Le développement durable : illusion motrice ou antinomie mystificatrice ?

Les années 90’ ont vu naître l’émergence du « développement durable ». Derrière les mots, un projet politique qui façonne les esprits et envahit l’imaginaire collectif mais que certains considèrent aujourd’hui comme obsolète, voire contre-productif, notamment lorsqu’il devient une finalité éducative.

visions citoyennes repenser la consommation couv

« Développement » : En janvier 1949, le président américain Truman fait l’apologie du développement dans un discours qui scinde la planète en deux : les pays développés et les pays sous-développés. Depuis, de nombreuses organisations mondiales ou programmes soutenus par elles ont adopté le vocabulaire et le concept. Pour certains, ce mythe du développement agit aujourd’hui comme un outil de domination qui s’est progressivement substitué au colonialisme.

« Durable » : D’après le rapport Bruntland en 1987, le développement durable doit « répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité, pour les générations à venir, de pouvoir répondre à leurs propres besoins ». Consacré en 1992 lors du Sommet de Rio mais restant imprécis, il est souvent expliqué à l’aide d’un schéma : 3 sphères, la société, l’économie et l’environnement, qui se croisent en un point. De nombreux secteurs se sont ainsi emparés de ce paradigme pragmatique pour donner naissance à des pratiques repensées telles que le tourisme durable, le commerce durable, la ville durable, etc. Pour Edwin Zaccaï, le développement durable est une illusion motrice : un terme mal défini mais qui permet d’agir. L’environnement représente ici un ensemble de ressources à exploiter et les 3 sphères apparaissent comme des entités exogènes, inégales et mal définies qui interrogent aussi sur le sens des grandes zones de non-rencontre que le schéma propose.

Par ailleurs, dans un contexte de prise de conscience des ressources naturelles limitées et d’accroissement des inégalités sociales, l’enjeu n’est plus d’aménager toujours le même modèle de croissance pour lui permettre de durer davantage et pour Lucie Sauvé, « Ce concept n’a pas l’envergure éthique pour devenir un projet de société ». Serge Latouche parle lui de l’antinomie mystificatrice de l’expression, lui préférant l’idée de la décroissance.

Les illusions motrices : Les réalisations du développement durable – deTE9101 à TE9106.
L’antinomie mystificatrice : Visions citoyennes : Repenser la consommation & Penser la transition – TL9011 & TL9012

Retrouvez cet article dans le nouveau numéro du magazine Détours consacré aux années 90 !

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