Homo sapiens

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Une fresque murale que l’édifice ne protège plus des intempéries, un parking vide, une gare désaffectée, des bâtiments délabrés et une pluie qui s’abat avec insistance sur ces ruines, s’infiltre dans les fissures et s’engouffre par les toits ouverts. On comprend au bout de quelques minutes le propos et le procédé du film : une série de plans sans commentaire sur des lieux désertés par les Hommes.

Vestiges d’un mode de vie

Ces lieux abandonnés ne sont pas vides mais envahis par les restes de notre civilisation : gobelets à terre, journaux épars, machines à l’arrêt laissées là, tasses sur les bureaux, matériel médical tombé au sol… On reconnait Fukushima, Nagasaki, l’ex-Union Soviétique… On identifie une prison, une aire de jeux, des bureaux, un hôpital, une salle de spectacle, etc. mais les lieux ne sont pas explicitement identifiés. Là n’est pas le propos. Il s’agit de lieux où vivaient des familles, s’agitaient des travailleurs et riaient des enfants et qui ne sont plus que vestiges, témoignages d’un mode de vie. Seuls une enseigne commerciale, un symbole politique, une écriture permettent, tels des indices brisant une continuité dans le discours, de situer un point sur une carte ou dans le temps. La vie s’est arrêtée, visiblement brusquement. Les débris d’un quotidien interrompu jonchent le sol.

A l’image, plus rien ne bouge ni ne vit en dehors de la végétation et de quelques animaux que l’on entend, la plupart du temps sans les voir (batraciens, insectes, oiseaux). Mousse, petits arbres et graminées, le vivant s’étend désormais paisiblement et sans contrainte. Il s’insinue, rampe et couvre le sol puis les murs.

Traitement esthétique du propos

Chaque plan est le fruit d’un travail magnifique et minutieux sur le cadrage, la lumière, les lignes et les couleurs. C’est presque une série de tableaux sidérants dont le dernier s’évanouit lentement dans la brume neigeuse. La bande-son, réalisée en studio, participe à l’atmosphère surréaliste en superposant aux images des bruits sans doute plus discrets dans le réel. Opérant un changement d’échelle, ils mettent en lumière le vide laissé par l’humain disparu : clapotis des vagues, vol d’une mouche, souffle du vent…

C’est alors que l’imaginaire se met au travail. Il cherche le sens de cette narration incomplète qui donne à voir la fin d’un récit que chaque spectateur doit écrire. Que s’est-il passé ? Pourquoi ? L’esprit cherche à combler le vide, à donner du sens au fur et à mesure de la répétition de ces scènes de catastrophes accomplies.

 

Imaginaire de l’effondrement

 

Le film fait appel à l’imaginaire de l’effondrement de notre société. Le propos va au-delà du précédent film du même réalisateur qui avait filmé le caractère délétère des pratiques agricoles modernes en usant du même procédé visuel en 2005 (Notre pain quotidien).

 

Cette longue succession d’habitats, d‘infrastructures abandonnées et de villes mortes nous renvoie l’image d’une civilisation éphémère, en bout de course. L’imaginaire des villes fantômes appelle celui de la chute et de la romantique des ruines qui alimentent un certain plaisir de la « jouissance douloureuse » que décrivait Edmund Burke en 1803 : « Nous jouissons à voir des choses que, bien loin de les occasionner, nous voudrions sincèrement empêcher… mais supposons ce funeste accident arrivé (Londres dévastée par un tremblement de terre), quelle foule accourrait de toute part pour contempler ses ruines ».

 

Ce traitement esthétisant de la destruction renvoie aussi à l’expérience du sublime comme définie par Edmund Burke pour qui l’expérience du sublime est associée aux sensations de stupéfaction et de terreur. Elle repose sur le sentiment de notre propre impuissance face à une force supérieure et omnipotente, jusque-là naturelle, aujourd’hui également d’origine humaine. L’humain ne serait ainsi pas en mesure de prévenir sa destruction et le capitalisme est devenu sublime au même titre que les ouragans. Une idée qui peut être problématique dans le champ politique et militant mais qui est ici magnifiquement mise en image.

 

C’est alors qu’on peut se pencher sur le sens du titre. Sapiens, comme celui qui sait  et qui peut ? Ou ironiquement comme celui qui ne sait pas et ne peut rien ? Sans doute est-ce à chaque spectateur de le décider.

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Changements climatiques et migrations

“Et si votre communauté devait décider de quitter sa patrie pour toujours et sans aide ? C’est la réalité de la communauté polynésienne de Takuu, un petit atoll à faible altitude dans le Pacifique. À mesure que les submersions marines inondent les maisons déjà endommagées, la communauté Takuu connaît les effets dévastateurs du changement climatique. »

image FB copieprojection le mardi 12 décembre à 19h
au Phare à Uccle

Entrée libre

Le film pose le sujet des populations contraintes d’abandonner leur île et avec elle probablement leur culture.

 Quand on perd quelque chose de petit dans ce monde alors on perd beaucoup. — –

Le film sera suivi d’une discussion en compagnie de Maura Bulgheroni, doctorante FNRS qui fait actuellement une thèse interdisciplinaire en ethnoécologie. Son objectif est l’étude du changement climatique et de l’adaptation des populations locales. La recherche sur le terrain occupe pour elle une place prépondérante. Elle revient de l’Himalaya indien où elle a séjourné chez les « Gaddi » (bergers agro-pastoraux) semi-nomades de Bharmour en Himalaya (Himachal Pradesh, Inde du Nord).

Le festival HUGO
Cette projection est programmée en lien avec le festival Hugo qui s’est déroulé à Liège en novembre dernier, organisé par  l’Observatoire Hugo de l’Université de Liège, du nom du professeur Graeme Hugo (1946-2015). C’est la première structure de recherche au monde spécifiquement dédiée à l’étude des changements environnementaux et les migrations. L’Observatoire Hugo réunit des chercheurs et des praticiens des sciences sociales et des sciences de l’environnement, afin d’examiner les multiples liens qui existent entre migrations, changements de l’environnement, et politique(s).

Les migrations environnementales
L’étude des migrations environnementales est aujourd’hui un domaine de recherche en pleine expansion. On désigne par-là l’ensemble des mouvements de populations (forcés et volontaires) associés à des dégradations de l’environnement, que celles-ci soient brutales, comme des catastrophes naturelles ou industrielles, ou plus progressives, comme de nombreux impacts du changement climatique (désertification, aridification, hausse du niveau de la mer, etc.). Les dégradations de l’environnement sont aujourd’hui devenues un facteur majeur de migrations et de déplacements dans le monde : depuis 2008, les seules catastrophes naturelles ont déplacé en moyenne 26 millions de personnes chaque année, soit trois fois plus que les guerres et conflits. Cette question est devenue au cours des dernières années un sujet de préoccupation majeur des organisations internationales et des gouvernements, et a fait l’objet d’un nombre croissant de travaux de recherche, à la fois empiriques et théoriques. En octobre 2015, dans le cadre de l’Initiative Nansen (un processus intergouvernemental initié par la Suisse et la Norvège), 109 gouvernements ont adopté à Genève un agenda international de protection pour ces migrants. En décembre 2015, la COP21 a officiellement décidé de la création d’une task-force internationale pour traiter la question. Cette task-force a été constituée lors de la COP22 à Marrakech en 2016. Par ailleurs, les migrations sont aussi reconnues comme une possible stratégie d’adaptation aux impacts du changement climatique, et ont donc vocation à être discutées dans le cadre des négociations internationales sur le climat. Ce sera à nouveau le cas lors de la COP23 à Bonn.

Cet événement est le fruit d’un partenariat entre PointCulture, la bibliothèque – médiathèque d’Uccle Le Phare, l’IGEAT et l’ULB.

The Messenger – le silence des oiseaux

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Les oiseaux sont des messagers. Intimement liés à leur habitat, ils peuvent alerter sur l’état des écosystèmes dont nous dépendons nous aussi. Un rôle qu’ils ont souvent assuré, annonçant les changements de saisons ou bien, en sentinelles, percevant avant les hommes les trop grandes concentrations de monoxyde de carbone au fond des mines.

Le film se concentre sur les oiseaux migrateurs. Les difficultés qu’ils rencontrent aujourd’hui sont nombreuses et se combinent pour compliquer leur épreuve, déjà longue de plusieurs centaines de kilomètres pour certains : la pollution sonore et lumineuse, les changements climatiques, la chasse… Et puis bien entendu la déforestation, le morcellement des espaces de nature et l’urbanisation. Les reflets des paysages et des lumières sur les fenêtres des bureaux troublent leurs sens et les oiseaux heurtent violemment les parois puis tombent au sol. Des dizaines de petits corps brisés peuvent ainsi joncher le pied des hautes façades en période de migration.

Tourné au quatre coins du monde, le film alterne les témoignages de scientifiques, de militants et d’amoureux des oiseaux  pour mêler aux informations scientifiques de magnifiques images de vol et des détails techniques sur les technologies utilisées dans le suivi des migrateurs.

Le regard porté sur les oiseaux, filmés en plein vol au ralenti, est ici résolument poétique et ému.

 

Film disponible chez PointCulture

 

Frédérique Müller

Bousse nabab – les Maîtres-chèvres

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Rémi est un paysan flamand. Il tire sa vocation de son enfance. Non pas que sa famille l’ai incité à reprendre une exploitation familiale, loin de là. Son père lui répétait même de « bien étudier, ainsi, il n’aura pas à devenir paysan ». Sa vocation lui vient d’ailleurs, de l’émotion de sa mère qui, regardant le journal télévisé, s’émouvait de voir des enfants mourir de faim en déplorant qu’il devait être terrible pour une mère de voir ses enfants affamés. Cette émotion, il en a été témoin, et touché, a décidé qu’il était là le grand défi pour l’avenir de l’humanité : que tout le monde mange à sa faim, et ce, sans détruire la planète.

Ainsi, quelques années plus tard, il fonde le mouvement « Paysans sans frontière » et accompagne des paysans du Burkina Faso et d’ailleurs dans l’adoption de nouvelles pratiques agricoles durables.

Ce que Remi répète plusieurs fois à l’écran, c’est qu’il est important de ne pas faire à la place des autres. Il faut rendre les paysans du monde autonomes dans leurs pratiques. Sa devise : « voir, faire, comprendre et adapter à sa propre réalité ».

Dans ce portait, on le voit qui aime mettre la main à la pâte, se déplacer, face à la caméra on le sent animé d’une vrai volonté de convaincre appuyant ses propos par de larges gestes des mains.

Le film raconte la démarche de ce paysan au franc-parler qui revient sans arrêt au faire et au travail quotidien. Direct mais sensible, se trouvant à l’étroit dans les labels, ses ambitions sont grandes mais à la hauteur du défi qui attend l’humanité à la fin de ce siècle.

film disponible chez PointCulture

Frédérique Müller

 

La fête des possibles

Bandeau

 

Le mode de vie moderne, fondé sur la croissance et l’abondance des combustibles fossiles, s’épuise. Différentes études se complètent pour conclure à la fin du modèle économique du capitalisme industriel, et ce, probablement avant la fin du XXIe siècle. Comme premiers signaux, les différentes crises qui se succèdent et se font échos : économiques, sociales, politiques, environnementales, etc.

Ce constat pousse à imaginer des alternatives et redéfinir des concepts clés comme le progrès, la prospérité et tout un système de valeurs. Il ne s’agit pas seulement de survivre aux changements climatiques et à la fin du pétrole mais de construire une société qui puisse mieux répondre aux besoins essentiels des humains, qu’ils soient physiques, psychologiques ou même spirituels.

Sur ce vaste chantier de réflexion et d’expérimentation, le citoyen occupe une place essentielle. Depuis plusieurs dizaines d’années, certains ont commencé à expérimenter des alternatives dans des domaines variés tels que l’économie, l’alimentation, l’énergie, la consommation, l’éducation, etc. Ensemble, ces initiatives concourent à provoquer un véritable bouleversement culturel par les changements de cadres qu’elles opèrent.

Pour découvrir, comprendre et soutenir ces initiatives, une Fête des possibles se tiendra en Belgique et en France du 18 au 30 septembre.

Activités dans les PointCulture

PointCulture soutient la fête des possibles et y participe à sa manière en proposant des activités qui interrogent notre rapport à la ville dans le cadre de sa thématique URBN.

Une journée entière consacrée à la ville poétique au PointCulture Liège

Un atelier de construction de mobilier urbain avec des matériaux de récupération au PointCultureNamur

Dix films à voir – et disponibles chez PointCulture

Ci-dessous, une sélection de dix films qui permettent de découvrir des initiatives dans des domaines variés (alimentation, énergie, mobilité, etc.), en Belgique et ailleurs, mais aussi d’aborder des questions de fond :

En quête de sens, un voyage au-delà de nos croyances (Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière, 2015)

Demain (Mélanie Laurent et Cyril Dion,  2015)

Cultures en transition (Nils Aguilar, 2012)

La Possibilité d’être humain (Thierry Krugger et Pablo Girault, 2013)

L’Urgence de ralentir (philippe Borrel, 2014)

Sur les routes d’une Belgique sans carbone (Alexander Van Waes, 2015)

Les Liberterres (Jean-Christophe Lamy – Paul-Jean Vranken, 2009-2015)

Visions citoyennes 1 et 2 (Christophe Joly, 2013)

Tout s’accélère (Gilles Vernet, 2016)
Et bien d’autres en cours d’acquisition…

Et sur le web

On passe à l’acte : un site passionnant abritant des interviews de porteurs d’initiatives et des réflexions

Le Flipper de la transition : un web documentaire dynamique sur des initiatives de transition belges

Pour aller plus loin…

Outre l’intérêt évident qu’apportent les initiatives de transition en termes d’expérimentation pratique et d’innovation dans la conception d’une société sans pétrole, d’autres apports majeurs naissent de l’analyse des différents processus à l’œuvre dans la mise en place de ces alternatives : réflexion sur les méthodes de travail participatif, soin accordé aux processus émotionnels, remise en question des contextes culturels et historiques qui fondent une société, etc. Pour découvrir ces aspects, voici quelques références à consulter :

Une conférence filmée sur la collapsologie et la transition avec Pablo Servigne, co-fondateur du concept de collapsologie et Vincent Wattelet du réseau Transition belge lors d’une conférence donnée en juin 2017 au PointCulture Bruxelles dans le cadre de la thématique Nature Culture :

 

Un livre : Petit traité de résilience locale, en collaboration avec Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Hugo Carton, 2015, Éditions Charles Leopold Mayer.

Un article dans la revue Culture et Démocratie n° 44 de janvier 2017 sur l’imaginaire du futur avec Vincent Wattelet (réseau Transition) et Frédérique Müller (PointCulture) :

Une revue : le numéro 123 (septembre/octobre) de Imagine, demain lemonde – « Vivre en préparant la fin du monde »
Frédérique Müller


fete-des-possibles.org

En quête de sens

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Ce film est le récit de la prise de conscience d’un dysfonctionnement à la fois sur le plan sociétal et sur le  plan personnel pour Marc de la Ménardière, narrateur et co-auteur de ce récit filmé par son ami d’enfance qu’il vient de retrouver.

 

Marc travaille pour une multinationale de commerce d’eau en bouteille à New York lorsqu’il se casse le pied et, immobilisé, s’attaque à une pile de films documentaires sur la marchandisation du monde recommandés par un ami d’enfance en visite. Il prend alors conscience qu’il fait partie du problème et décide de se joindre à son ami, Nathaël Coste pour comprendre comment amener le changement.

 

Combinant une quête personnelle de retrouver du sens à la vie à un besoin de compréhension des mécanismes, c’est un film sur le chemin parcouru, tant en termes de kilomètres autour du monde que d’heures de réflexion (et très certainement aussi de montage). Ce chemin est fait de découvertes, de questions et surtout de rencontres.

 

Avec des sensibilités et des pratiques différentes, chaque intervenant, à sa manière, offre des possibilités. Le film rapporte ainsi la parole de scientifiques, d’historiens, d’économistes, de chamans et de guides spirituels, de penseurs et de militants. Toutes les personnes sont interrogées avec curiosité et enthousiasme. Au spectateur ensuite de faire son propre chemin, son propre travail de digestion pour s’interroger sur ces choix que nous faisons en ayant souvent pas ou trop peu réfléchis. L’envie d’aller à chaque fois plus loin dans la complexité que sur le plan personnel se lit dans le regard des deux amis.

 

Ce film ose aller là où beaucoup d’autres s’arrêtent en s’aventurant sur la voie de l’introspection ; de la spiritualité, de ce que la volonté de changement opère en soi. Il aborde ainsi des aspects essentiels aujourd’hui. Un film ambitieux et réussi.

Film disponible chez PointCulture

Frédérique Muller

Publication : Le climat sous les projecteurs

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Des sélections commentées de documentaires pour mieux comprendre le fonctionnement et le dérèglement de la machine climatique et des analyses de films de fiction pour identifier et comprendre les représentations que le cinéma à la fois véhicule et participe à construire autour des changements climatiques.

PointCulture met à disposition des documentaires et des fictions sur le thème du climat et propose cette brochure gratuite (108 pages) qui rassemble des sélections commentées de films et des analyses pour identifier les représentations que le cinéma à la fois véhicule et participe à construire sur les changements climatiques.

Pour cette réflexion, nous avons placées les films sous le regard expert de scientifiques : Jean-Pascal van Ypersele (climatologue et vice-président du GIEC de 2008 à 2015) et Valérie-Masson Delmotte (paléo-climatologue et co-présidente au sein du GIEC pour le groupe de travail n°1) ; de Jean-Baptiste Fressoz (historien des sciences) et de spécialistes l’Education aux médias de Média Animation et de conseillers de PointCulture.
Brochure consultable et téléchargeable sur le site de PointCulture : http://pointculture.be/files/website-files/14/ec/f1/brochure_climat.pdf

& Disponible gratuitement en format papier dans tous nos PointCulture et Médiathèque (www.pointculture.be) ou sur simple demande à frederique.muller@poinculture.be

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L’Anthropocène : 15 films et 1 conférence

 

L’anthropocène : un terme autour duquel se rassemblent géologues, climatologues, écologues, historiens et philosophes. Une ère géologique nouvelle marquée par la puissance de l’impact des activités humaines, l’humanité se révélant en même temps incapable de maitriser les effets de ce flot d’innovations technologiques et de dégradations de l’environnement dopé par un modèle de vie consumériste qui refuse les limites. L’Homme est désormais capable de modifier le système Terre, depuis son incidence sur le minuscule (cycle de l’azote ou du phosphore par exemple) jusqu’aux phénomènes systémiques complexes comme le climat de la planète.

Cette ère nouvelle, pour être officialisée par la commission internationale de stratigraphie, doit attendre une décision en 2016. Certains scientifiques la font commencer bien avant, mais elle aurait débuté avec l’ère thermo-industrielle, quand déjà, les pénuries de ressources naturelles ont motivé l’invention de la machine à vapeur. Depuis, des bateaux de pêche toujours plus efficaces et mieux armés pour des prises qui se font de plus en plus rares, une 6e crise d’extinction des espèces, le réchauffement climatique, la déforestation, l’appauvrissement des sols agricoles, l’acidification des océans, etc.

Avant 2016, voici un rapide aperçu en 15 titres de l’impact des activités humaines pour repenser la notion de progrès telle qu’on la définit depuis le 19e siècle sous l’influence du modèle industriel :

 

the great squeeze couvThe Great Squeeze – TM4231 : Remettre en question un modèle de développement en examinant les grandes crises écologiques et économiques actuelles.

Simplicité volontaire  et décroissance, volume 3 – TL7983 : Poser les bases philosophiques pour un regard critique sur un mode de vie consumériste qui détruit la nature et l’humanité.

Regards de climatologues – TP7151 : Comprendre le rôle du dioxyde de carbone et poids actuel des activités humaines sur son cycle et le climat.

Mister Carbone – TM5474 : Comprendre le lien entre le modèle économique et industriel et l’impact des émissions de dioxyde de carbone.

Tipping Point – TM8551 : Faire le lien entre le réchauffement climatique et les modifications de l’écosystème marin (acidification et perte de biodiversité).  

Gulf Stream, le talon d’Achille du climat – TM4361 : Mesurer l’importance des mécanismes de régulation du climat comme le Gulf Stream et imaginer les conséquences de leur perturbation.

Notre pain quotidien – TL6431 : Découvrir les processus modernes de production alimentaires sous l’influence du modèletipping pointb industriel.

Lovemeatender – TN4391 : Comprendre sous un angle systémique les problèmes de la production alimentaire à l’aide d’un exemple : la production de viande.

La fièvre de l’or – TM3931 : Regarder les ravages des techniques d’orpaillage sur l’environnement naturel et social : déforestation, violence, empoisonnement au mercure, etc.

Losing Tomorrow – TM5091 : Déplorer la destruction de la biodiversité végétale et animale, notamment la destruction de la population  d’orang-outang, suite aux activités de l’industrie du bois en Indonésie.

The End Of The Line – TM3760 : Découvrir, de la Grande-Bretagne au Sénégal, en passant par la Chine ou les Etats-Unis, le pillage des ressources marines.

Accros au plastique – TM0251 : Découvrir la pollution de l’environnement par résidus de plastique jusqu’à la formation de gigantesques vortex à la surface des océans.

La grande invasion : Comprendre le lien entre modèle de consommation et production de déchets à l’aide de l’invasion des matières synthétiques comme le plastique.

un nuage sur le toit du monde couvUn nuage sur le toit du monde – TM8975 : Découvrir les nuages noirs de pollution atmosphérique à 5000 m d’altitude dans l’Himalaya où l’air est désormais tout autant pollué que dans les villes d’Europe pour mettre en évidence les liens entre pollution, réchauffement climatique, système hydraulique et agriculture de la région.

Into Eternity – TW4841: S’interroger sur les notions de responsabilité à très long terme de notre mode de vie actuel avec l’exemple de l’enfouissement des déchets radioactifs dans le sous-sol finlandais pour une durée d’au moins cent mille ans.

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus : RDV le 21.02.14 au PointCulture de Bruxelles Centre pour la conférence :

L’événement anthropocène : une révolution géologique d’origine humaine

Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences au CNRS, fait le récit des impacts humains sur l’environnement dans son livre « L’événement anthropocène » (Seuil 2013) et nous invite à vivre et agir politiquement autrement. Il met en cause nos idées reçues sur notre prétendue « prise de conscience environnementale ». Histoire d’une nouvelle ère géologique qui appelle l’émergence de pratiques culturelles adaptées aux enjeux environnementaux.

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mer et relations fragiles

Relation fusionnelle

Liés par des mécanismes de rétrocontrôle complexes, le climat et l’océan forment un couple fusionnel. Ce qui touche l’un, atteint l’autre. REGARDS DE CLIMATOLOGUES permet de comprendre la nature et l’importance de cette union qui amène par exemple l’océan à stocker le gaz carbonique de l’atmosphère.

Depuis une cinquantaine d’années, le couple bénéficie malgré lui d’une surveillance rapprochée. L’océan par exemple est concerné par plusieurs programmes de recherche. Comme ils le feraient au chevet d’un malade, les scientifiques mesurent sa salinité, sa température, la vitesse, l’acidité et la direction de ses courants, mais aussi l’état de santé des espèces qu’il héberge, comme autant d’indices de la santé dela planète. Lesconclusions de ces études sont souvent inquiétantes. L’harmonie des mécanismes est rompue.   

Relation à trois

Depuis la révolution industrielle, les activités humaines émettent d’importantes quantités de gaz à effets de serre qui s’accumulent et participent au réchauffement global dela planète. Celui-ci, associé à d’autres pressions exercées directement sur les ressources marines (pêche et pollutions diverses), crée de nombreux déséquilibres qui s’additionnent et se conjuguent pour constituer une menace qui pèse aujourd’hui sérieusement sur la biodiversité.

L’impact des activités humaines amène des scientifiques tels que le glaciologue Claude Lorius à concevoir et décrire une nouvelle ère qui débute avec la révolution industrielle : l’anthropocène. Un néologisme qui souligne l’influence des activités d’origine anthropique sur l’évolution dela planète. C’est donc l’homme qui écrit aujourd’hui l’histoire de l’océan, tout du moins en grande partie, car on ne connait pas encore toutes ses réactions face aux brutales modifications qu’on lui inflige.

Le réchauffement global engendre un apport d’eau douce qui modifie sensiblement la salinité des mers et risque de perturber la circulation des courants marins. Parmi ces courants, le Gulf Stream, dont l’altération pourrait perturber le climat du littoral européen (GULF STREAM, LE TALON D’ACHILLE DU CLIMAT). L’océan subit les modifications du climat puis y participe à son tour. Outre leur implication dans la régulation du climat, les courants marins sont aussi des corridors écologiques au rôle essentiel dans la circulation de nombreuses espèces marines comme le plancton, certaines tortues ou baleines. Dans FINDING NEMO, les héros voyagent avec les tortues qui empruntent le courant est-australien pour gagner l’Australie. L’océan est aussi particulièrement sensible à l’augmentation du taux de gaz carbonique qu’il absorbe désormais en plus grande quantité (près de la moitié des émissions anthropiques), ce qui entraine une acidification des eaux. TIPPING POINT décrit les techniques et les objectifs d’un programme scientifique chargé de l’étude de la modification du pH des océans et des conséquences qui en découlent. En empêchant la production de calcaire, l’acidification fragilise par exemple la population d’organismes planctoniques, les organismes à squelette et coquille calcaires  (les foraminifères) et le corail. DES CORAUX POUR DECRYPTER LE CLIMAT alerte sur le sort du corail : deux tiers des récifs coralliens du monde sont fortement abîmés alors même qu’ils semblent pouvoir fournir de précieuses informations sur l’histoire du climat et constituent un habitat irremplaçable pour de nombreuses espèces. 

Les changements climatiques aggravent les méfaits occasionnés par d’autres atteintes à l’équilibre des écosystèmes : dégradation des écosystèmes du littoral ; pollutions liées aux exploitations minières et pétrolières ; pollution sonore et par les hydrocarbures (ENVOYE SPECIAL – DEGAZAGE EN MER) ; aménagements des fleuves et des zones côtières (RIVAGES, volumes 1 & 2 : cas de l’estuaire de la Seine, de la baie de Somme, du Mont Saint-Michel ou de Gruissan en France), introduction d’espèces invasives ; pollution chimiques (cas du mercure stocké dans la viande de poissons tels que le thon développé dans un bonus de THE COVE) et par le plastique (ACCROS AU PLASTIQUE et personnage de Lovelace dans HAPPY FEET ). L’omniprésence de ce matériau, dont la production et la consommation se sont accélérées depuis la seconde guerre mondiale et le développement d’un mode de vie « jetable », génère d’importantes quantités de déchets très difficiles à recycler. Le plastique, sous forme de nappes de déchets flottants ou décomposé sous forme de pastilles, ne disparait pas. Il circule et s’accumule dans l’organisme des êtres vivants causant une importante mortalité et perturbant gravement le système hormonal et reproducteur.

Relation d’intérêts

L’océan abrite 80 % de la biodiversité connue, depuis le minuscule du plancton agité jusqu’aux majestueuses et tranquilles baleines. La mer du Nord héberge par exemple de très nombreuses espèces. Elle constitue un milieu précieux pour la nature mais aussi pour l’activité économique des hommes (DOCKS & COCKERS pour un aperçu de l’histoire des six ports maritimes belges). Malheureusement, la biodiversité y est menacée par les changements climatiques, l’introduction d’espèces invasives, des rejets de produits toxiques (déchets radioactifs, égouts, rejets industriels et agricoles charriés par les fleuves, etc.) et par une activité de pêche qui épuise les stocks de poissons. Dans le cadre d’une activité devenue industrielle, les bateaux, redoutablement équipés pour la détection et le ramassage des poissons, vident peu à peu les mers. C’EST PAS SORCIER, PECHE : LES POISSONS ONT LE MAL DE MER illustre l’évolution des techniques de pêche et d’une politique européenne toujours discutée concernant le principe des quotas. LES DAMNES DE LA MER, plus critique, dénonce les méfaits autant sur les écosystèmes que pour la population locale, d’une pêche intensive responsable de la disparition des bancs de sardine au large du Maroc. Un rapport de la F.A.O. estime qu’aujourd’hui, près de 80 % des stocks de poissons sont menacés (complètement exploités à 52 %, surexploités à 16 % et effondrés à 8 %). Parmi les espèces au statut le plus critique, la crevette rose, le flétan de l’Atlantique, le cabillaud, le saumon de l’Atlantique, la sole, le thon rouge.

Références :
Dossier F.A.O.
Dossier du CNRS
Dossier Greenpeace

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