Liberté, pollution, illusion… voiture

Petite réflexion autour de la voiture à l’occasion de la semaine de la mobilité à Bruxelles du 16 au 22 septembre.

D’après une récente étude française du CREDOC, la voiture perd doucement de son attrait chez les jeunes, malgré une hausse du taux d’équipement général plutôt portée par les séniors : 59 %  des 18 – 24 ans possèdent une voiture contre 74 % il y a 20 ans. Par ailleurs, la durée de vie des voitures s’allonge, le parcours moyen annuel raccourcit, et les choix s’orientent vers des modèles moins puissants (détails de l’étude sur : http://www.credoc.fr/). Mais 30 % des Français, en véritables irréductibles, déclarent que « Rien n’est susceptible de les amener à moins utiliser leur véhicule personnel ». Malgré une tendance encourageante, il semble donc que la voiture continue d’être l’objet de phantasmes et d’habitudes solidement ancrées dans notre quotidien. Pourquoi avons-nous autant symboliquement investi cet objet ? Que signifie t’il du monde dans le quel nous vivons ?

La voiture offre un support de projections et participe à la construction de notre image. C’est ce que montre, de manière humoristique et décalée, le dessin animé L’aventure de l’homme mobile, en racontant comment «… l’être humain parvient à s’identifier à sa voiture. Elle est le reflet de sa puissance, de son rang social, de son bon ou mauvais goût. L’obtention du permis de conduire devient un passage obligé vers l’âge adulte, un moyen de montrer à tous que l’on a une « vraie » personnalité… ». Le cinéma compte par exemple d’innombrables films dans lesquels la voiture reflète les caractéristiques et la nature des personnages : la très profilée Batmobile de Batman ; la déglinguée Ford Gran Torino de The Big Lebowski ; l’excentrique Studebaker Commander de The Muppets ; les très belles voitures de James Bond, etc.

 

Symbole de l’apogée de l’intelligence technologique, synonyme d’efficacité, de performance et de vitesse, la voiture matérialise un vieux rêve prométhéen. Grâce au feu, à la combustion, l’humanité compense les faiblesses dont la nature l’a affligée. Erigée en véritable outil de conquête, la voiture permet de s’affranchir des limites de l’espace et du temps pour accéder à un idéal d’indépendance.

La dolorean, qui permet de voyager dans le temps

   La dolorean de Retour vers le futur permet de voyager dans le temps

La puissance, la liberté, l’évasion… une belle illusion.

La voiture est en réalité davantage le symbole de notre dépendance à un mode de vie fondé sur l’exploitation du pétrole alors même que cette ressource tend à disparaitre. Pour Le syndrome du Titanic, la voiture est « …une déesse d’un monde fatigué… le reflet d’un rêve de grandeur … un rêve absurde que l’on comble en vidant le sang de la terre… ». Le commentaire est posé sur des images de machines d’extraction du pétrole en plein travail, de trafic routier étouffant, puis de casse où les carcasses s’empilent pour souligner le problème des déchets.

Pur produit du monde industriel dont elle reflète toute l’ambivalence, la voiture apparait aujourd’hui comme une aberration couteuse, énergivore et polluante, une impasse technologique et environnementale. Une absurdité d’1 tonne environ pour déplacer un individu de 80 kgen moyenne. La voiture est aussi dangereuse et révèle l’individualisme et la compétition qui caractérisent notre mode de vie moderne. Un monde dont les fondements sont poussés à l’extrême dans le film Mad Max, où la route est devenue champs de bataille dans une guerre pour le pétrole. Plus près du quotidien, dans Pousse pas le bouchon, des enfants ont retranscrit, sous forme d’une courte animation amusante et avec beaucoup de spontanéité, leur perception du comportement des automobilistes et des passagers lors d’un embouteillage : énervements, insultes, comportements peu civiques et pollution sont au rendez-vous. Seul un vélo traverse le bouchon sans embuche.  

Pour se passer de la voiture, il faudrait bien sûr que la politique globale d’aménagement du territoire, le rapport entre espaces urbains et espaces ruraux et les transports en commun évoluent en cohérence… Un vaste chantier à mettre en route, qui demande volonté et imagination, notamment dans les grandes villes. Le film Model Shop illustre par exemple très bien cette problématique dans la ville de Los Angeles dans les années 70.

Pour conclure, dans A fond les boulons, des enfants ont imaginé un avenir où la voiture serait greffée à l’être humain. Une vision futuriste surréaliste mais intéressante d’un point de vue métaphorique. Ces individus du futur redécouvrent les vertus d’une mobilité plus douce à la faveur d’un accident dela route. Car au fond, avec cette thématique de la mobilité,  il s’agit bien de ça : du futur, de la qualité de vie, du choix…

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One thought on “Liberté, pollution, illusion… voiture

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  1. Park(ing) Day

    le 16 et 17 septembre 2011, dans plusieurs dizaines de pays dont la France et la Belgique, des groupes de citoyens vont se ré-approprier des espaces “privatisés” par la voiture. Les places de parking deviendront alors aires de jeux, d’expression et d’échange, pour redonner à la ville ses fonctions d’interactions sociales et d’expression culturelle.

    Pour plus d’informations :
    en Belgique : http://www.iewonline.be/spip.php?article3608
    en France : http://parkingday.fr

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