NASA, cinéma et contre-utopies

Quand le cinéma parle de demain

La Nasa a établi une liste des films de science-fiction plus ou moins plausibles. Le classement a été réalisé avec le Science & Entertainment Exchange, une branche de l’Académie américaine des sciences qui propose d’aider l’industrie du divertissement en termes de réalisme scientifique. Le résultat du classement est… inquiétant.

 Les films les plus improbables :
  • 2012 (2009) – VD0537
  • The Core (2003) – Fusion – VF7901
  • Armageddon (1998) – VA6399
  • Volcano (1997) – VV5487
  • Chain Reaction (1996) – Poursuite – VC2908
  • The 6th day (2000) – A l’aube du 6e jour – VA0118
  • What Do We Know ? (2004)
Les films les plus crédibles :
  • Gattaca (1997) – Bienvenue à Gattaca – VB2978
  • Metropolis (1927) – VM1969
  • The Day The Earth Stood Still (1951) – Le jour ou la terre s’arrêta – VJ5563
  • Woman In The Moon (1929)
  • The Thing From Another World (1951)
  • Jurassic Park (1993) – VJ7343

D’un coté, des scientifiques qui réclament un plus grand respect de la science. La NASA, assaillie de questions, s’est par exemple sentie obligée de créer un site pour rassurer la population sur l’improbabilité du scénario du film « 2012 ». De l’autre coté, l’industrie du cinéma, qui cherche à faire mouche auprès des spectateurs. Les films tirent souvent leur force de leur lien, ou de la possibilité du lien, avec le réel. Ils se font l’écho des peurs liées au contexte politique, aux découvertes scientifiques et aux inventions technologiques particuliers à une époque. Ainsi, le cinéma s’est emparé des différentes craintes liée au contexte historique : le nucléaire, le maccarthysme, les manipulations génétiques, la robotisation, etc. Aujourd’hui, ce qui est préoccupant, c’est demain.

Il est rassurant de voir que la NASA juge peu probable une fin du monde en 2012, ainsi que l’arrêt inopiné de la rotation du noyau de la Terre comme dans le film « The Core ». Mais on peut trouver moins rassurant de voir le film « Gattaca » se placer en tête des films les plus crédibles. Quand le cinéma imagine notre avenir, il ne dépeint jamais un joli monde fait de paix et de prospérité. Les projections se construisent sur fond d’épuisement des ressources, de société totalitaire et de dérives technologiques. La nature est également souvent absente et les villes sont oppressantes. Il est intéressant d’analyser ce que les films qui imaginent le futur disent de nos préoccupations d’aujourd’hui. Et si la science-fiction voit juste, il y a de quoi s’interroger, voire s’inquiéter.

Les temps modernes - VT1624

Les utopies d’hier sont devenues les contre-utopies de demain. L’enthousiasme de l’après première guerre mondiale face au progrès de l’industrie, fait place à la peur de l’aliénation par la machine. La promesse d’un avenir meilleur grâce aux progrès de la science et de la médecine a muté en crainte d’une société eugéniste et totalitaire. Les images fantasmées de villes géométriques telles que pouvait les imaginer Le Corbusier, se sont transformées en images cauchemardesques de prisons bâties sur de profondes inégalités sociales. L’envahissement technologique, la ville futuriste et l’Homme parfait, voici quelques contre-utopies qui ont trouvé échos au cinéma et que la NASA juge envisageables dans l’avenir.

Au cinéma, la société du futur baigne souvent dans une multitude d’inventions technologiques. Ce développement se montre parfois amusant, voire utile, surtout dans le domaine des transports ou de la communication, comme dans la trilogie Back from the future – Retour vers le futur (VR1746, VR1747 et VR1748) mais il atteint parfois des proportions envahissantes et assure souvent un rôle de surveillance qui échappe finalement au contrôle humain comme dans la trilogie Matrix (VM0716 à VM0720). Voici comme peut-être illustré le passage d’une utopie à une contre-utopie.

Dans la fiction, le futur est aussi souvent gouverné par des régimes politiques totalitaires assortis à une sérieuse réduction des libertés individuelles.

 3 films pour penser à demain

Voici 3 films, produits à 3 époques différentes, mais les préoccupations d’hier pour demain sont encore celles d’aujourd’hui. Voici une petite sélection qui permet d’observer comment les utopies liées au progrès de la science et de l’industrie sont devenues des sources d’inquiétudes.

 Metropolis – de Fritz Lang (1926) – VM1969

Le réalisateur Fritz Lang compte parmi les pionniers sur un thème cher à la science-fiction : la figure de l’androïde. Metropolis met en garde contre le développement de l’intelligence artificielle et la perte du contrôle des Hommes sur leurs inventions technologiques. L’histoire se déroule en 2026. Des ouvriers, nombreux, affaiblis et crasseux travaillent jour et nuit pour faire tourner des machines qui permettent d’assurer le confort des plus riches, résidant sur les hauteurs dela megalopole. Unefemme, Maria, tente de mener les ouvriers àla révolte. Ledirigeant de la ville crée alors une femme-robot à l’image de Maria afin de terroriser le peuple et de maintenir l’ordre établit. Le film se livre à une véritable critique d’une société de classes. La fin du film est optimiste mais ne correspond pas à la vision du réalisateur, plus sombre et plus complexe. Par ailleurs, la ville imaginée dans Metropolis questionne aussi le spectateur sur l’architecture de l’avenir et la qualité de vie. Les décors du film sont imprégnés de la forte impression qu’avait faite la ville de New York et ses gratte-ciels sur le réalisateur lors d’une visite. Le film interroge sur le devenir de ces mégalopoles gourmandes et agitées où il ne fait pas toujours bon vivre.

 1984 – de Michael Radford (1984) – VM3708

1984 parle lui aussi de l’avenir et craint une société totalitaire. Le film est la deuxième interprétation du livre éponyme de George Orwell publié en 1950. Le stalinisme, le maccarthysme et le nazisme ont fait craindre les sociétés totalitaires et inquisitrices. Le film dépeint un monde divisé en 3 : Eurasia, Estasia et Océania qui vit sous le règne d’un maître : le « Big brother ». Celui-ci est présent partout et il s’immisce même dans l’intimité des foyers via des télécrans. Le film est une véritable critique d’un régime policier. Le monde est en guerre, les libertés sont réduites et contrôlées via un système très intrusif et sévère de surveillance et de propagande présent partout (via des télécrans, des messages et des affiches « Big Brother is watching you »). La liberté d’expression n’existe plus. Même les pensées sont surveillées. Tout comme dans Metropolis, les villes sont inquiétantes. La capitale est un amalgame de constructions apocalyptiques. Le film dénonce le culte de la personnalité, les systèmes politiques totalitaires, la manipulation et la désinformation.

Gattaca – Bienvenue à Gattaca – de Andrew Niccol (1997) – VB2978

Dans Bienvenue à Gattaca, il est cette fois question de s’inquiéter d’une société bâtie sur la sélection génétique. Le titre même du film est composé des lettres ACGT qui sont les éléments constitutifs de l’ADN. Le film met en scène un monde où les candidats au travail sont sélectionnés sur base de leur potentiel génétique. Un monde qui ne laisse pas de place à la vie et à ses accidents tel que peut en témoigner l’un des personnages central du film, Jérôme, un candidat à la conquête spatiale au patrimoine génétique parfait, mais victime d’un grave accident qui le laisse handicapé. Celui-ci laisse alors sa place à Vincent, un enfant naturel au patrimoine génétique imparfait. Ce que le film craint ici est un avenir fait d’eugénisme et de déterminisme génétique dans un monde froid et calculateur qui valorise la compétition et la réussite individuelle.

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