Zoos, l’enfer du décors

Vestige d’un passé colonial ou lieu d’avenir pour la conservation et l’étude des espèces ? Bien qu’il donne la parole à tous, le film tranche ici en la défaveur des parcs zoologiques et semble ne pas leur accorder de réel intérêt, présentant les recherches scientifiques et les rares programmes de réintroduction comme des alibis de communication et le discours pédagogique comme ambigüe et vain, tant le lieu continue à perpétuer un modèle de rapport homme-animal contestable.

Le film place le zoo dans son histoire coloniale sans lui trouver une véritable légitimité dans son existence actuelle, celui-ci se heurtant toujours à la contrainte de la visibilité des animaux par le public. Le zoo, comme espace de mise en scène, s’inscrit depuis toujours dans une certaine forme d’approche spectacle, et ce, au détriment des animaux inlassablement cantonnés au sujet inférieur.

Ce qui est principalement débattu par les intervenants ici, c’est l’intérêt même de la captivité. Tout d’abord, parce que les programmes de réintroduction et de recherche sont rares, ensuite, en raison de la qualité souvent relative des conditions de vie que l’on peut offrir aux animaux.

Le film place la problématique dans une perspective antispeciste et pose une question : L’intérêt supposé de la sauvegarde des espèces doit-il primer sur le vécu des individus détenus en captivité ? Les intervenants, ne prêtant majoritairement que peu de vertus aux zoos, notamment dans sa mission de sauvegarde des espèces, sont enclins à ne pas reconnaitre ce statut d’individu ambassadeur de son espèce. Ils défendent en premier lieu le bien être des individus en argumentant que la captivité ne leur convient pas. Toutes les difficultés pragmatiques et les actes quotidiens sont passés en revue : la taille des enclos et leur aménagement ; les stéréotypies que les animaux développent faute de pouvoir exprimer leurs comportements naturels et les enrichissements imaginés par le personnel pour y remédier ; etc. Les longs plans dont la durée et la répétition des mouvements qu’ils montrent rendent inutile le commentaire. Les animaux s’ennuient. L’enclos est vide pour eux, vide de sens. « L’animal n’est pas dans un oubli perpétuel. Il n’est pas cantonné à l’instant ». De cet ennui peut découler une souffrance. « L’animal ne peut même pas appeler à l’aide, les moyens qui sont les siens ne sont en général pas entendus. »

Le film évoque un courant de pensée fort répandu depuis le XXe siècle qui nie la sensibilité animale de manière implicite. En parlant par exemple de « stratégie évolutive », de « stimulus et de réponse »… hors, explique une sociologue, l’animal a bien « conscience d’un soi qui est différent de l’environnement. Voilà un fait qui peut aider à sortir de l’ornière, de dépasser cette voie sans issue autour de la question du sentiment de soi. Au sujet du rapport homme-animal, elle poursuit : « Il y a deux solutions possibles : L’homme n’a de devoir qu’envers ses semblables avec la question corolaire « qui est mon semblable ? » ou bien alors c’est la capacité à souffrir qui fonde des droits naturels (Rousseau) et le cercle des devoirs moraux s’élargit alors pour intégrer les animaux ».

Ce film résolument critique à l’égard de l’intérêt des parcs zoologiques a le mérite de faire s’interroger le spectateur sur sa propre perception de ces espaces de captivité et peut-être plus largement de l’inviter à s’interroger sur son rapport à l’animal.

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