Les chèvres de ma mère

Ce film sur la transmission d’une ferme au cœur des Gorges du Verdon mêle deux histoires, celles de deux femmes qui s’engagent pour le même métier dans un même creux de montagne mais sont confrontées à des réalités bien différentes.

les chevres de ma mere couvMaguy prend sa retraite et transmet son exploitation à la jeune Anne-Sophie qui lui succède dans le cadre d’un parrainage. Les débuts de la jeune fille renvoient Maguy à sa propre histoire et le spectateur est témoin du décalage qui sépare les deux femmes.

Le parcours d’Anne-Sophie témoigne de la réalité du monde agricole aujourd’hui et de la difficulté de s’installer pour les nouveaux agriculteurs face à la lourdeur des démarches administratives et au poids des réglementations, notamment sanitaires. Alors que Maguy s’installait dans les gorges du Verdon après mai 68 dans une bergerie en pierre, faisant le choix de la rupture avec une société dont elle voulait s’éloigner, Anne-Sophie fait livrer une bergerie « tout en plastique, stérile et prête à brancher », un bloc de 12 mètres de long sur 3 mètres de large, parfaitement aux normes et prêt à être posé quelque part, reste à choisir l’endroit et ce n’est pas chose facile tant l’esthétique du paysage semble menacé par l’entreprise. Le film peut sembler un peu caricatural : le portrait d’une ancienne soixante-huitarde éprise de liberté qui s’installait il y a 40 ans dans la montagne, parce qu’elle en avait envie et besoin, apprenant le métier à la dure et en autodidacte, se heurte à celui de la jeune débutante, pas toujours à l’aise, sortant de l’école, encore en apprentissage, assistée par des aides financières qui en même temps la contraignent et l’étouffent. Avec ces deux femmes, c’est l’impossible comparaison du passé avec le présent, des générations entre elles.
Au-delà des portraits, le film raconte surtout l’émotion et la douleur d’une transmission, de ce cheminent à faire, éminemment intérieur pour Maguy, qui doit accepter de laisser s’échapper les choses, de se séparer de son troupeau, fruit de plusieurs années de sélection, de travail, de choix et d’attachement, mais aussi de ses faisselles, ces petits seaux de plastique perforés, usés, qu’elle a manipulés toute sa vie et avec lesquels elle a appris son métier, s’est forgé une pratique. Elle ne veut pas les céder au début du film, y consent à la fin.

Souvent critique et doutant de la qualité des fromages qui seront produits après elle, Maguy semble sceptique à l’égard du projet d’Anne-Sophie durant la majeure partie du film. Le spectateur ne décèle que progressivement, par petites touches, et surtout dans le dernier tiers, toute la tristesse et la douleur de cette femme devenue bergère qui se prépare à quitter la ferme et son troupeau. Au presque terme du film, Maguy admet être toujours incapable de se projeter dans un avenir sans chèvres. Le film accompagne cette véritable progression émotionnelle et se fait le témoin, au fil des saisons de la difficulté de la cessation d’activité et de cette transmission qui a peut-être aussi de compliqué qu’elle est sans lien de filiation.

Automne 2012, les derniers gestes pour l’une, les dossiers interminables pour l’autre. Le film s’achève, non pas sur la réelle passation d’activité car Anne-Sophie est toujours aux prises avec d’inextricables complications administratives et financières, mais quand Maguy fait ses au-revoirs à ses chèvres.

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