Un monde pour soi

un monde pour soi

 

« Ça a commencé par une simple maison. Un jour, j’ai vu surgir, au milieu des champs, une forme industrielle qui ne renvoyait à rien. Aucune histoire, aucune culture, aucun environnement. Il y en a eu une deuxième, puis une troisième, et maintenant le paysage est constellé de maisons standardisées. Au début, j’ai cru qu’elles finiraient par se fondre dans le décor mais le temps n’y a rien fait. Le monde ancien est mort et le nouveau peine à émerger de ces maisons qui poussent les unes à côté des autres en se tournant le dos. Un jour, il n’y aura plus rien à bétonner, et chacun vivra dans sa parcelle, sans un regard pour le monde qui répétera à l’infini la même forme modélisée. ». Ainsi commence le film qui déroule cette réflexion sur l’évolution de l’habitat en milieu rural en avec comme fil conducteur la propre relation à l’habitat du réalisateur. Les réflexions générales autour d’images  accompagnées de constats, se superposent à des récits plus personnels liés aux expériences successives d’habiter du réalisateur.

 

Le film est fait de plans filmés en montgolfière et non pas en hélicoptère. Cela pour des raisons écologiques mais surtout parce que la montgolfière permet de réaliser des plans plus poétiques, plus lents, qui donnent un sentiment d’apesanteur particulièrement intéressant pour illustrer le propos.  La montgolfière permet de filmer très près des toits et du sol pour ne pas rester trop loin du sujet.

 

Telles les visions des urbanistes qui travaillent l’espace sur des cartes, les maisons filmées de haut laissent alors découvrir le cloisonnement du paysage, le repli sur soi, les haies et barrières qui protègent peut-être mais isolent certainement. Ces images donnent à bien comprendre ce qui se joue, habiter comme modalité d’être au monde et relation avec les autres et l’environnement (ou non). La question de la politique d’urbanisation concerne aussi la campagne et elle est ici abordée non sous un angle méthodologique ou technique mais cherche bien à identifier ce qui sous-tend aujourd’hui nos comportements. Le propos permet alors de déceler dans les institutions et les pratiques jusqu’où l’industrialisation s’est infiltrée. Insidieusement mais solidement. Le film adopte donc une approche critique de la standardisation, de l’homogénéisation, de la production en série de maisons lourdes, de la disparition du paysage troué de lotissements et de grandes surfaces immenses, de la privatisation de l’espace.

 

Le documentaire est complété de 13 courtes séquences qui viennent illustrer des points particuliers de débat sur les comportements et les représentations qui induisent une urbanisation croissante des campagnes.

 

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Homo sapiens

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Une fresque murale que l’édifice ne protège plus des intempéries, un parking vide, une gare désaffectée, des bâtiments délabrés et une pluie qui s’abat avec insistance sur ces ruines, s’infiltre dans les fissures et s’engouffre par les toits ouverts. On comprend au bout de quelques minutes le propos et le procédé du film : une série de plans sans commentaire sur des lieux désertés par les Hommes.

Vestiges d’un mode de vie

Ces lieux abandonnés ne sont pas vides mais envahis par les restes de notre civilisation : gobelets à terre, journaux épars, machines à l’arrêt laissées là, tasses sur les bureaux, matériel médical tombé au sol… On reconnait Fukushima, Nagasaki, l’ex-Union Soviétique… On identifie une prison, une aire de jeux, des bureaux, un hôpital, une salle de spectacle, etc. mais les lieux ne sont pas explicitement identifiés. Là n’est pas le propos. Il s’agit de lieux où vivaient des familles, s’agitaient des travailleurs et riaient des enfants et qui ne sont plus que vestiges, témoignages d’un mode de vie. Seuls une enseigne commerciale, un symbole politique, une écriture permettent, tels des indices brisant une continuité dans le discours, de situer un point sur une carte ou dans le temps. La vie s’est arrêtée, visiblement brusquement. Les débris d’un quotidien interrompu jonchent le sol.

A l’image, plus rien ne bouge ni ne vit en dehors de la végétation et de quelques animaux que l’on entend, la plupart du temps sans les voir (batraciens, insectes, oiseaux). Mousse, petits arbres et graminées, le vivant s’étend désormais paisiblement et sans contrainte. Il s’insinue, rampe et couvre le sol puis les murs.

Traitement esthétique du propos

Chaque plan est le fruit d’un travail magnifique et minutieux sur le cadrage, la lumière, les lignes et les couleurs. C’est presque une série de tableaux sidérants dont le dernier s’évanouit lentement dans la brume neigeuse. La bande-son, réalisée en studio, participe à l’atmosphère surréaliste en superposant aux images des bruits sans doute plus discrets dans le réel. Opérant un changement d’échelle, ils mettent en lumière le vide laissé par l’humain disparu : clapotis des vagues, vol d’une mouche, souffle du vent…

C’est alors que l’imaginaire se met au travail. Il cherche le sens de cette narration incomplète qui donne à voir la fin d’un récit que chaque spectateur doit écrire. Que s’est-il passé ? Pourquoi ? L’esprit cherche à combler le vide, à donner du sens au fur et à mesure de la répétition de ces scènes de catastrophes accomplies.

 

Imaginaire de l’effondrement

 

Le film fait appel à l’imaginaire de l’effondrement de notre société. Le propos va au-delà du précédent film du même réalisateur qui avait filmé le caractère délétère des pratiques agricoles modernes en usant du même procédé visuel en 2005 (Notre pain quotidien).

 

Cette longue succession d’habitats, d‘infrastructures abandonnées et de villes mortes nous renvoie l’image d’une civilisation éphémère, en bout de course. L’imaginaire des villes fantômes appelle celui de la chute et de la romantique des ruines qui alimentent un certain plaisir de la « jouissance douloureuse » que décrivait Edmund Burke en 1803 : « Nous jouissons à voir des choses que, bien loin de les occasionner, nous voudrions sincèrement empêcher… mais supposons ce funeste accident arrivé (Londres dévastée par un tremblement de terre), quelle foule accourrait de toute part pour contempler ses ruines ».

 

Ce traitement esthétisant de la destruction renvoie aussi à l’expérience du sublime comme définie par Edmund Burke pour qui l’expérience du sublime est associée aux sensations de stupéfaction et de terreur. Elle repose sur le sentiment de notre propre impuissance face à une force supérieure et omnipotente, jusque-là naturelle, aujourd’hui également d’origine humaine. L’humain ne serait ainsi pas en mesure de prévenir sa destruction et le capitalisme est devenu sublime au même titre que les ouragans. Une idée qui peut être problématique dans le champ politique et militant mais qui est ici magnifiquement mise en image.

 

C’est alors qu’on peut se pencher sur le sens du titre. Sapiens, comme celui qui sait  et qui peut ? Ou ironiquement comme celui qui ne sait pas et ne peut rien ? Sans doute est-ce à chaque spectateur de le décider.

The Messenger – le silence des oiseaux

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Les oiseaux sont des messagers. Intimement liés à leur habitat, ils peuvent alerter sur l’état des écosystèmes dont nous dépendons nous aussi. Un rôle qu’ils ont souvent assuré, annonçant les changements de saisons ou bien, en sentinelles, percevant avant les hommes les trop grandes concentrations de monoxyde de carbone au fond des mines.

Le film se concentre sur les oiseaux migrateurs. Les difficultés qu’ils rencontrent aujourd’hui sont nombreuses et se combinent pour compliquer leur épreuve, déjà longue de plusieurs centaines de kilomètres pour certains : la pollution sonore et lumineuse, les changements climatiques, la chasse… Et puis bien entendu la déforestation, le morcellement des espaces de nature et l’urbanisation. Les reflets des paysages et des lumières sur les fenêtres des bureaux troublent leurs sens et les oiseaux heurtent violemment les parois puis tombent au sol. Des dizaines de petits corps brisés peuvent ainsi joncher le pied des hautes façades en période de migration.

Tourné au quatre coins du monde, le film alterne les témoignages de scientifiques, de militants et d’amoureux des oiseaux  pour mêler aux informations scientifiques de magnifiques images de vol et des détails techniques sur les technologies utilisées dans le suivi des migrateurs.

Le regard porté sur les oiseaux, filmés en plein vol au ralenti, est ici résolument poétique et ému.

 

Film disponible chez PointCulture

 

Frédérique Müller

Forêt en ville

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Une forêt à demi dissimulée dans la brume, des empreintes d’oiseaux qui serpentent sur un lac gelé, un soleil pâle encore endormi derrière les nuages, on pourrait être dans une vaste forêt de montagne mais la forêt de ce film se situe au sud-est de Bruxelles. C’est une forêt en ville, à portée de tram, qui pénètre jusqu’à 4 km du centre la capitale européenne.

C’est un lieu de rencontres de citadins qui s’y croisent pour se balader, seuls ou en famille, y promener leur chien le matin à la hâte ou plus longuement le weekend, amateurs de nature, de champignons, de chevreuils et d’oiseaux, d’arbres, des cyclistes, des artistes, des photographes, des groupes scolaires et des cavaliers, tous racontent ici leurs attentes et avec ces témoignages, c’est toute la personnalité de cette forêt urbaine qui apparait. Des promeneurs, des artistes, des gestionnaires de la forêt qui chantent en plein travail, des historiens, les témoignages se succèdent comme si le réalisateur du film les rencontrait au hasard de sa balade. Chacun participe à sa manière à la vie de cette forêt.

 

film disponible chez PointCulture

Bousse nabab – les Maîtres-chèvres

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Rémi est un paysan flamand. Il tire sa vocation de son enfance. Non pas que sa famille l’ai incité à reprendre une exploitation familiale, loin de là. Son père lui répétait même de « bien étudier, ainsi, il n’aura pas à devenir paysan ». Sa vocation lui vient d’ailleurs, de l’émotion de sa mère qui, regardant le journal télévisé, s’émouvait de voir des enfants mourir de faim en déplorant qu’il devait être terrible pour une mère de voir ses enfants affamés. Cette émotion, il en a été témoin, et touché, a décidé qu’il était là le grand défi pour l’avenir de l’humanité : que tout le monde mange à sa faim, et ce, sans détruire la planète.

Ainsi, quelques années plus tard, il fonde le mouvement « Paysans sans frontière » et accompagne des paysans du Burkina Faso et d’ailleurs dans l’adoption de nouvelles pratiques agricoles durables.

Ce que Remi répète plusieurs fois à l’écran, c’est qu’il est important de ne pas faire à la place des autres. Il faut rendre les paysans du monde autonomes dans leurs pratiques. Sa devise : « voir, faire, comprendre et adapter à sa propre réalité ».

Dans ce portait, on le voit qui aime mettre la main à la pâte, se déplacer, face à la caméra on le sent animé d’une vrai volonté de convaincre appuyant ses propos par de larges gestes des mains.

Le film raconte la démarche de ce paysan au franc-parler qui revient sans arrêt au faire et au travail quotidien. Direct mais sensible, se trouvant à l’étroit dans les labels, ses ambitions sont grandes mais à la hauteur du défi qui attend l’humanité à la fin de ce siècle.

film disponible chez PointCulture

Frédérique Müller

 

La fête des possibles

Bandeau

 

Le mode de vie moderne, fondé sur la croissance et l’abondance des combustibles fossiles, s’épuise. Différentes études se complètent pour conclure à la fin du modèle économique du capitalisme industriel, et ce, probablement avant la fin du XXIe siècle. Comme premiers signaux, les différentes crises qui se succèdent et se font échos : économiques, sociales, politiques, environnementales, etc.

Ce constat pousse à imaginer des alternatives et redéfinir des concepts clés comme le progrès, la prospérité et tout un système de valeurs. Il ne s’agit pas seulement de survivre aux changements climatiques et à la fin du pétrole mais de construire une société qui puisse mieux répondre aux besoins essentiels des humains, qu’ils soient physiques, psychologiques ou même spirituels.

Sur ce vaste chantier de réflexion et d’expérimentation, le citoyen occupe une place essentielle. Depuis plusieurs dizaines d’années, certains ont commencé à expérimenter des alternatives dans des domaines variés tels que l’économie, l’alimentation, l’énergie, la consommation, l’éducation, etc. Ensemble, ces initiatives concourent à provoquer un véritable bouleversement culturel par les changements de cadres qu’elles opèrent.

Pour découvrir, comprendre et soutenir ces initiatives, une Fête des possibles se tiendra en Belgique et en France du 18 au 30 septembre.

Activités dans les PointCulture

PointCulture soutient la fête des possibles et y participe à sa manière en proposant des activités qui interrogent notre rapport à la ville dans le cadre de sa thématique URBN.

Une journée entière consacrée à la ville poétique au PointCulture Liège

Un atelier de construction de mobilier urbain avec des matériaux de récupération au PointCultureNamur

Dix films à voir – et disponibles chez PointCulture

Ci-dessous, une sélection de dix films qui permettent de découvrir des initiatives dans des domaines variés (alimentation, énergie, mobilité, etc.), en Belgique et ailleurs, mais aussi d’aborder des questions de fond :

En quête de sens, un voyage au-delà de nos croyances (Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière, 2015)

Demain (Mélanie Laurent et Cyril Dion,  2015)

Cultures en transition (Nils Aguilar, 2012)

La Possibilité d’être humain (Thierry Krugger et Pablo Girault, 2013)

L’Urgence de ralentir (philippe Borrel, 2014)

Sur les routes d’une Belgique sans carbone (Alexander Van Waes, 2015)

Les Liberterres (Jean-Christophe Lamy – Paul-Jean Vranken, 2009-2015)

Visions citoyennes 1 et 2 (Christophe Joly, 2013)

Tout s’accélère (Gilles Vernet, 2016)
Et bien d’autres en cours d’acquisition…

Et sur le web

On passe à l’acte : un site passionnant abritant des interviews de porteurs d’initiatives et des réflexions

Le Flipper de la transition : un web documentaire dynamique sur des initiatives de transition belges

Pour aller plus loin…

Outre l’intérêt évident qu’apportent les initiatives de transition en termes d’expérimentation pratique et d’innovation dans la conception d’une société sans pétrole, d’autres apports majeurs naissent de l’analyse des différents processus à l’œuvre dans la mise en place de ces alternatives : réflexion sur les méthodes de travail participatif, soin accordé aux processus émotionnels, remise en question des contextes culturels et historiques qui fondent une société, etc. Pour découvrir ces aspects, voici quelques références à consulter :

Une conférence filmée sur la collapsologie et la transition avec Pablo Servigne, co-fondateur du concept de collapsologie et Vincent Wattelet du réseau Transition belge lors d’une conférence donnée en juin 2017 au PointCulture Bruxelles dans le cadre de la thématique Nature Culture :

 

Un livre : Petit traité de résilience locale, en collaboration avec Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Hugo Carton, 2015, Éditions Charles Leopold Mayer.

Un article dans la revue Culture et Démocratie n° 44 de janvier 2017 sur l’imaginaire du futur avec Vincent Wattelet (réseau Transition) et Frédérique Müller (PointCulture) :

Une revue : le numéro 123 (septembre/octobre) de Imagine, demain lemonde – « Vivre en préparant la fin du monde »
Frédérique Müller


fete-des-possibles.org

Super Trash

Super trash est un film imparfait, un peu long peut-être et manquant certainement de structure mais il est alimenté par l’énergie sincère et naïve, du réalisateur.

Celui-ci se met régulièrement en scène, touché, volontaire, déprimé, agacé, effondré, vomissant, travaillant, perdant la raison, surfant sur les détritus… Ces images ne servent pas directement le propos du film qui est de dénoncer une accumulation incontrôlable et obscène de déchets dans une décharge à ciel ouvert dans le sud de la France mais elles appellent à une réception plus émotionnelle des images qui se succèdent au grès des déversements des camions benne.

Le film fonctionne beaucoup sur des mises en opposition et des effets de contraste. Les souvenirs d’enfance du réalisateur se heurtent à la réalité d’aujourd’hui, à ce paysage transformé par les ordures et les odeurs envahissantes qui polluent la région. La cabane de l’enfance, témoin privilégié de cette dégradation du paysage, devient le pied à terre du réalisateur. Le passé est incarné par Raymond, le vieil ami qui exhorte Martin à un rapport intime avec l’arbre. Au cours de ces quelques séquences, la nature, le silence, la verdure et l’odeur de la mousse s’offrent alors en refuge au jeune réalisateur et renforcent l’impression de dégout générée par les images des montagnes d’ordures qui s’empilent quotidiennement. Des lambeaux de tapis rouge du festival de Cannes rejoignent ici les restes d’anciens cercueils arrivés en fin de concession, des jouets, des magazines de pornographie, des hydrocarbures stockés de manière illégale, etc. Ces mètres carrés de feutres rouges côtoient dans l’indifférence ces restent de notre quotidien, une provocation à laquelle le réalisateur réagit dans un début d’enquête inachevée.

 

Les “Potagistes”

La neige recouvre le paysage et laisse pudiquement apparaitre les dernières lettres du mot « potager » sur le panneau d’entrée. Le film commence en hiver, tout semble en attente. Au printemps, c’est le retour des « Potagistes » et de leurs discussions ordinaires entre voisins. Mais on apprend rapidement que le potager collectif « Ernotte » au cœur de Bruxelles est menacé par un projet immobilier initié par la commune. Une résistance s’organise alors au fur et à mesure du film et des saisons.

Le documentaire suit un petit groupe de citoyens décidés à sauver ce lieu de « culture ». Au départ, la résignation de ceux qui découvrent un matin dans leur boite aux lettres ou sur un mur l’annonce d’un projet prévoyant la destruction du potager. Progressivement, les voix s’assemblent et s’expriment jusqu’à la présentation d’un contre-projet tentant de concilier les intérêts divers. Alors l’espoir peut-être… le film ne connait pas le dénouement de l’histoire.

Pascal Haas, réalisateur mais aussi habitant du quartier et professeur à l’INSAS, filme le travail au potager, les réunions, le doute, l’espoir, la résignation, une timide colère parfois et l’investissement de personnalités disparates. Des protagonistes, on ne sait pas grand-chose. Ni leur nom, ni ce qu’ils sont en dehors du potager. On peut identifier : un homme âgé savourant la paix d’un après-midi au potager, le même bonheur simple que celui procuré par « une partie de pêche ou une bonne Leffe » ; une étrangère à l’accent de l’est qui semble apporter au groupe ce qu’il faut d’organisation et de méthode et qui raconte la difficulté de ses acolytes à s’opposer à une autorité ; un jeune homme aux longs cheveux mal coiffés sous un bonnet de laine coloré, épris de liberté et s’attelant à diverses taches de menuiserie et de bêchage ; un trentenaire et une retraitée, séparés par une génération mais réunis autour de vieux vinyles de Louis Mariano et par l’enthousiasme de retrouver « la voix de son maitre » ; une jeune femme convaincue de l’importance des lieux d’échanges et de partage… Ces scènes du quotidien fournissent aux propos une toile de fond.

Les enjeux complexes sont bien présents sans être explicitement argumentés. Le petit groupe, en défendant les parcelles du potager, interroge ainsi l’évolution des villes (notamment celles qui se disent « durables ») et la notion d’intérêt général. Celui-ci réside-t-il dans le toujours plus de logements en ville jusqu’à atteindre une très haute densité d’habitation ? Quelle place consacre-t-on au sein de la cité aux initiatives citoyennes, aux lieux de culture, de nature, d’éducation, de patrimoine, de plaisir et de rencontres, d’activités en plein air, pour les enfants, pour tous. Que faire de cette dynamique et de cette richesse sociale et écologique qui se sont spontanément développées dans ce lieu vieux de 30 ans ?

Le potager collectif comme lieu d’échanges, de rencontres, de partage, de récoltes, comme zone tampon entre les générations, entre la vile et la campagne, entre la nature et la culture, entre le travail et les loisirs. Les « Potagistes » s’y retrouvent autour d’un projet commun au sein d’un quartier où les espaces de vie disparaissent. « Il n’y a plus de bistrot, une toute petite maison des jeunes, pas d’antenne de bibliothèque… » racontent-ils lors d’une interview sur Radio Panik.

Face au discours simple des habitants, ancré dans leur histoire personnelle, la lourde mécanique d’un argumentaire usé : la crise du logement, la conjoncture, le poids de la région et le réalisateur film l’embarras des responsables politiques aux mains liées.

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