Taste the waste !

taste the waste couvTels les activistes d’un mouvement secret et illégal, les « déchetariens » œuvrent la nuit. Ils fouillent à la lampe torche les bennes des grandes surfaces à la recherche de produits alimentaires encore sains et parfaitement consommables. Voilà qui donne le ton. Limiter le gâchis alimentaire reste une pratique individuelle, étrange, nocturne et marginale que l’on se doit de justifier. D’une poubelle jaillissent alors un poisson, des grappes de raisins, des fruits et des légumes. Ils s’accumulent sur une table et composent à la manière d’un tableau classique flamand aux couleurs cramoisies l’évocation d’un festin attendu. Le générique préfigure de la suite qui déroule une véritable ode à la nourriture gaspillée sur une toile de fond couleur d’opulence. Le film révèle au grand jour les quantités industrielles de nourriture jetée par les grandes surfaces, très souvent plusieurs jours avant la date limite de péremption, et ce, au nom de « critères de qualité » qui garantissent des produits frais et de longue conservation. On remplit des bennes, des poubelles, des containers qui suintent du jus des aliments compressés. On se désole de ces images de destruction volontaire de nourriture encore comestible qui ponctuent le fil des interviews jusqu’à en devenir écœurantes. Problème de calibre, de couleur, de texture de peau, de taille, etc., une foule d’aliments sont éliminés pour des raisons esthétiques ou ergonomiques. Ainsi en est-il des concombres courbes inadaptés aux caisses rectangulaires de l’industrie, des pommes de terres trop petites ou trop grosses qui ont refusés la norme et des tomates pas assez dans le ton. Dans les sociétés industrielles, le système économique dévalorise la nourriture. Dans les pays producteurs, elle tend à devenir  inaccessible. Plus que filmer le gaspillage, le documentaire dénonce le modèle économique qui le permet, plus encore l’organise. C’est cette surabondance dans les pays industrialisés qui permet l’établissement de critères de sélection tels que calibres, taille, couleur, etc. et c’est ce gâchis qui provoque la dévalorisation boursière de la nourriture. La faim n’est pas un problème de ressources. « Avec ce que jettent l’Europe et l’Amérique du Nord, on a de quoi nourrir 3 fois les affamés ». « Chaque année 90 millions de tonnes d’aliments sont mis à la poubelle en Europe ». Des conclusions et des constats clôturent les chapitres du film sur fond noir. Des aliments frais débordent des poubelles alors que certains meurent de faim, des poissons s’empilent au marché de Rungis alors que la ressource halieutique s’effondre. Le film montre des situations contrastées mais liées comme les deux facettes d’un même modèle puis passe en revue d’autres dommages collatéraux : problèmes fonciers dans les pays producteurs, impact sur le climat et pratiques agricoles qui appauvrissent la biodiversité. Des liens sont faits entre ce qu’on trouve dans les grandes surfaces et les conditions de vie des paysans, entre le gâchis quotidien ici et la crise alimentaire là-bas, entre les comportements et leurs conséquences ultérieures avec les émissions de gaz à effets de serre. Le local et l’individuel sont mis en perspective avec le global et le systémique. Jeter son vieux pain du soir participe ainsi aux crises alimentaires dans les pays en développement. Au terme de ce tableau très sombre et dans lequel le film nous a fait prendre une part de responsabilité, le DVD propose dans ses bonus et autres prolongements sur le site web du film, des idées et suggestions pour participer au « mouvement ». Alors, à table !

site du film

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

Blog at WordPress.com.

Up ↑

%d bloggers like this: