Les films animaliers sont tous des faux ! (1/3)

Les cinéastes ont toujours eu recours à des procédés audiovisuels et narratifs pour livrer aux spectateurs une vision personnelle de l’animal et dela nature. Au-delàdu contenu scientifique, ils créent un espace de narration, de projections et de fantasmes. En 3 épisodes,  voici une petite réflexion sur le cinéma animalier :
Premier épisode : Les films animaliers sont tous des faux ! démonstration
Deuxième épisode : Les films animaliers sont tous des faux ! aspects techniques du travail de faussaire
 Troisième épisode : Les films animaliers sont tous des faux ! mais peut-être pas…

Fait divers

Décembre 2011, David Attenborough est accusé de tromper les téléspectateurs dans la série documentaire Frozen Planet en glissant, au milieu d’images tournées sur la banquise, des images d’ours polaires en captivité pour montrer des nouveau-nés dans leur tanière. Bien que les conditions de tournage soient décrites sur un site internet consacré à la série et que le commentaire ne cherche pas explicitement à camoufler le stratagème, le journaliste scientifique, mondialement reconnu par ailleurs pour la qualité scientifique et esthétique de ses films, se voit bel et bien accusé d’avoir produit un faux. « Une explication sur le site web est tout simplement une tromperie », proteste un journaliste du quotidien The Independent (1). Mais quelle est cette réalité que David Attenborough a trahie ?

Chapitre 1 : Les films animaliers sont tous des faux !  – Démonstration

 Conçus dans un contexte de prise de conscience écologique depuis les années 1960, et nourris par une connaissance naturaliste qui s’est enrichie avec le temps, les films animaliers modernes sont en général bien documentés au niveau scientifique. Là ne réside pas le faux. Mais leur propos dépasse souvent largement le contenu naturaliste. Les cinéastes ont depuis toujours recours à des procédés audiovisuels et narratifs pour livrer aux spectateurs une vision personnelle de l’animal et dela nature. C’est ce travail de mise en images qui constitue la matière du film et qui est au cœur des interrogations.

La nature est un décor

Il a choisi une clairière, y a dispersé des pommes et créé un point d’eau, il attend la bonne lumière, le jour propice… Laurent Charbonnier, réalisateur du film Les Animaux amoureux, a attiré les cerfs dans une clairière qu’il a préalablement choisie et aménagée. Il attend l’éclairage qui répond au mieux aux contraintes techniques et aux exigences esthétiques. Réalisant un film sur les parades amoureuses, le cinéaste tient à l’atmosphère douce et poudrée de l’aube pour raconter le brame du cerf. Il ne s’est pas enfoncé dans la forêt toute proche où évoluent habituellement les animaux, mais a choisi et créé un décor pour la scène qu’il a voulu filmer. Nuages, puis, lente chute jusqu’à un champ dans lequel on vient plonger parmi les brins d’herbe. Là, presque immobile, attend un insecte. Nous sommes en France dans l’Aveyron, en pleine campagne. Mais les trois-quarts du film Microcosmos sont tournés dans un studio où a été reconstituée une prairie dans laquelle évoluent les insectes qu’on y a relâchés. Choisie, adaptée ou reconstruite, souvent avec le souci de l’imitation et de la vraisemblance, la nature des films animaliers est véritablement le fruit d’un travail d’équipe antérieur aux prises de vue. Un travail qui commence avec le repérage des lieux et qui peut aller jusqu’à la construction intégrale d’un décor.     

 

Les animaux sont des acteurs

Les oiseaux du Peuple migrateur ont été imprégnés dès l’éclosion pour intégrer dans leur paysage sonore et visuel habituel la présence d’humains et le bruit des équipements techniques, notamment celui d’un ULM nécessaire aux prises de vue aériennes. Plus tard, les oiseaux ont été relâchés sur les lieux de tournage pour être filmés en vol et illustrer un périple migratoire. L’histoire des animaux sauvages est ici racontée par des animaux élevés en captivité dans des conditions préparant celles du tournage. Le voyage est donc très certainement celui des espèces citées mais pas celui des individus filmés en particulier. Plus généralement, dans des productions où la scénarisation est moins flagrante, les animaux et les comportements retenus au montage sont sélectionnés pour soutenir un propos précis. Quand le documentaire La Montagne aux ours décrit le régime alimentaire des ours bruns, il parle d’un « perpétuel affamé qui n’y voit pas trop clair » et on le voit gratter le sol de sa patte lourde pour dénicher les larves et les glands dont il se régale. L’ours est ici pataud et gourmand. Dans Les Sales Bêtes, le commentaire alerte sur le risque d’extinction de l’espèce en Europe. À l’image, de jeunes oursons s’ébattent et jouent avec toute l’insouciance du monde en grimpant le long des troncs d’arbres. Les ours paraissent attachants, fragiles et innocents. Tous les individus d’une même espèce ne sont pas d’égale efficacité pour soutenir un propos et le documentaire a besoin d’individus filmogéniques. Les images sont mises au service d’un discours qui est celui du film et non des individus filmés. Un procédé qui est d’ailleurs ponctuellement remis en cause : Toujours chez les ours, Yann Arthus Bertrand, pour la série Vu du ciel, filme un individu polaire amaigri errant sur la banquise pour illustrer les conséquences des changements climatiques. Mais rien ne permet d’expliquer avec certitude l’état de santé supposé de cet ours en particulier. L’image est interprétée puis mise au service du message du film.

Références

(1)   Sources : TéléObs du 13/12/11

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6 thoughts on “Les films animaliers sont tous des faux ! (1/3)

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  1. Je pense qu’il ne faut pas généraliser, même si une majorité de cinéastes agit de façon à faire “LE” film animalier. Il existe encore des gens qui veulent transmettre une image, une émotion, un savoir ou tenter d’ouvrir les yeux sur une espèce, sans avoir recourt à des mises en scènes “frauduleuses”, des gens qui passeront des heures d’attente dans des conditions difficiles, pour 4 secondes d’images, tout en pensant à l’animal avant tout.
    C’est comme tout, il faut trier et surtout rester lucide, en se demandant pour quelles raisons et avec quels moyens a été fait un film.
    La qualité de celui-ci et sa véracité dépend souvent de la réponse à ces questions.
    Bonne journée
    Val

    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. Il s’agit du premier chapitre d’une série de 3 textes autour du sujet. Ici, le ton est volontairement caricatural. il y aura un contre argumentaire en lien avec les questions de la nature du film documentaire en général et de notre rapport à l’animalité dans le troisième chapitre ;-). Affaire à suivre donc 😉 !

  2. Bonjour,

    Je trouve votre point de vue, hélas, très proche de la Réalité,

    Aussi je me permets de laisser le Commentaire suivant,

    qui concerne mon projet de réaliser 1 Documentaire sur les Loups et les Troupeaux.

    Ce Projet pourrait se dérouler durant l’Été 2013.

    Je me suis “intéressé de près” au Pastoralisme Transhumant – et possiblement Extensif – durant 38 années,

    soit depuis l’âge de 11 ans et jusqu’au 6 novembre 2012,
    date de la saisie de tous mes Animaux – chèvres, chiens et chevaux compris.

    Quelques mois avant ce drame, je m’étais notamment équipé d’1 caméra PANASONIC HDC 900 et j’ai donc pu filmer avant le 6 novembre près de 2000 clips en “1080p50” de ma vie de berger…

    Là-dessus, j’ai perdu mon Combat relatif, entre autres, à l’identification des Animaux d’élevage. Je voulais que mes Bêtes soient simplement “tatouées” et vicent sans antibiotiques ni produits chimiques, engrais, etc.,

    Aussi l’on m’a fait alors “disparaître” parce que j’osais remettre profondément en cause les Lois et les principes nocifs des industriels.

    Je me relève actuellement lentement de ce drame.
    À près de 50 ans, outre mes fichiers vidéo, il ne me reste, en effet, plus rien.

    C’est assez dur à “vivre”…

    Afin de ne pas rester sur un échec, je projette malgré tout de parcourir nos Alpes du Sud durant la Saison d’Estive 2013, afin de Filmer les interactions Loups / Troupeaux,

    Sachant qu’il serait nécessaire d’être notamment équipé avec du matériel performant pour des Tournages nocturnes.

    Comme énoncé plus haut, je filme actuellement avec une Panasonic semi-professionnelle,
    au Format vidéo progressif de 1920 x 1080 pixels et 50 images pleines/sec, à 28 Mbit/s de niveau d’encodage vidéo.

    Je stocke mes rushes les plus intéressants sur cartes SDXC LEXAR GOLD de 128 Gb,

    mais je dispose en outre d’1 ordinateur capable d’exploiter le logiciel SONY VÉGAS MOVIE Pro.

    Je prévois d’acquérir la nouvelle Caméra Sony HDR PJ 780 (1200 euro) pour des sessions de tournages nocturnes, alliée à un projecteur I.R.,

    Car elle me permettrait d’être “raccord” quant à la qualité de mes Fichiers vidéo – puisque le format progressif en 1080p50 semble être accepté.

    L’objet de ce courriel est de savoir si vous, ou certaines de vos Connaissances, seriez intéressé(s) pour m’aider à financer cette petite “expédition”,

    Voire à participer aux différentes sessions de tournage.

    Cela pourrait être, en effet, sympathique de pouvoir proposer une certaine Mise en Scène… Tout en restant dans le Vrai.

    Pas évident, certes…

    Je précise qu’outre le fait d’avoir pratiqué le métier de berger durant près de 40 années,

    ce qui me facilite quelque peu l’Approche de ce genre de Faune, proche du “sauvage” (je veux parler ici des Bergers et de leurs Chiens),

    Je me suis exercé depuis de longues années à l’approche des Bêtes sauvages,

    Comme par exemple les Mouflons :

    je connais les précautions à prendre “en amont”, pour passer de longues nuits d’affût dans un trou de rocher en maquillant non seulement mon visage, mais, surtout, les multiples odeurs…

    Je partirais en Juin pour “redescendre” courant Septembre.

    Je dispose notamment de 2 attelages de montagne, dont l’un est bâché façon western, pour emporter tout le matos de Tournage qui sera nécessaire jusqu’au ras des névés,

    Ainsi que la nourriture et les tentes.

    Je serais désireux de ne pas me retrouver tout seul dans ce genre d’«expédition», aussi je vous remercie d’avoir eu l’obligeance de lire ce présent courriel.

    Je vous dis de ce fait éventuellement “À une Prochaine”,

    Cordialement,

    Flèche Brûlée

  3. Bonjour Flèche Brûlée!
    A la lecture de votre expédition j’ai juste envie de dire “En avant toute!”, je lis ce message un peu tard malheureusement…
    Avez-vous pu mener à bien votre projet l’été dernier? Ce que vous faites est sûrement passionnant (pour rester des nuits entières à l’affût il faut être passionné aussi je crois!), je vous aurai bien suivi…
    N’hésitez surtout pas à donner des nouvelles, pour un éventuel prochain voyage dans les Alpes sauvages!
    Au plaisir de vous lire
    Agnès

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