Mouton 2.0 : demain commence aujourd’hui

Devant l´obligation récente de pucer leurs moutons, c´est-à-dire d´injecter sous la peau des animaux une puce RFID permettant de stocker des informations dans une base de données informatique, des éleveurs se mobilisent.

Face à ce qui peut être considéré comme une innovation technologique qui facilite le travail quotidien ou un outil supplémentaire de traçabilité pour protéger le consommateur, les éleveurs critiquent une industrialisation croissante des pratiques qui limite à chaque fois un peu plus la liberté et la diversité et menace le secteur artisanal au profit des groupes agro-industriels. Un discours qui fait sens aujourd’hui, quand il est mis en perspective de l’évolution générale du monde agricole qui subit l’influence grandissante du modèle industriel et de la grande distribution. Cette évolution du travail accompagne le changement de statut de l’animal domestique, aujourd’hui devenu une simple unité de production à paramétrer pour s’adapter aux demandes de production.

Plus encore, les éleveurs qui s’expriment ici dénoncent une manœuvre de communication auprès des consommateurs. La traçabilité ne permettant, au mieux, que de collecter des informations, elle est pour eux davantage un outil de communication pour rassurer le public, qu’une politique de prévention.

Ils opposent à une assimilation jugée trop simpliste entre pucage, traçabilité et protection des consommateurs, la notion de véritable prévention aux méthodes d´élevage non limitées à des procédés technologiques de gestion de crise, de soin et de contrôle.

«  Quand il s’agit de voir l’essentiel, c’est-à-dire l’invisible, c’est l’ordinateur qui remplace l’œil du maître ». Attribuer aux animaux un numéro et non un nom ou un surnom, confier la surveillance et la gestion des animaux à des processus et des machines plutôt qu’à la vigilance te l’expérience de l’humain parait aujourd’hui s’imposer comme un modèle rationnel, gage de bon sens et garantie d’un avenir sain et prospère.

Le film pose la question de la part de temps qui a été réduite voire supprimée par le travail industriel (temps d´observation des animaux, de la terre, etc.), et du sens que ce choix porte en lui. Une sociologue explique : « L’élevage s’inscrit dans le temps long de l’histoire d’une société humaine alors que les productions animales industrielles ne sont apparues qu’il y a 150 ans. Les productions animales peuvent disparaitre mais il faudrait préserver l’élevage ».

Redonner une aux éleveurs, c´est aussi retrouver le sens de la responsabilité et du rôle que l´agriculture joue dans la société et le paysage. Au-delà de la petite question du procédé technique, se posent donc de grandes questions sur l´évolution de l´agriculture et du rôle qu´elle tient dans un projet de société, celle du progrès, celle du travail aussi.

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