Welcome to Fukushima

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Le 11 mars 2011, un tsunami endommage gravement la centrale de Fukushima Daichi et provoque un accident nucléaire majeur. A 20 km de là, aux frontières de la zone évacuée, la ville de Minamisoma, 7o ooo habitants. Aujourd’hui ravagée et contaminée par la radioactivité, la ville n’est plus que le souvenir d’elle-même et, 2 ans après la catastrophe, seule la moitié des habitants est revenue, certains ne reviendront pas, d’autres hésitent encore. En pleine zone grise, entre la région évacuée et celle déclarée hors de danger par les autorités, les habitants, errent dans un entre-deux et s’interrogent. Ils doivent individuellement prendre une décision : partir ou rester. Comment revenir, se protéger, se souvenir, oublier, continuer à vivre ou se reconstruire ailleurs ?

Le film s’ouvre sur des paysages brumeux aux tons pastels : estampes au soleil vaporeux et aux silhouettes délicates de grands pins accompagnées par un piano mélancolique. Progressivement, le paysage révèle la puissance des évènements passés : des débris de végétaux mêlés à ceux de la ville flottent dans l’eau. Puis, dans une rue barrée, les enchevêtrements aériens de fils électriques rivalisent avec les façades effondrées sur la chaussée ondulantes et craquelée pour décrire la violence du dernier tsunami. Un Samouraï à cheval fait alors son apparition. Il semble ne pas reconnaitre les lieux. Les bruits des oiseaux sont absorbés par ceux des claquements de portes des commerces désertés, une voiture de police est arrêtée, feux encore clignotant, témoignant ainsi du caractère à la fois récent et brutal de l’accident, une fenêtre ouverte laisse s’échapper un rideau sous l’effet du vent, un vélo gît au sol et des journaux empilés jamais distribués commencent à se libérer de l’étreinte de leur emballage plastique. Dans cette ville aux bâtiments affaissés, l’alignement des angles, le rythme et la place des choses ont disparu. La continuité a été altérée. La vie, le quotidien ne peuvent plus être les mêmes.

Tous les 6 mois, le réalisateur, Alain de Halleux, interroge ce processus de retour sur les lieux d’une catastrophe : les cauchemars d’une petite fille ; la séparation des membres d’une famille ; le deuil ; la volonté de revenir chez soi ; le souvenir des disparus ; l’espoir mêlé de crainte pour l’avenir ; l’incertitude du présent ; l’attachement à ses racines et sa ville natale. Des familles témoignent. L’accident nucléaire a ceci de particulier qu’il laisse derrière lui des traces invisibles mais que l’on sait fatales, faisant crépiter les appareils de mesure. Il faut aller chercher la menace au-delà des apparences.

La fête traditionnelle des Samouraïs (festival Nomaoi) aura bien lieu cette année, malgré tout, mais quelque chose s’est immiscé dans le cycle, une rupture dans le temps. L’accident nucléaire fait s’entremêler des échelles de temps tellement différentes. Le fil du temps semble s’être divisé entre plusieurs couches superposables entre lequel on se perd : le temps de l’humain, celui des générations et celui de l’atome, incomparablement plus long. Les effets de la radioactivité s’évaluent sur des échelles de temps vertigineuses. Alors le lien résiste, celui qui unit les membres d’une famille, une famille à son foyer, un foyer à sa région et à son histoire. Ainsi pour rester, il faut selon les témoignages se séparer de ses proches, couper des arbres centenaires, retirer plusieurs centimètres de terre. Mais alors, que reste-il au fond ? Comment aller à la mer désormais ? Une petite fille cours sur le sable pour échapper à la morsure des vagues venant successivement d’échouer sur la plage, apportant avec elles la radioactivité dont elles sont désormais chargées.

Le traitement de l’image est très esthétique. Dans ce pays que l’on imagine si fortement attaché à ses racines et aux traditions, les questions que le film pose résonnent d’autant plus vivement mais sont finalement les mêmes que dans Chernobyl 4 ever en Ukraine, ou Au pays du nucléaire, en France : le secret, les tabous, le silence ou le discours rassurant des autorités mais aussi l’incapacité de la population à évaluer le danger, la difficulté de se projeter dans l’avenir.

L’approche est volontairement centrée sur le récit subjectif des membres de quelques familles suivies dans le temps pour appréhender une réalité plus humaine que scientifique des suites de l’accident de Fukushima.

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