonciers dans les pays producteurs, impact sur le climat et pratiques agricoles qui appauvrissent la biodiversité. Des liens sont faits entre ce qu’on trouve dans les grandes surfaces et les conditions de vie des paysans, entre le gâchis quotidien ici et la crise alimentaire là-bas, entre les comportements et leurs conséquences ultérieures avec les émissions de gaz à effets de serre. Le local et l’individuel sont mis en perspective avec le global et le systémique. Jeter son vieux pain du soir participe ainsi aux crises alimentaires dans les pays en développement. Au terme de ce tableau très sombre et dans lequel le film nous a fait prendre une part de responsabilité, le DVD propose dans ses bonus et autres prolongements sur le site web du film, des idées et suggestions pour participer au « mouvement ». Alors, à table !

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