Requin en eaux troubles

Les cinéastes ont toujours eu recours à des procédés audiovisuels et narratifs pour livrer aux spectateurs une vision personnelle de l’animal et dela nature. Au-delàdu contenu scientifique, ils créent un espace de narration, de projections et de fantasmes. Démonstration avec le requin :

Mythe du grand blanc mangeur d’hommes, simple maillon d’un écosystème ou aileron saillant, rien n’est tout à fait faux, mais tout est partiel. Le film documentaire travaille sur du matériel issu de la réalité mais il n’en livre qu’un fragment, un point de vue, une interprétation. Dans Tueurs nés, images floues, gros plans sur les dents et images de synthèses annotées comme les plans d’un sous-marin militaire, le requin n’est que mâchoire prédatrice. Même propos dans Requins tigres, la peur bleue. La caméra glisse sur un fond marin et suggère la menace imminente d’une attaque tandis que des enfants insouciants jouent dans une eau peu profonde. On ne voit pas le requin mais ses victimes potentielles suivies d’une série de témoignages… surfeurs mordus et bouts de jambes perdus. Le montage laisse libre court à l’imagination et à l’empathie. La série didactique C’est pas sorcier tente une réconciliation avec l’animal. Dans l’épisode Ces bêtes qui nous font peur, le requin est représenté dans son entièreté et de manière plus abstraite en faisant appel à une maquette. La distance est posée. Il ne s’agit pas d’une confrontation émotionnelle. Quand viennent les images sous-marines, rien n’isole les plongeurs des poissons. Pas de lourdes cages métalliques, ni de procédés de montage stupéfiants dans ces longs plans larges et fixes. Hommes et poissons nagent côte à côte, ils font partie d’un tout, dans le cadre comme dans la nature. Dans La planète bleue, c’est la réaction des autres poissons qui est filmée. La peur est là, mais ce n’est plus la nôtre, c’est celle du règne animal dont nous aimons nous sentir détachés. A chaque film, son morceau de vérité. Les genres cinématographiques, aux frontières floues et poreuses, s’hybrident et s’interpellent. Ainsi, le requin sanguinaire de Jaws, mis en scène grâce à une série de maquettes dont la remarquable « Bruce », se mue en végétarien repenti du même nom, leader d’un groupe de parole en quête d’une nouvelle image dans Némo. Ce mythe fictionnel originel de Jaws constitue probablement un élément fondateur dans la représentation collective du requin, inspirant par la même occasion de nombreux cinéastes animaliers. La définition de l’animal est une construction complexe faite de science autant que de représentations fantasmatiques et imaginaire.

Retrouvez ce texte dans le magazine Détours n4 et une exploration du thème à travers l’ensemble du cinéma animalier, avec les 3 épisodes du texte “Les films anilaliers sont tous des faux” sur ce blog, un texte rédigé dans le cadre d’un travail collectif au sein de la Médiathèque sur le thème ” Faux et joussance de faux” .

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

Create a free website or blog at WordPress.com.

Up ↑

%d bloggers like this: