Milieu

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Un film magnifique qui permet au spectateur de se promener dans la montagne japonaise sur l’île de Yakushima. Une île battue par les vents, plongée dans une brume qui protège les mystères d’une relation forte et spirituelle à la nature. Le voyage se fait en compagnie d’un entomologiste passionné de papillons qui nous guide entre les grands arbres centenaires et les divinités, au cœur d’une cohabitation subtile et ritualisée entre les habitants de la montagne. Des pierres marquent l’entrée du domaine des esprits, là où s’arrêtent les oiseaux,… des croyances qui bien qu’ancestrale, évoluent et s’adaptent aux nouveaux besoins. Un miroir, des statues de pierres aident désormais à donner une forme à ce en quoi il faut croire. « La croyance (en la nature) a pour objet quelque chose qui n’a pas de forme. Les gens d’autrefois avaient la force de croire à ces objets sans forme ». Aujourd’hui, il faut guider le regard.

Tandis que le vent s’intensifie à l’approche d’un typhon, une voix off nous aide à comprendre cette expérience de la nature que nous livre notre guide. C’est la voix  du philosophe et géographe Augustin Berque qui raconte l’histoire de notre relation avec la nature. Il explique notamment que ce qu’il faut cultiver c’est cette articulation entre une perception individuelle de la nature et une perception construite par la société marquée par l’apparition du concept d’un milieu extérieur à l’homme. Depuis lors, la nature transformée en objet l’est aussi en termes d’objet universel qui se présenterait de la même manière à tous alors que l’expérience de nature reste profondément individualisée.

En dehors des voix de ces deux compagnons de voyage, c’est le silence. Rompu parfois par quelques sons de la nature, il est peu à peu enseveli sous le bruit d’un vent fort à l’approche d’un typhon qui ne fait que passer sur la montagne.

 

disponible à PointCulture

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The Messenger – le silence des oiseaux

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Les oiseaux sont des messagers. Intimement liés à leur habitat, ils peuvent alerter sur l’état des écosystèmes dont nous dépendons nous aussi. Un rôle qu’ils ont souvent assuré, annonçant les changements de saisons ou bien, en sentinelles, percevant avant les hommes les trop grandes concentrations de monoxyde de carbone au fond des mines.

Le film se concentre sur les oiseaux migrateurs. Les difficultés qu’ils rencontrent aujourd’hui sont nombreuses et se combinent pour compliquer leur épreuve, déjà longue de plusieurs centaines de kilomètres pour certains : la pollution sonore et lumineuse, les changements climatiques, la chasse… Et puis bien entendu la déforestation, le morcellement des espaces de nature et l’urbanisation. Les reflets des paysages et des lumières sur les fenêtres des bureaux troublent leurs sens et les oiseaux heurtent violemment les parois puis tombent au sol. Des dizaines de petits corps brisés peuvent ainsi joncher le pied des hautes façades en période de migration.

Tourné au quatre coins du monde, le film alterne les témoignages de scientifiques, de militants et d’amoureux des oiseaux  pour mêler aux informations scientifiques de magnifiques images de vol et des détails techniques sur les technologies utilisées dans le suivi des migrateurs.

Le regard porté sur les oiseaux, filmés en plein vol au ralenti, est ici résolument poétique et ému.

 

Film disponible chez PointCulture

 

Frédérique Müller

Forêt en ville

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Une forêt à demi dissimulée dans la brume, des empreintes d’oiseaux qui serpentent sur un lac gelé, un soleil pâle encore endormi derrière les nuages, on pourrait être dans une vaste forêt de montagne mais la forêt de ce film se situe au sud-est de Bruxelles. C’est une forêt en ville, à portée de tram, qui pénètre jusqu’à 4 km du centre la capitale européenne.

C’est un lieu de rencontres de citadins qui s’y croisent pour se balader, seuls ou en famille, y promener leur chien le matin à la hâte ou plus longuement le weekend, amateurs de nature, de champignons, de chevreuils et d’oiseaux, d’arbres, des cyclistes, des artistes, des photographes, des groupes scolaires et des cavaliers, tous racontent ici leurs attentes et avec ces témoignages, c’est toute la personnalité de cette forêt urbaine qui apparait. Des promeneurs, des artistes, des gestionnaires de la forêt qui chantent en plein travail, des historiens, les témoignages se succèdent comme si le réalisateur du film les rencontrait au hasard de sa balade. Chacun participe à sa manière à la vie de cette forêt.

 

film disponible chez PointCulture

Bousse nabab – les Maîtres-chèvres

bousse nabab couv

 

Rémi est un paysan flamand. Il tire sa vocation de son enfance. Non pas que sa famille l’ai incité à reprendre une exploitation familiale, loin de là. Son père lui répétait même de « bien étudier, ainsi, il n’aura pas à devenir paysan ». Sa vocation lui vient d’ailleurs, de l’émotion de sa mère qui, regardant le journal télévisé, s’émouvait de voir des enfants mourir de faim en déplorant qu’il devait être terrible pour une mère de voir ses enfants affamés. Cette émotion, il en a été témoin, et touché, a décidé qu’il était là le grand défi pour l’avenir de l’humanité : que tout le monde mange à sa faim, et ce, sans détruire la planète.

Ainsi, quelques années plus tard, il fonde le mouvement « Paysans sans frontière » et accompagne des paysans du Burkina Faso et d’ailleurs dans l’adoption de nouvelles pratiques agricoles durables.

Ce que Remi répète plusieurs fois à l’écran, c’est qu’il est important de ne pas faire à la place des autres. Il faut rendre les paysans du monde autonomes dans leurs pratiques. Sa devise : « voir, faire, comprendre et adapter à sa propre réalité ».

Dans ce portait, on le voit qui aime mettre la main à la pâte, se déplacer, face à la caméra on le sent animé d’une vrai volonté de convaincre appuyant ses propos par de larges gestes des mains.

Le film raconte la démarche de ce paysan au franc-parler qui revient sans arrêt au faire et au travail quotidien. Direct mais sensible, se trouvant à l’étroit dans les labels, ses ambitions sont grandes mais à la hauteur du défi qui attend l’humanité à la fin de ce siècle.

film disponible chez PointCulture

Frédérique Müller

 

Les chèvres de ma mère

Ce film sur la transmission d’une ferme au cœur des Gorges du Verdon mêle deux histoires, celles de deux femmes qui s’engagent pour le même métier dans un même creux de montagne mais sont confrontées à des réalités bien différentes.

les chevres de ma mere couvMaguy prend sa retraite et transmet son exploitation à la jeune Anne-Sophie qui lui succède dans le cadre d’un parrainage. Les débuts de la jeune fille renvoient Maguy à sa propre histoire et le spectateur est témoin du décalage qui sépare les deux femmes.

Le parcours d’Anne-Sophie témoigne de la réalité du monde agricole aujourd’hui et de la difficulté de s’installer pour les nouveaux agriculteurs face à la lourdeur des démarches administratives et au poids des réglementations, notamment sanitaires. Alors que Maguy s’installait dans les gorges du Verdon après mai 68 dans une bergerie en pierre, faisant le choix de la rupture avec une société dont elle voulait s’éloigner, Anne-Sophie fait livrer une bergerie « tout en plastique, stérile et prête à brancher », un bloc de 12 mètres de long sur 3 mètres de large, parfaitement aux normes et prêt à être posé quelque part, reste à choisir l’endroit et ce n’est pas chose facile tant l’esthétique du paysage semble menacé par l’entreprise. Le film peut sembler un peu caricatural : le portrait d’une ancienne soixante-huitarde éprise de liberté qui s’installait il y a 40 ans dans la montagne, parce qu’elle en avait envie et besoin, apprenant le métier à la dure et en autodidacte, se heurte à celui de la jeune débutante, pas toujours à l’aise, sortant de l’école, encore en apprentissage, assistée par des aides financières qui en même temps la contraignent et l’étouffent. Avec ces deux femmes, c’est l’impossible comparaison du passé avec le présent, des générations entre elles.
Au-delà des portraits, le film raconte surtout l’émotion et la douleur d’une transmission, de ce cheminent à faire, éminemment intérieur pour Maguy, qui doit accepter de laisser s’échapper les choses, de se séparer de son troupeau, fruit de plusieurs années de sélection, de travail, de choix et d’attachement, mais aussi de ses faisselles, ces petits seaux de plastique perforés, usés, qu’elle a manipulés toute sa vie et avec lesquels elle a appris son métier, s’est forgé une pratique. Elle ne veut pas les céder au début du film, y consent à la fin.

Souvent critique et doutant de la qualité des fromages qui seront produits après elle, Maguy semble sceptique à l’égard du projet d’Anne-Sophie durant la majeure partie du film. Le spectateur ne décèle que progressivement, par petites touches, et surtout dans le dernier tiers, toute la tristesse et la douleur de cette femme devenue bergère qui se prépare à quitter la ferme et son troupeau. Au presque terme du film, Maguy admet être toujours incapable de se projeter dans un avenir sans chèvres. Le film accompagne cette véritable progression émotionnelle et se fait le témoin, au fil des saisons de la difficulté de la cessation d’activité et de cette transmission qui a peut-être aussi de compliqué qu’elle est sans lien de filiation.

Automne 2012, les derniers gestes pour l’une, les dossiers interminables pour l’autre. Le film s’achève, non pas sur la réelle passation d’activité car Anne-Sophie est toujours aux prises avec d’inextricables complications administratives et financières, mais quand Maguy fait ses au-revoirs à ses chèvres.

Leviathan

Il ne ronronne pas, ne ronfle pas comme un gros navire de croisière mais il grince. Il fait s’entrechoquer les lourdes chaines qui hissent les filets, heurte les rouleaux que lui oppose la mer. Le chalutier avance grossièrement en surface, obstinément, par tous temps, de jours comme de nuit.

A son bord, des hommes s’agitent, silencieux et concentrés. Ils tirent, poussent et ramassent sur un rythme effréné. Ils s’affairent autour du flux de poissons et de coquillages que les bateaux charrient. Épuisés, hagards, abimés, ils font parfois une pause au cœur de la nuit.

La machine tire bruyamment les longs filets qui extirpent inexorablement la vie des océans et rejette à la mer des morceaux de corps de poissons coupés par le travail des pêcheurs, meurtris par l’étreinte des filets ou écrasés par la remontée depuis les profondeurs.

Les oiseaux, intrépides charognards, suivent avec intérêt le sillon de ces Léviathans et se risquent parfois à bord avant de vite s’en enfuir.

Le film nous plonge au cœur du long et périlleux travail à bord des navires de pêche. L’image semble crue, moderne mais granuleuse. Les couleurs très contrastées et la bande son sont très travaillées. Les plans se succèdent, vue subjective, macroscopique ou plans plus larges, sans pour autant perdre en cohérence. Une série de caméras ont été fixées aux hommes, aux machines et aux bateaux. L’une d’elle, fixée à la coque d’un navire, plonge juste sous la surface des eaux noires de l’océan et remonte brièvement vers un ciel lourd comme pour reprendre haleine. Le regard du spectateur est soumis aux mouvements des hommes et des machines, les plans brouillant parfois les repères dans l’espace.

Pas de commentaires, ni d’interviews ou de discours didactique sur le travail des pêcheurs mais un film étrange, aux ambiances psychédéliques, fasciné par la mythologie de la pêche. L’homme, le marin, est ici au cœur de la bête-machine, au cœur de l’océan mythologique.

Des abeilles et des pesticides

abeille-couleur @clotilde goubely copie“Des abeilles et des pesticides”

Projections et activités du 20 au 28 mars

à Louvain-la-Neuve, Liège et Bruxelles (Uccle)

 

 

Dans le cadre de la semaine sans pesticides organisée du 20 au 30 mars 2015, PointCulture propose plusieurs activités :

– une série de projections du film « La reine malade » : un très beau témoignage d’un la reine malade couvapiculteur canadien qui raconte sa vision du métier et aspire à une agriculture mieux intégrée à l’environnement ais aussi au tissu social.

– Et puis, pour mettre en lien le film avec son contexte, nous avons invité toute une série d’asbl et d’apiculteurs pour en savoir plus sur les abeilles, les menaces qui pèsent sur elles et réfléchir aux pratiques agricoles en général.

L’on pourra donc en fonction du lieu : Observer des abeilles dans une ruche vitrée, boire de l’hydromel, écouter des contes, assister à une conférence ou à un spectacle, construire un hôtel à insecte, découvrir des alternatives à l’utilisation des pesticides, etc.

Programme complet :

Liège – Mercredi 25.03

15h10 : « L’abeille, sentinelle de l’environnement », conférence sur les causes de disparition des abeilles par Didier Brick, biologiste et apiculteur, collaborateur du Service d’Ethologie de l’ULg, actif au sein des Amis de la Terre, formateur à la Fédération Liégeoise d’Apiculture et consultant dans le cadre du Plan Maya de la Ville et de la Province

16h45 : Bar à bières artisanales au miel, dégustation et vente de miel en présence des apiculteurs Xavier Mossoux et Philippe Meloni (BeeGold) accompagné de ses abeilles dans leur ruche vitrée !

Liège – Vendredi 27.03

15h15 : Projection du film « La reine malade », témoignage d’un apiculteur canadien qui défend un modèle d’agriculture mieux intégré à l’environnement mais aussi au paysage et au tissu social

16h50 : « Le monde des abeilles », une animation en 10 points pour découvrir les abeilles avec du matériel apicole et des éléments ludiques par Sylvie Decerf, guide nature

17h30 : Bar à bières artisanales au miel, dégustation et vente de miel en présence de Philippe Meloni, apiculteur chez BeeGold, accompagné de ses abeilles dans leur ruche vitrée !

De 15h à 19h : Dégustation de gaufres et d’hydromel avec la Confrérie du Grand Apier de Tilff

Uccle – Du 23.03 au 28.03

Exposition de Natagora sur le jardin au naturel par le dessinateur Servais : récolte d’eau de pluie, alternatives aux pesticides, aménagements naturels : compost, mare, haie, nichoirs, etc.

Uccle – Jeudi 26.03

19h : Projection du film « La reine malade », témoignage d’un apiculteur canadien qui défend un modèle d’agriculture mieux intégré à l’environnement mais aussi au paysage et au tissu social

20h30 : conseils et astuces avec Natagora sur les alternatives aux pesticides et dégustation de miel

Uccle – Samedi 28.03

14h : Mot d’introduction par Bruxelles Environnement (IBGE) en présence de la Ministre Bruxelloise en charge de l’Environnement.

14h-17h : Ateliers proposés à un public familial :
– lecture et contes à partir de 3 ans sur l’eau et les abeilles par Roxane Ca’Zorzi (de 14h à 15h)
– construction de nichoirs à insectes avec l’asbl Natagora en collaboration avec le Comité de Quartier Floride-Langevelt (de 15h à 17h)
– animation autour de l’eau à Bruxelles par l’asbl Natagora en présence de la fontaine de Vivaqua (de 16h à 17h)

14h30-16h00 : Spectacle/conférence « Graines de Voyous » : à la croisée de la conférence et du théâtre, une rencontre avec la végétation sauvage par l’asbl Ecoscénique – spectacle pour adulte avec prise en charge des enfants aux ateliers proposés – Réservation souhaitée à natureaujardin@natagora.be

Présence des associations :
– Apis Bruoc Sella (discussion sur la protection des abeilles et de l’usage des pesticides)
– Worms et les Maîtres Composteurs (conseils sur le compost)
– Natagora (conseils pour un jardin au naturel et présentation du Réseau Nature)
– et dégustation de miel avec Bernard Delforge, apiculteur et membre de la SRABE

Louvain-la-Neuve – Jeudi 26.03

18h : Projection du film « La reine malade », témoignage d’un apiculteur canadien qui défend un modèle d’agriculture mieux intégré à l’environnement mais aussi au paysage et au tissu social

19h30 : Dégustation et vente de miel en compagnie de l’apiculteur Claude Englebert et des asbl BeeLife et CARI pour en savoir davantage sur le sort des abeilles

Programme ici et

Zoos, l’enfer du décors

Vestige d’un passé colonial ou lieu d’avenir pour la conservation et l’étude des espèces ? Bien qu’il donne la parole à tous, le film tranche ici en la défaveur des parcs zoologiques et semble ne pas leur accorder de réel intérêt, présentant les recherches scientifiques et les rares programmes de réintroduction comme des alibis de communication et le discours pédagogique comme ambigüe et vain, tant le lieu continue à perpétuer un modèle de rapport homme-animal contestable.

Le film place le zoo dans son histoire coloniale sans lui trouver une véritable légitimité dans son existence actuelle, celui-ci se heurtant toujours à la contrainte de la visibilité des animaux par le public. Le zoo, comme espace de mise en scène, s’inscrit depuis toujours dans une certaine forme d’approche spectacle, et ce, au détriment des animaux inlassablement cantonnés au sujet inférieur.

Ce qui est principalement débattu par les intervenants ici, c’est l’intérêt même de la captivité. Tout d’abord, parce que les programmes de réintroduction et de recherche sont rares, ensuite, en raison de la qualité souvent relative des conditions de vie que l’on peut offrir aux animaux.

Le film place la problématique dans une perspective antispeciste et pose une question : L’intérêt supposé de la sauvegarde des espèces doit-il primer sur le vécu des individus détenus en captivité ? Les intervenants, ne prêtant majoritairement que peu de vertus aux zoos, notamment dans sa mission de sauvegarde des espèces, sont enclins à ne pas reconnaitre ce statut d’individu ambassadeur de son espèce. Ils défendent en premier lieu le bien être des individus en argumentant que la captivité ne leur convient pas. Toutes les difficultés pragmatiques et les actes quotidiens sont passés en revue : la taille des enclos et leur aménagement ; les stéréotypies que les animaux développent faute de pouvoir exprimer leurs comportements naturels et les enrichissements imaginés par le personnel pour y remédier ; etc. Les longs plans dont la durée et la répétition des mouvements qu’ils montrent rendent inutile le commentaire. Les animaux s’ennuient. L’enclos est vide pour eux, vide de sens. « L’animal n’est pas dans un oubli perpétuel. Il n’est pas cantonné à l’instant ». De cet ennui peut découler une souffrance. « L’animal ne peut même pas appeler à l’aide, les moyens qui sont les siens ne sont en général pas entendus. »

Le film évoque un courant de pensée fort répandu depuis le XXe siècle qui nie la sensibilité animale de manière implicite. En parlant par exemple de « stratégie évolutive », de « stimulus et de réponse »… hors, explique une sociologue, l’animal a bien « conscience d’un soi qui est différent de l’environnement. Voilà un fait qui peut aider à sortir de l’ornière, de dépasser cette voie sans issue autour de la question du sentiment de soi. Au sujet du rapport homme-animal, elle poursuit : « Il y a deux solutions possibles : L’homme n’a de devoir qu’envers ses semblables avec la question corolaire « qui est mon semblable ? » ou bien alors c’est la capacité à souffrir qui fonde des droits naturels (Rousseau) et le cercle des devoirs moraux s’élargit alors pour intégrer les animaux ».

Ce film résolument critique à l’égard de l’intérêt des parcs zoologiques a le mérite de faire s’interroger le spectateur sur sa propre perception de ces espaces de captivité et peut-être plus largement de l’inviter à s’interroger sur son rapport à l’animal.

Unter Menschen

Dans les années 80, un laboratoire autrichien a eu recours à l’expérimentation animale sur des chimpanzés pour servir un programme de recherche contre le sida (le programme Immuno), les animaux ayant été par ailleurs très probablement illégalement capturés dans un parc du Sierra Leone. Au départ de l’histoire de ce projet (aujourd’hui abandonné), le film Unter Menschen pose le problème du recours au modèle animal dans la recherche scientifique et ses questions intrinsèques sur : les droits des animaux ; leurs capacités de conscience et de sensibilité ; le specisme ; les conditions de détention des animaux dans les laboratoires et autres lieux de captivité ; les conditions de transport et de capture ; le trafic et la corruption à tous les niveaux de décision ; la protection de la biodiversité ; le rapport homme-animal ; le développement des méthodes dans la recherche scientifique ; etc. Mais avant tout, le film raconte l’histoire particulière d’un groupe de chimpanzés dont le destin s’est associé à celui de deux soigneuses restées à leurs côtés après l’abandon du programme de recherche.

En 1997, le programme de recherche est abandonné. Reste alors sur place une quarantaine de chimpanzés. Le groupe pharmaceutique Baxter, repreneur du programme, décide de ne pas euthanasier les animaux mais de leur offrir de meilleures conditions de fin de vie. Pour ces animaux infectés qui ont passé la quasi-totalité de leur vie confinés et isolés les uns des autres, l’espoir d’une autre vie hors de leur cage de laboratoire nécessite un programme de resocialisation. Un bâtiment est alors construit à cet effet dans un parc animalier près de Vienne, le parc Gut Aiderbichl.

Le documentaire s’ouvre sur un panneau jaune « défense d’entrer » cassé en morceaux. Dans la poussière, une voiture pénètre sur un vaste terrain qui résonne des cris des chimpanzés enfermés dans le bâtiment austère que l’on aperçoit plus loin. Les travaux sont toujours en cours, on attend le financement pour un enclos extérieur depuis 6 ans. Derrière ce mur et ces fenêtres, un long couloir desservant de grandes cages dans lesquelles des singes hurlent et s’agitent. Deux jeunes femmes entrent dans le bâtiment, elles prennent visiblement leur service et commencent par une visite des boxes qui ressemblent désormais aux enclos intérieurs des zoos modernes. C’est l’heure du repas pour les animaux tandis que les jeunes femmes s’affairent au nettoyage.

Renate et Annemarie sont restées aux côtés des chimpanzés. Chaque jour, elles observent le comportement des animaux, prenant des notes sur un petit carnet. Le projet de resocialisation consiste à laisser progressivement les singes ensemble. Pas à pas, ils apprennent à communiquer, à établir des relations et à vivre en groupe. Une des soigneuse présente quelques individus : Peter qui manque d’assurance, plusieurs fois blessés par ses congénères, il n’arrive pour le moment pas à s’intégrer ; Bonnie qui hésite à emprunter un couloir pour aller se nourrir et qu’il faut rassurer ; Yelle avec qui on peut jouer à cache-cache un bref instant ; Gabi, toujours un œil sur la chariot pour guetter le menu du jour ; Jacob visiblement apeuré dans une cage de transfert, hanté par le souvenir du laboratoire ; Carmen, dont l’arrière train est paralysé à force d’avoir été confinée dans une trop petite cage. Tous âgés de 25 à 29 ans. Sous le nom des animaux qui apparaissent à l’écran, la durée de vie en laboratoire : Clyde, 16 ans de laboratoire ; Johannes, 20 ans de laboratoire ; Xsara, 12 ans, née en laboratoire… Des conditions de captivité qui avaient été à l’époque éprouvées par Jane Goodall. A la camera, elle raconte ses impressions de l’époque, images d’archive à l’appui : tristesse, peur et sentiment d’oppression. Pour évoquer cet ancien quotidien infernal, des photographies en noir et blanc défilent. On y perçoit le besoin manifeste de contact et de chaleur dont les singes sont privés, blottis contre les bords froids et métalliques des boites qui les enferment et les isolent de leur propre vie, le regard perdu dans le vide ou tendu vers l’objectif comme on tend une main qui appelle du secours. Dans des boxes de 6m2, seuls, chaque jour, dans la pénombre, pendant 20 ans en moyenne, subissant en plus du stress de l’isolement et de l’ennui, celui des injections et des tests scientifiques.

Le documentaire suit les deux soigneuses dans leur travail quotidien et leur réflexion sur le sens du programme de resocialisation. A travers une vitre épaisse, semblant parfaitement maitriser le langage corporel de l’espèce, l’une d’elle communique avec un chimpanzé. L’amplitude et le rythme des mouvements du corps, des doigts et des lèvres sont ajustés. Renate et Annemarie font preuve d’une empathie touchante et sincère envers les animaux. Face aux archives filmées des premiers contacts entre deux individus, elles expriment leur émotion d’observer une caresse brève et tendre entre les deux vieux chimpanzés qui se retrouvent, plus qu’un plaisir, une nécessité d’être ensemble dont ils ont été privés toute leur vie de laboratoire. Plus loin, elles se félicitent des 15 kg de tissus musculaire pris par l’un, de la peur vaincue de découvrir un nouveau sol sous les pieds d’un autre. Un enthousiasme lucide : « Tout cela ne répare pas nos actes, ce que nous leur avons fait subir est atroce. La réparation ne peut se résumer à un espace extérieur, ce serait trop facile. Les faits ne peuvent être effacés. Mais on ne peut constamment ruminer le passé… Le poids psychologique est très lourd pour tous les surveillants, alors nous regardons l’avenir avec optimisme en nous efforçant de soutenir les singes ».

Depuis 6 ans, le parc Gut Aiderbichl attend la fin des travaux de l’enclos extérieur. Face à la porte qui s’ouvrira sur lui, l’impatience et les larmes aux yeux des deux femmes quand elles imaginent les animaux accueillis par l’air frais pour la première fois : « Voilà ce que nous pouvons leur offrir, de meilleures conditions de vie… sans stress… qu’ils se réveillent en se disant : je vais passer une bonne journée ».

C’est sur l’ouverture aux animaux de cet espace extérieur que conclut le film. La petite porte basse s’ouvre enfin devant les animaux pour la première fois. Les plus curieux ou téméraires passent la tête. Mais, inquiets, ils font voltent face, s’enlacent, effrayés devant l’inconnu. Ils restent sur le seuil un moment, puis s’aventurent bientôt tous dehors. Ils observent d’abord les contours, les limites du lieu avant d’en apprécier l’espace et la richesse en goutant du bout des doigts la saveur d’une herbe fraiche et d’une écorce nouvelle. Une porte ouverte qui sonne dans le film, au-delà de l’aboutissement du projet, comme une libération.

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