Veille du mois d’avril 2018

Chaque mois une sélection d’événements artistiques et de pratiques culturelles (lectures en ligne ou sur papier, podcasts, expositions, films, musiques, conférences, etc.) sur les questions “environnementales” :

 

33062024876_b79e41e4cc_k

@Francis Pourcel

 

https://www.pointculture.be/dossier/veille/environnement-n3/

 

Advertisements

Milieu

milieu

 

Un film magnifique qui permet au spectateur de se promener dans la montagne japonaise sur l’île de Yakushima. Une île battue par les vents, plongée dans une brume qui protège les mystères d’une relation forte et spirituelle à la nature. Le voyage se fait en compagnie d’un entomologiste passionné de papillons qui nous guide entre les grands arbres centenaires et les divinités, au cœur d’une cohabitation subtile et ritualisée entre les habitants de la montagne. Des pierres marquent l’entrée du domaine des esprits, là où s’arrêtent les oiseaux,… des croyances qui bien qu’ancestrale, évoluent et s’adaptent aux nouveaux besoins. Un miroir, des statues de pierres aident désormais à donner une forme à ce en quoi il faut croire. « La croyance (en la nature) a pour objet quelque chose qui n’a pas de forme. Les gens d’autrefois avaient la force de croire à ces objets sans forme ». Aujourd’hui, il faut guider le regard.

Tandis que le vent s’intensifie à l’approche d’un typhon, une voix off nous aide à comprendre cette expérience de la nature que nous livre notre guide. C’est la voix  du philosophe et géographe Augustin Berque qui raconte l’histoire de notre relation avec la nature. Il explique notamment que ce qu’il faut cultiver c’est cette articulation entre une perception individuelle de la nature et une perception construite par la société marquée par l’apparition du concept d’un milieu extérieur à l’homme. Depuis lors, la nature transformée en objet l’est aussi en termes d’objet universel qui se présenterait de la même manière à tous alors que l’expérience de nature reste profondément individualisée.

En dehors des voix de ces deux compagnons de voyage, c’est le silence. Rompu parfois par quelques sons de la nature, il est peu à peu enseveli sous le bruit d’un vent fort à l’approche d’un typhon qui ne fait que passer sur la montagne.

 

disponible à PointCulture

La supplication

 

Le réalisateur Pol Cruchten a entrelacé dans ce film des récits de vie tirés du livre de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015. Cette dernière avait recueilli pendant près de dix ans de nombreux témoignages de personnes dont la vie a été bouleversée par l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986.

 

Face caméra, souvent immobiles, toujours muets, des comédiens prennent place dans les décors tandis que les voix off racontent. Cette mise en scène forte met en avant les récits qui occupent largement l’espace. L’image presque figée devient le matériau pour faire vibrer, amplifier la parole. Le film se livre alors en une série de tableaux qui ensemble décrivent la perception du monde depuis l’accident.

 

Le film dévoile un aspect de la catastrophe : l’impossible retour à la normale pour un peuple qui vit Tchernobyl tous les jours. Les malades, les mourants, les héros, les victimes, tous racontent les conséquences de l’accident dans leur vie : « Quelque chose d’horrible s’est ouvert devant nous » ; « Nous n’avons pas seulement perdu la ville, nous avons perdu la vie entière ». Anciens combattants du feu lors de l’incendie du réacteur, enfants malades, femmes au chevet de leur mari, tous attendent la mort, contiennent leur souffrance et n’attendent plus de lendemain meilleur. Ils décrivent ce gouffre béant qui se constitue en mythe moderne de l’apocalypse.

 

On perçoit la grande solitude de ce peuple dont les souffrances physiques ne sont encore que partiellement reconnues par le pouvoir et dont les souffrances psychologiques semblent n’avoir aucun interlocuteur. La population se méfie des récits tissés par les médias, se heurte à un pouvoir affolé et déstabilisé qui se raidit.

 

L’hôpital est devenu un passage obligé pour tous. Pour les enfants nés après la catastrophe, pour les femmes dont la grossesse est surveillée, pour les maris malades, pour les épouses en visite. Ce lieu, comme un nœud ou tout et où tous se croisent, semble dépassé et englué dans une froideur mécanique : « Ce n‘est plus votre mari, c’est un objet radioactif avec un fort potentiel de contamination ». De ce monde, nait une génération d’enfants qui ne sont radicalement plus les mêmes. Une enseignante les décrit comme impossibles à étonner, faibles et vite fatigués, qui ne jouent pas, parlent de la mort, pleurent la disparition de leurs camarades,  certains se pendent dans leur classe tandis que les moineaux font leur retour.

 

Mise en scène du paradoxe

 

La radioactivité est invisible. La population doit se prémunir de quelque chose qui n’a pas de forme, pas d’odeur et qui ne fait pour tout bruit qu’un crépitement sur des appareils de mesure. Il est donc presque impossible de se représenter la menace. Un enfant l’imagine comme une pluie jaune qui se fond en rivière rouge, une vieille femme crie dans la rue qu’elle a enfin vu cette contamination couleur bleu-ciel.

 

A Tchernobyl se forme un paradoxe entre l’extrême toxicité de l’environnement et ce que le paysage donne à voir : une nature luxuriante qui s’étend partout et qui produit une nourriture abondante dissimulant à peine des animaux qui peuplent chaque recoin de la ville abandonnée. Mais de tout cela, l’homme ne peut, ne doit profiter. Le traitement des images qui fait de ce film une succession de photographies magnifiques et colorées met en scène ce paradoxe.

 

« Chez nous, c’est la frontière entre le réel et l’irréel qui s’évanouit ». On ne peut qu’avoir le vertige en pensant aux treize milliards d’années que durera la contamination des lieux, devant les quatre cent cinquante produits radioactifs libérés dans l’environnement, devant la gravité et la complexité atypique des maladies et malformations provoquées par cette contamination.

 

Ni l’écrivaine ni le réalisateur n’ont voulu s’en tenir à une mise en accusation bien que cela ne soit pas tout à fait absent de leur propos mais la réflexion va chercher une explication plus profonde et met en cause une certaine vision de l’humain : « A travers la soumission au régime soviétique, il s’agissait d’une foi en une société belle et juste, où l’homme est la valeur suprême ». Une société influencée par une idéologie du progrès et des citations de Mitchourine : « Nous ne pouvons pas attendre que la nature nous offre ses faveurs. Notre tâche est de les lui arracher » et le film poursuit « C’était une tentation de transmettre au peuple des qualités qu’il n’avait pas, de lui donner la psychologie d’un violeur ». L’accident a ainsi ébranlé une certaine mythologie de l’homme, de la technique, quelque chose du monde occidental, pour le remplacer par quelque de plus incertain, de plus hanté par la mort.

 

En filigrane pendant le film, c’est aussi l’histoire d’une femme, incarnée par l’actrice russe Dinara Drukarova qui raconte sa quête d’amour, les soins qu’elle donne aux hommes de sa vie jusque dans leur dernier souffle, ses enfants, morts ou malades, sa quête de comprendre quel sens tout cela peut bien avoir parce que « la mort nous oblige à penser beaucoup ».

la supplication

Un monde pour soi

un monde pour soi

 

« Ça a commencé par une simple maison. Un jour, j’ai vu surgir, au milieu des champs, une forme industrielle qui ne renvoyait à rien. Aucune histoire, aucune culture, aucun environnement. Il y en a eu une deuxième, puis une troisième, et maintenant le paysage est constellé de maisons standardisées. Au début, j’ai cru qu’elles finiraient par se fondre dans le décor mais le temps n’y a rien fait. Le monde ancien est mort et le nouveau peine à émerger de ces maisons qui poussent les unes à côté des autres en se tournant le dos. Un jour, il n’y aura plus rien à bétonner, et chacun vivra dans sa parcelle, sans un regard pour le monde qui répétera à l’infini la même forme modélisée. ». Ainsi commence le film qui déroule cette réflexion sur l’évolution de l’habitat en milieu rural en avec comme fil conducteur la propre relation à l’habitat du réalisateur. Les réflexions générales autour d’images  accompagnées de constats, se superposent à des récits plus personnels liés aux expériences successives d’habiter du réalisateur.

 

Le film est fait de plans filmés en montgolfière et non pas en hélicoptère. Cela pour des raisons écologiques mais surtout parce que la montgolfière permet de réaliser des plans plus poétiques, plus lents, qui donnent un sentiment d’apesanteur particulièrement intéressant pour illustrer le propos.  La montgolfière permet de filmer très près des toits et du sol pour ne pas rester trop loin du sujet.

 

Telles les visions des urbanistes qui travaillent l’espace sur des cartes, les maisons filmées de haut laissent alors découvrir le cloisonnement du paysage, le repli sur soi, les haies et barrières qui protègent peut-être mais isolent certainement. Ces images donnent à bien comprendre ce qui se joue, habiter comme modalité d’être au monde et relation avec les autres et l’environnement (ou non). La question de la politique d’urbanisation concerne aussi la campagne et elle est ici abordée non sous un angle méthodologique ou technique mais cherche bien à identifier ce qui sous-tend aujourd’hui nos comportements. Le propos permet alors de déceler dans les institutions et les pratiques jusqu’où l’industrialisation s’est infiltrée. Insidieusement mais solidement. Le film adopte donc une approche critique de la standardisation, de l’homogénéisation, de la production en série de maisons lourdes, de la disparition du paysage troué de lotissements et de grandes surfaces immenses, de la privatisation de l’espace.

 

Le documentaire est complété de 13 courtes séquences qui viennent illustrer des points particuliers de débat sur les comportements et les représentations qui induisent une urbanisation croissante des campagnes.

 

Homo sapiens

homo sapiens couv

Une fresque murale que l’édifice ne protège plus des intempéries, un parking vide, une gare désaffectée, des bâtiments délabrés et une pluie qui s’abat avec insistance sur ces ruines, s’infiltre dans les fissures et s’engouffre par les toits ouverts. On comprend au bout de quelques minutes le propos et le procédé du film : une série de plans sans commentaire sur des lieux désertés par les Hommes.

Vestiges d’un mode de vie

Ces lieux abandonnés ne sont pas vides mais envahis par les restes de notre civilisation : gobelets à terre, journaux épars, machines à l’arrêt laissées là, tasses sur les bureaux, matériel médical tombé au sol… On reconnait Fukushima, Nagasaki, l’ex-Union Soviétique… On identifie une prison, une aire de jeux, des bureaux, un hôpital, une salle de spectacle, etc. mais les lieux ne sont pas explicitement identifiés. Là n’est pas le propos. Il s’agit de lieux où vivaient des familles, s’agitaient des travailleurs et riaient des enfants et qui ne sont plus que vestiges, témoignages d’un mode de vie. Seuls une enseigne commerciale, un symbole politique, une écriture permettent, tels des indices brisant une continuité dans le discours, de situer un point sur une carte ou dans le temps. La vie s’est arrêtée, visiblement brusquement. Les débris d’un quotidien interrompu jonchent le sol.

A l’image, plus rien ne bouge ni ne vit en dehors de la végétation et de quelques animaux que l’on entend, la plupart du temps sans les voir (batraciens, insectes, oiseaux). Mousse, petits arbres et graminées, le vivant s’étend désormais paisiblement et sans contrainte. Il s’insinue, rampe et couvre le sol puis les murs.

Traitement esthétique du propos

Chaque plan est le fruit d’un travail magnifique et minutieux sur le cadrage, la lumière, les lignes et les couleurs. C’est presque une série de tableaux sidérants dont le dernier s’évanouit lentement dans la brume neigeuse. La bande-son, réalisée en studio, participe à l’atmosphère surréaliste en superposant aux images des bruits sans doute plus discrets dans le réel. Opérant un changement d’échelle, ils mettent en lumière le vide laissé par l’humain disparu : clapotis des vagues, vol d’une mouche, souffle du vent…

C’est alors que l’imaginaire se met au travail. Il cherche le sens de cette narration incomplète qui donne à voir la fin d’un récit que chaque spectateur doit écrire. Que s’est-il passé ? Pourquoi ? L’esprit cherche à combler le vide, à donner du sens au fur et à mesure de la répétition de ces scènes de catastrophes accomplies.

 

Imaginaire de l’effondrement

 

Le film fait appel à l’imaginaire de l’effondrement de notre société. Le propos va au-delà du précédent film du même réalisateur qui avait filmé le caractère délétère des pratiques agricoles modernes en usant du même procédé visuel en 2005 (Notre pain quotidien).

 

Cette longue succession d’habitats, d‘infrastructures abandonnées et de villes mortes nous renvoie l’image d’une civilisation éphémère, en bout de course. L’imaginaire des villes fantômes appelle celui de la chute et de la romantique des ruines qui alimentent un certain plaisir de la « jouissance douloureuse » que décrivait Edmund Burke en 1803 : « Nous jouissons à voir des choses que, bien loin de les occasionner, nous voudrions sincèrement empêcher… mais supposons ce funeste accident arrivé (Londres dévastée par un tremblement de terre), quelle foule accourrait de toute part pour contempler ses ruines ».

 

Ce traitement esthétisant de la destruction renvoie aussi à l’expérience du sublime comme définie par Edmund Burke pour qui l’expérience du sublime est associée aux sensations de stupéfaction et de terreur. Elle repose sur le sentiment de notre propre impuissance face à une force supérieure et omnipotente, jusque-là naturelle, aujourd’hui également d’origine humaine. L’humain ne serait ainsi pas en mesure de prévenir sa destruction et le capitalisme est devenu sublime au même titre que les ouragans. Une idée qui peut être problématique dans le champ politique et militant mais qui est ici magnifiquement mise en image.

 

C’est alors qu’on peut se pencher sur le sens du titre. Sapiens, comme celui qui sait  et qui peut ? Ou ironiquement comme celui qui ne sait pas et ne peut rien ? Sans doute est-ce à chaque spectateur de le décider.

Changements climatiques et migrations

“Et si votre communauté devait décider de quitter sa patrie pour toujours et sans aide ? C’est la réalité de la communauté polynésienne de Takuu, un petit atoll à faible altitude dans le Pacifique. À mesure que les submersions marines inondent les maisons déjà endommagées, la communauté Takuu connaît les effets dévastateurs du changement climatique. »

image FB copieprojection le mardi 12 décembre à 19h
au Phare à Uccle

Entrée libre

Le film pose le sujet des populations contraintes d’abandonner leur île et avec elle probablement leur culture.

 Quand on perd quelque chose de petit dans ce monde alors on perd beaucoup. — –

Le film sera suivi d’une discussion en compagnie de Maura Bulgheroni, doctorante FNRS qui fait actuellement une thèse interdisciplinaire en ethnoécologie. Son objectif est l’étude du changement climatique et de l’adaptation des populations locales. La recherche sur le terrain occupe pour elle une place prépondérante. Elle revient de l’Himalaya indien où elle a séjourné chez les « Gaddi » (bergers agro-pastoraux) semi-nomades de Bharmour en Himalaya (Himachal Pradesh, Inde du Nord).

Le festival HUGO
Cette projection est programmée en lien avec le festival Hugo qui s’est déroulé à Liège en novembre dernier, organisé par  l’Observatoire Hugo de l’Université de Liège, du nom du professeur Graeme Hugo (1946-2015). C’est la première structure de recherche au monde spécifiquement dédiée à l’étude des changements environnementaux et les migrations. L’Observatoire Hugo réunit des chercheurs et des praticiens des sciences sociales et des sciences de l’environnement, afin d’examiner les multiples liens qui existent entre migrations, changements de l’environnement, et politique(s).

Les migrations environnementales
L’étude des migrations environnementales est aujourd’hui un domaine de recherche en pleine expansion. On désigne par-là l’ensemble des mouvements de populations (forcés et volontaires) associés à des dégradations de l’environnement, que celles-ci soient brutales, comme des catastrophes naturelles ou industrielles, ou plus progressives, comme de nombreux impacts du changement climatique (désertification, aridification, hausse du niveau de la mer, etc.). Les dégradations de l’environnement sont aujourd’hui devenues un facteur majeur de migrations et de déplacements dans le monde : depuis 2008, les seules catastrophes naturelles ont déplacé en moyenne 26 millions de personnes chaque année, soit trois fois plus que les guerres et conflits. Cette question est devenue au cours des dernières années un sujet de préoccupation majeur des organisations internationales et des gouvernements, et a fait l’objet d’un nombre croissant de travaux de recherche, à la fois empiriques et théoriques. En octobre 2015, dans le cadre de l’Initiative Nansen (un processus intergouvernemental initié par la Suisse et la Norvège), 109 gouvernements ont adopté à Genève un agenda international de protection pour ces migrants. En décembre 2015, la COP21 a officiellement décidé de la création d’une task-force internationale pour traiter la question. Cette task-force a été constituée lors de la COP22 à Marrakech en 2016. Par ailleurs, les migrations sont aussi reconnues comme une possible stratégie d’adaptation aux impacts du changement climatique, et ont donc vocation à être discutées dans le cadre des négociations internationales sur le climat. Ce sera à nouveau le cas lors de la COP23 à Bonn.

Cet événement est le fruit d’un partenariat entre PointCulture, la bibliothèque – médiathèque d’Uccle Le Phare, l’IGEAT et l’ULB.

Festival AlimenTerre – PointCulture s’intéresse aux semences

Pour sa 9e édition, le Festival de films AlimenTerre organisé par SOS Faim va, une nouvelle fois, mettre les petits plats dans les grands pour interroger notre alimentation et les enjeux agricoles. Un focus sur la question des semences (via le documentaire Seed et la coopérative Cycle en Terre).

À Bruxelles et ensuite à Arlon, Charleroi, Liège, Ottignies, Louvain-la-Neuve et Namur, AlimenTerre vous propose de réfléchir et d’agir pour un système agroalimentaire plus juste et durable en s’appuyant sur sept documentaires inédits ou méconnus. Climat, permaculture, pesticides, semences, etc. : les sujets tabous seront mis sur la table avec des débats, des ateliers et des rencontres. Vous en prendrez bien une part ?

Une édition bruxelloise et cinq éditions wallonnes du 7 octobre au 10 novembre :

Visuel_général_horizontal


Les semences

Peu de choses sur terre sont aussi miraculeuses et vitales que les graines. Cependant, au cours du XXe siècle, 94% des variétés de ces semences qui existaient depuis l’aube de l’humanité ont disparu. — –

Zoom sur les semences avec :

– le film Seed (projeté le 18 octobre à Liège et le 19 à Arlon, Ottignies et Namur ; le 24 à Charleroi)

– l’interview de Damien Van Miegroet de la coopérative Cycle en terre.

Seed - The Untold StoryLe film : Seed, the Untold Story 

Des témoignages convaincants de personnes passionnées, la poésie de jolis gros plans sur des graines aux contours soulignés par une lumière chaude et caressante et de courtes séquences didactiques s’allient ici pour faire le point sur les semences.

Le film est tout d’abord un hommage aux graines, à leur diversité, à la fois belle et étrange, à leur caractère essentiel pour la vie et à ce fascinant pouvoir de germination presque magique qu’elles renferment comme on protège un secret. Certaines doivent être brulées, d’autres digérées ou transportées accrochées par les poils des animaux ou soulevées le vent sur des kilomètres pour germer. Elles peuvent rester en sommeil un certain temps en attendant des conditions plus favorables à la vie. Les graines paraissent ici fortes et essentielles autant que fragiles et menacées par les compagnies biotechnologiques en quête de manipulation et de privatisation du vivant.

En un siècle, nous avons ainsi perdu 94% des variétés des semences existantes. Par ailleurs, on ne cultive qu’une infime sélection des variétés qui existent dans la nature. C’est ce constat qui a motivé le film. Les réalisateurs ont rencontré des botanistes, des paysans, des militants, des hommes et des femmes qui s’impliquent aux quatre coins du monde dans la préservation des semences. Certains les cultivent, d’autres les stockent dans des banques, d’autres encore enseignent leur culture et leur conservation ou se mobilisent contre les groupes industriels de la chimie et la biotechnologie. Leurs différentes approches, pratiques et sensibilité permettent de comprendre les dysfonctionnements d’un système agricole néfaste pour la santé humaine et les écosystèmes.

Quand on perd nos graines, on perd tout un art de se nourrir. — –

asbl Cycle en Terre - visuelQuestions à Cycle en Terre

Cycle en Terre est une coopérative qui a pour mission de contribuer à notre autonomie alimentaire au travers de la production, du traitement et de la commercialisation des semences potagères biologiques. Notre action comprend l’acquisition et le transfert de connaissances et de savoir-faire dans ce domaine. Nous avons posé quelques questions à Damien Van Miegroet, administrateur au sein de l’asbl Cycle en Terre.

 – Qu’est-ce qui t’as a amené à t’intéresser aux semences dans votre histoire personnelle ?

C’est l’histoire d’une rencontre. Je souhaitais investir dans un petit terrain agricole et le mettre à disposition d’un jeune maraîcher. J’ai contacté plusieurs associations pour relayer l’information et c’est Fanny qui m’a contacté. Son projet, à la fois idéaliste et ancré dans la réalité, donnait beaucoup de sens. C’est surtout l’autonomie alimentaire et l’acquisition et le transfert de connaissances et de savoir-faire qui m’ont touché. J’ai accompagné Fanny durant plusieurs mois et nous avons créé avec Bruno la coopérative Cycle en Terre en novembre dernier. J’ai finalement investi l’argent du terrain directement dans la coopérative.

 – Quelle est la situation des semences potagères en Belgique ?

À ma connaissance, il n’y a quasiment pas de production en Belgique. Nous sommes complétement dépendants des importations de semences. Sans les semences et sans la connaissance pour les produire, c’est la base de la culture potagère que nous avons perdu.

Il n’y a que peu de projets qui ont démarré en Belgique ces vingt dernières années pour conserver ou retrouver les techniques de reproduction et sauvegarder le patrimoine légumier régional.

Avec Cycle en Terre, nous souhaitons produire et faire produire en Belgique des quantités de semences reproductibles et biologiques à l’attention des jardiniers amateurs mais également des maraîchers locaux. De cette manière, on pourra plus facilement acheter des légumes bio vraiment locaux.

– En défendant les semences reproductibles, que défend-on au juste ?

On défend le droit à tout un chacun de reproduire les légumes qu’il cultive, le droit à tout un chacun d’effectuer sa propre sélection de semences de légumes.

On défend également l’idée que les semences sont un héritage de nos ancêtres, qu’elles appartiennent à l’humanité, qu’elles sont accessibles à tous et que les connaissances, les savoir-faire pour les produire doivent continuer à se perpétuer aux générations suivantes.

Cela pose des questions de fond par rapport à l’agriculture à laquelle nous aspirons et au modèle économique derrière l’industrie agroalimentaire qui en découle.

– As-tu une préférence pour une graine en particulier ?

Je n’ai pas de préférence pour une graine en particulier mais je suis toujours surpris de voir qu’un seul gramme de semences de tomates génère plus de 200 plants de tomates ! C’est assez incroyable quand on y pense.

– Qu’est-ce que tu retiens du film Seed, the Untold Story ?

J’ai été marqué par la beauté des images. Les gros plans sur les légumes et les semences, en particulier les incroyables variétés de maïs, les séquences accélérées sur la croissance des légumes. On ne peut qu’être émerveillé

D’un autre côté, j’ai été impressionné par la passion qui animait les intervenants. On sent qu’ils sont investis d’une mission qui va au-delà de leur existence, une responsabilité vis-à-vis des générations futures pour sauvegarder la diversité des variétés comme l’avaient fait leur ancêtres avant eux. Le film nous fait percevoir l’aspect spirituel lié au travail des semences.

Propos recueillis par Frédérique Müller – octobre 2017

 

The Messenger – le silence des oiseaux

the messenger couv

Les oiseaux sont des messagers. Intimement liés à leur habitat, ils peuvent alerter sur l’état des écosystèmes dont nous dépendons nous aussi. Un rôle qu’ils ont souvent assuré, annonçant les changements de saisons ou bien, en sentinelles, percevant avant les hommes les trop grandes concentrations de monoxyde de carbone au fond des mines.

Le film se concentre sur les oiseaux migrateurs. Les difficultés qu’ils rencontrent aujourd’hui sont nombreuses et se combinent pour compliquer leur épreuve, déjà longue de plusieurs centaines de kilomètres pour certains : la pollution sonore et lumineuse, les changements climatiques, la chasse… Et puis bien entendu la déforestation, le morcellement des espaces de nature et l’urbanisation. Les reflets des paysages et des lumières sur les fenêtres des bureaux troublent leurs sens et les oiseaux heurtent violemment les parois puis tombent au sol. Des dizaines de petits corps brisés peuvent ainsi joncher le pied des hautes façades en période de migration.

Tourné au quatre coins du monde, le film alterne les témoignages de scientifiques, de militants et d’amoureux des oiseaux  pour mêler aux informations scientifiques de magnifiques images de vol et des détails techniques sur les technologies utilisées dans le suivi des migrateurs.

Le regard porté sur les oiseaux, filmés en plein vol au ralenti, est ici résolument poétique et ému.

 

Film disponible chez PointCulture

 

Frédérique Müller

Quand le vent est au blé

quand le vent est au blé couv

 

Le film commence un peu avant les moissons, en Belgique. Il fait beau dans un champ de blé au milieu duquel circule un paysan habillé d’un t-shirt à l’effigie du dodo, d’un short court et d’une casquette en lambeaux. Il frotte entre ses mains rugueuses les épis de blé qu’il vient observer et goutter. Sur un ton satisfait, il annonce des moissons prometteuses.

C’est sur cette espoir que s’ouvre ce film qui rassemble les portraits filmés de plusieurs personnes : un paysan ; une jeune femme qui a remis en service un moulin ; un paysan qui fabrique son pain et une jeune agronome qui mène une thèse. Chacun parle de son expérience et de ses motivations mais tous ont en commun d’utiliser des semences anciennes et de défendre une approche du travail paysan qui s’écarte du modèle industriel. Ils évoquent le « chant du moulin » qui tourne et la population métissée des grains de blé : « Il y a des p’tis, des courts, des longs, des grands, des roux, des ronds, parfois des plus noirs, c’est cette diversité qui fera un bon pain ». Ils observent et prennent le temps, touchent, écoutent et repensent leur métier pour ne plus le pratiquer tel qu’ils l’ont appris.

L’image du paysan qui descend de son tracteur pour mâcher ses graines ou de la femme qui écoute son moulin chanter pourrait rapporter une version caricaturale des alternatives ou bien trahir une certaine nostalgie du passé. Il n’en n’est rien. Il s’agit ici bel et bien de construire le futur. Un futur qui aurait appris à revenir vers la qualité après avoir trop longtemps souffert des dérives du modèle industriel.

Le pain, parce qu’il est quotidien pour beaucoup, occupe une place de choix pour parler des problèmes de l’agriculture moderne : logique industrielle, qualité nutritive, travail du paysan, etc.  Et avec le pain, c’est rapidement la question des semences qui se pose ouvrant sur les champs politiques et citoyens « S’occuper des semences, c’est aussi politique de que d’aller manifester ».

La caméra filme les mains, les visages et s’attarde aussi beaucoup sur les sons, celui du vent, des oiseaux, des machines, sur les voix et les silences. Le film n’apporte pas beaucoup d’éléments théoriques. Il s’agit avant tout de livrer des portraits. Le point de départ, ce sont les rencontres sur le thème des semences, et avec lui, la question de l’autonomie des paysans face à l’industrie. Il s’agit ici de filmer une véritable esthétique de l’action. Celle du courage qu’il faut pour s’y prendre autrement aujourd’hui, dans son champ, avec ses graines ou ses animaux, avec ce qu’on a appris, avec ses voisins.

Ce n’est pas un discours enjolivé que le film nous livre : « On se décourage un jour sur deux » ; « Il est clair que nos enfants ne veulent pas de notre vie ». Ces personnes qui peuvent bien souvent vivre relativement seuls leurs difficultés, minoritaires dans leur pratique, se retrouvent en réseau, pour échanger, s’aider, se soutenir.

«  Ce n’est pas pour avoir la vie facile, c’est pour avoir la vie belle, que ça ait un sens ».

 

Film disponible chez PointCulture

 

Frédérique Müller

Blog at WordPress.com.

Up ↑