La fièvre de l’or

Un documentaire sur l’orpaillage en Guyane tout en vert et ocre. Vert comme le feuillage de cette forêt, la plus vaste du monde, et ocre, parfois même rouge sang, comme la terre mise à nue par les chercheurs d’or. La vie de la forêt est désormais rythmée par les activités d’exploitation et de destruction. Faune, flore, hommes et femmes sont aspirés puis anéantis par la quête de l’or. L’eau des fleuves est devenue poison, la terre est teintée du sang des arbres.

Voilà un documentaire qui se regarde comme un film d’aventure, avec ses personnages, ceux qu’on aime et ceux qu’on déteste dès les premières images : le responsable des exploitations, l’ancien président de la fédération des orpailleurs, les femmes prisonnières d’une triste vie de prostitution et qui attendent d’en être délivrées, un pasteur lui aussi impliqué dans l’exploitation de l’or, des clients alcoolisés d’une superette, etc.

Au fil du film, on découvre un monde fait de violence et de misère et où tout se paie en pépites d’or. Le documentaire met en évidence la face cachée de l’orpaillage et aborde des aspects sociaux, sanitaires et environnementaux. En plus de la violence et de la misère générés par l’arrivée des orpailleurs, on déplore aussi l’empoissonnement au mercure des amérindiens et une déforestation sanglante et rapide. Certains témoignages de pêcheurs et certaines séquences illustrant la férocité des actions de déforestation sont poignants.

Le réalisateur nous offre un recueil étonnant de confidences sincères d’hommes et de femmes gravitants autour de ce monde, tantôt victimes, tantôt acteurs. Il a su filmer l’émotion avec des plans fixes et des silences éloquents. On ne peut rester insensible à ce documentaire. Certaines images et certains propos resteront longtemps dans les esprits comme ce témoignage d’introduction qui explique comment s’effectue le travail de déforestation et à quelle vitesse, comme ces confidences nocturnes de femmes attendant d’être sauvées ou encore ce témoignage écœurant de l’ancien président de la fédération des orpailleurs qui explique, avec un grand mépris pour les amérindiens et la nature, que  « le grand drame, c’est le principe de précaution » et que « l’histoire du mercure est une plaisanterie » (à 46’12). La sincérité et la clairvoyance des personnes interrogées est aussi étonnante et conduit à une certaine perplexité. Autant celle du responsable d’exploitation qui décrit toutes les techniques utilisées et qui explique qu’  « Ici, on peut faire un peu c’qu’on veut.» (à5’) que celle du pécheur qui s’attriste de voir son Eden être ainsi massacré (à 1’00’14). Le document se termine sur une séquence où la musique fait office de commentaire éloquent sur des images illustrant les performances destructrices du village champion parmi les chercheurs d’or (à partir de 1’07’20). La terre est ravinée par des jets d’eau par centaines de mètres cubes, c’est effrayant, et on ne pourra s’empêcher, en conclusion, de quoi s’interroger sur le véritable prix à payer pour un bijou en or…

La fièvre de l’or – TM3931

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