Quand le vent est au blé

quand le vent est au blé couv

 

Le film commence un peu avant les moissons, en Belgique. Il fait beau dans un champ de blé au milieu duquel circule un paysan habillé d’un t-shirt à l’effigie du dodo, d’un short court et d’une casquette en lambeaux. Il frotte entre ses mains rugueuses les épis de blé qu’il vient observer et goutter. Sur un ton satisfait, il annonce des moissons prometteuses.

C’est sur cette espoir que s’ouvre ce film qui rassemble les portraits filmés de plusieurs personnes : un paysan ; une jeune femme qui a remis en service un moulin ; un paysan qui fabrique son pain et une jeune agronome qui mène une thèse. Chacun parle de son expérience et de ses motivations mais tous ont en commun d’utiliser des semences anciennes et de défendre une approche du travail paysan qui s’écarte du modèle industriel. Ils évoquent le « chant du moulin » qui tourne et la population métissée des grains de blé : « Il y a des p’tis, des courts, des longs, des grands, des roux, des ronds, parfois des plus noirs, c’est cette diversité qui fera un bon pain ». Ils observent et prennent le temps, touchent, écoutent et repensent leur métier pour ne plus le pratiquer tel qu’ils l’ont appris.

L’image du paysan qui descend de son tracteur pour mâcher ses graines ou de la femme qui écoute son moulin chanter pourrait rapporter une version caricaturale des alternatives ou bien trahir une certaine nostalgie du passé. Il n’en n’est rien. Il s’agit ici bel et bien de construire le futur. Un futur qui aurait appris à revenir vers la qualité après avoir trop longtemps souffert des dérives du modèle industriel.

Le pain, parce qu’il est quotidien pour beaucoup, occupe une place de choix pour parler des problèmes de l’agriculture moderne : logique industrielle, qualité nutritive, travail du paysan, etc.  Et avec le pain, c’est rapidement la question des semences qui se pose ouvrant sur les champs politiques et citoyens « S’occuper des semences, c’est aussi politique de que d’aller manifester ».

La caméra filme les mains, les visages et s’attarde aussi beaucoup sur les sons, celui du vent, des oiseaux, des machines, sur les voix et les silences. Le film n’apporte pas beaucoup d’éléments théoriques. Il s’agit avant tout de livrer des portraits. Le point de départ, ce sont les rencontres sur le thème des semences, et avec lui, la question de l’autonomie des paysans face à l’industrie. Il s’agit ici de filmer une véritable esthétique de l’action. Celle du courage qu’il faut pour s’y prendre autrement aujourd’hui, dans son champ, avec ses graines ou ses animaux, avec ce qu’on a appris, avec ses voisins.

Ce n’est pas un discours enjolivé que le film nous livre : « On se décourage un jour sur deux » ; « Il est clair que nos enfants ne veulent pas de notre vie ». Ces personnes qui peuvent bien souvent vivre relativement seuls leurs difficultés, minoritaires dans leur pratique, se retrouvent en réseau, pour échanger, s’aider, se soutenir.

«  Ce n’est pas pour avoir la vie facile, c’est pour avoir la vie belle, que ça ait un sens ».

 

Film disponible chez PointCulture

 

Frédérique Müller

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